Journal de bord

Des taxis aériens, un rêve en passe de devenir une réalité !

Pour répondre aux enjeux majeurs de réduction de la congestion dans les centres urbains saturés, la voie aérienne semble être une solution de plus en plus envisageable et prometteuse. Le passage du transport urbain dans cette troisième dimension n’est pas sans poser de nombreuses questions, notamment sur les aspects réglementaires, l’acceptation sociétale, le déploiement des infrastructures ou la maturité technologique des véhicules. Pouvons-nous  envisager une démocratisation des taxis aériens à moyen terme ? ALCIMED, société de conseil en Innovation et Développement de Nouveaux Marchés, dresse un bilan des barrières auxquelles ce marché doit faire face et des potentielles évolutions de ce dernier !

Après Ehang (concept Ehang 184) en 2016 et Airbus (concept Pop.up) en 2017, Bell Helicopter a profité du dernier CES pour dévoiler son concept de taxi aérien Nexus en partenariat avec Uber.  De son côté, Uber a également annoncé vouloir lancer les premiers vols de démonstration en 2020. Ces signaux forts laissent penser que le taxi aérien est bien plus qu’un simple rêve !

Des taxis aériens dans quel contexte ?

Les constructeurs envisagent une utilisation des taxis aériens dans différentes situations et sur des distances variables. 3 cas d’usages pourraient, en effet, être envisageables à moyen terme :

– Le taxi aérien urbain, à la demande, pour aller d’un point A à un point B à tout moment de la journée. Il s’agira d’un équivalent plus rapide des différents services de mobilité terrestre existants actuellement (Uber, Kapten ou Taxify).
– Le taxi aérien interurbain, à heure régulière, entre villes comme moyen de transport en commun. La valeur ajoutée de cette alternative est sa rapidité par rapport aux solutions actuellement utilisées (voiture, bus ou train).
– Le taxi aérien entre aéroport et centre urbain ou autre point d’intérêt (par exemple un lieu touristique fortement fréquenté comme un parc d’attraction) à heure prédéterminée.

Dans un premier temps, ces utilisations sont plutôt à destination de populations aisées prêtes à payer pour un service premium leur permettant de gagner du temps. A plus long terme, ces solutions devraient devenir accessibles au plus grand nombre, grâce à sa démocratisation liée à l’industrialisation de la fabrication et des coûts opérationnels faibles par rapport à un hélicoptère.

Des barrières fortes doivent encore être surmontées.

Actuellement, la réglementation européenne n’est pas adaptée à ces nouveaux de types « drones », parfois à mi-chemin entre l’hélicoptère et l’avion. Aucune certification n’existe actuellement pour ces appareils, ce qui signifie qu’il est simplement interdit de les utiliser dans l’espace aérien européen. L’exemple européen est également vrai au niveau mondial où les agences d’aviations civiles doivent également définir des réglementations adaptées.

De plus, la régulation du trafic doit également s’adapter. En effet, celle-ci n’est pas en adéquation avec une augmentation significative du nombre d’aéronefs dans l’espace aérien. Il sera nécessaire de définir des règles de priorité, des couloirs de circulation … Enfin, tout comme pour les véhicules terrestres, la conduite autonome et toutes les problématiques associées (responsabilité, gestion des accidents …) doivent être réglementées. Des réflexions sont, d’ailleurs, en cours à l’EASA (European Aviation Safety Agency) pour l’Europe, pour preuve l’instance a publié une proposition de cadre réglementaire pour la certification de ces appareils en octobre 2018. Des villes comme Dubaï ou Singapour travaillent également sur la définition de ses aspects réglementaires.

Les avis restent encore partagés vis-à-vis du déploiement de la mobilité aérienne. Selon une étude réalisée par Airbus début 2019, seulement 44% des personnes interrogées « soutiennent » ou « soutiennent fortement » le déploiement de la mobilité aérienne. Le principal enjeu est la sécurité selon 55% des personnes interrogées suivi du bruit de ces appareils. Les réglementations associées à la certification et à l’opération de ces appareils sont donc importantes pour limiter le niveau sonore des appareils et leurs conditions d’opérations.

Enfin, l’utilisation des taxis aériens ne se fera qu’avec la création d’un réseau complet d’infrastructures, pour l’instant inexistantes. Les villes où les grands acteurs de la mobilité possédant leurs infrastructures (MTA, RATP, Transport for London) auront un rôle stratégique, notamment pour l’intégration de cette nouvelle mobilité. Des sociétés se positionnent et rachètent des toits d’immeubles en zone urbaine afin d’y implanter des infrastructures. A titre d’exemple, la société Skyports a fait l’acquisition de toits à Londres, Los Angeles et Singapour. Les lieux envisagés par ces acteurs sont donc les toits (d’immeubles, de parking ou de gares), les rivières ou les parcs. Leurs positionnements et leurs intégrations dans les réseaux de mobilité existants sont clés afin de diminuer les temps de correspondance et de garantir la rapidité de ce moyen de transport.

La technologie semble être mature.

Parmi les différents acteurs positionnés sur le sujet, plusieurs ont réalisé des tests en conditions réelles. En effet, Volocopter a réalisé son premier vol autonome à Dubaï en 2017. Lilium a également fait voler son prototype la même année. Airbus a, pour sa part, réalisé un vol d’essai avec son concept Vahana en 2018 et a programmé pour fin 2019 son premier vol d’essai pour le CityAirbus. Boeing ou Bell Aviation réalisent également des tests en conditions réelles. La technologie semble donc à maturité et une mise sur le marché de ces concepts semble envisageable d’ici quelques années.

Excepté Lilium, l’ensemble de ces concepts 100% électriques ont pour l’instant une autonomie annoncée inférieure à 30 minutes. La principale raison est la faible densité énergétique des batteries. Certains acteurs contournent ce frein en faisant le choix, dans un premier temps, de la propulsion hybride. C’est notamment le cas de Bell Helicopter qui a développé le concept Nexus en partenariat avec Safran.

Une réalité à court terme ?

 A la vue des récentes évolutions réglementaires, du nouvel écosystème sur la problématique des infrastructures en cours de création et de la maturité technologique des concepts, le taxi aérien devrait se faire progressivement une place dans l’écosystème de la mobilité urbaine mondial.

« Avant le passage au taxi à la demande, dont la gestion du trafic sera complexe, il est vraisemblable que ce soient d’abord les taxis aériens interurbains et les navettes entre aéroports et centres villes qui voient le jour. Uber envisage d’ailleurs le lancement de sa première ligne commerciale de taxi interurbain dès 2023. » conclut Jakub Rams, responsable de l’activité Mobilité chez Alcimed.

 

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