Journal de bord

Organisation des soins et digital : A la recherche du parcours de soins optimal

La  stratégie gouvernementale «Ma santé 2022 »[1] place l’amélioration de l’organisation des soins, notamment dans les maladies chroniques, ainsi que la digitalisation du système de santé en tête de ses priorités. Alcimed a exploré la pertinence des solutions digitales pour l’organisation des soins ainsi que les perspectives s’offrant aux acteurs de la santé.

L’optimisation de l’organisation des soins, notamment des parcours de soins dans les maladies chroniques est érigée comme le premier chantier de la stratégie gouvernementale de santé jusqu’en 2022. Parmi les cinq chantiers prioritaires se trouve également le numérique, au service de la qualité des soins, qui devra répondre au besoin d’information des patients en matière de santé ou de prise en charge, d’échange avec les professionnels de santé, d’accès à des prescriptions et rendez-vous en ligne. Si le digital est clairement envisagé comme un des moyens pour optimiser l’organisation des parcours de soins, Alcimed a recensé quelques solutions digitales existantes et analysé les potentielles implications pour les acteurs de la santé.

Optimisation de l’organisation des soins : de quoi parle-t-on ?

Selon la définition de la Haute Autorité de Santé[2], l’organisation des soins recouvre les modalités de coordination des offreurs (aussi bien au niveau des établissements de santé que des soins ambulatoires ou des réseaux), et inclut également les principes de financement et de tarification.

Optimiser l’organisation des soins, dans le cadre d’une maladie chronique, revient à optimiser les parcours de soins sur deux dimensions principales. D’une part, il s’agit de mettre en place un suivi pertinent des patients qui permet non seulement de délivrer les soins adaptés aux patients, mais également de rationaliser le lieu, la fréquence et la teneur des actes et consultations en fonction des profils et des besoins. Dans le même temps, ce suivi adapté au profil du patient œuvre pour la prévention des événements aigus ou complications liées à la maladie, et permet a minima une prise en charge précoce de ces événements afin d’éviter une complexification du parcours et un surcoût pour le système de santé. D’autre part, il est nécessaire de favoriser la coordination entre tous les acteurs du suivi, en ville comme à l’hôpital, condition sine qua none de l’optimisation des parcours.

Des solutions digitales qui ont déjà démontré leur intérêt.

Concernant le suivi pertinent des patients, les solutions de télésurveillance permettent d’adapter les modalités de suivi aux profils de patients, et d’interagir avec eux au besoin. La plateforme myDiabby de Lilly lancée en 2015 permet de suivre les patientes atteintes de diabète gestationnel à distance : les patientes partagent leurs glycémies quotidiennes, et l’équipe médicale gère les alertes et communique avec elles au besoin. La solution s’est ensuite étendue au diabète de type 1 et 2, et comptait en 2017 plus de 110 établissements de santé utilisateurs, 18 000 patients suivis, 25 000 actes de télésurveillance par mois et 1500 nouveaux patients par mois[3]. Par ailleurs, la prévention d’éventuels événements aigus ou complications liées au diabète est assurée durant le suivi, et peut donc être facilitée par les solutions digitales de télésurveillance. A l’instar de la solution myDiabby, d’autres solutions de télésurveillance sont créées dans diverses pathologies et répertoriées par la Direction Générale de l’Offre de Soins[4], comme la solution Cardio+[5] de Bepatient déployée en 2018 dans les cliniques du groupe ELSAN pour la télésurveillance des patients insuffisants cardiaques chroniques ou Diabéo[6] de Sanofi dans le diabète, lancée en 2017.

De plus, le digital peut fournir une solution pour une meilleure coordination des professionnels de santé, entre la ville et l’hôpital. Dans la veine du Dossier Médical Partagé[7] lancé par l’Assurance Maladie, des solutions digitales ont été créées par des éditeurs afin de créer un espace numérique unique autour d’un patient, tout en réunissant tous les acteurs impliqués dans son parcours. C’est ainsi que l’éditeur de logiciel Inovelan a lancé en 2016 la plateforme IPPS (Parcours de santé)[8] ayant pour objectif la coordination des parcours de soin entre la ville et l’hôpital à l’aide d’une interface commune à tous les professionnels de santé comportant le dossier du patient. Cette solution a notamment été déployée auprès de Centres de Lutte Contre le Cancer comme l’Institut Gustave Roussy en Île-de-France et le Centre Oscar Lambret à Lille. Par ailleurs, d’autres solutions voient le jour, notamment celles issues de la blockchain, et permettent de regrouper l’ensemble des informations personnelles liées à la prise en charge des patients, offrant des perspectives encore plus larges sur la coordination entre acteurs des parcours de soins.

Des implications sur les parcours, l’organisation des soins et le financement.

Ces nouvelles solutions digitales auront nécessairement un impact sur l’organisation des soins, et notamment ceux délivrés par les établissements de santé. Ces derniers devront repenser leur approche des parcours de soins. Ainsi, de nouvelles prestations de télésuivi, télésurveillance, ou encore de lecture des données des objets connectés feront potentiellement partie de l’offre de soins et par conséquent, de nouveaux métiers tels que coordinateurs de parcours, responsable de télésuivi ou de télésurveillance seront créés.

Le plan « Ma santé 2022 » prévoit une logique de financement par forfait plutôt qu’à l’activité pour les maladies chroniques, afin de mieux s’adapter à la réalité des parcours de soins dans ces pathologies, et donc aux potentielles nouvelles prestations qui les jalonnent (télésuivi, télésurveillance, coordination…). Cette forfaitisation des financements encourage d’une part la mise en place de solutions d’optimisation de l’organisation des soins, qui peuvent être largement envisagées sous un format digital, et sous-entend d’autre part la possibilité de financements publics.

Dans ce contexte, il apparaît pertinent pour les  acteurs de santé, notamment privés (entreprises du secteur des medtech, éditeurs de solutions digitales, industrie pharmaceutique) de penser au rôle qu’ils pourraient tenir dans cette nouvelle organisation des soins, et notamment via le digital.

« Ce rôle est double : il s’agit tout d’abord d’accompagner les évolutions de parcours de soins, notamment en travaillant avec les établissements de santé sur les points d’amélioration de la prise en charge actuelle, afin de capter dans un second temps l’opportunité de se positionner sur de nouvelles offres répondant aux besoins identifiés.  », commente Séverine Robineau, RBU chez Alcimed.

Un signe fort, l’article 51 de la Loi de Finance de Sécurité Sociale 2018[9] a ouvert la porte à tous les acteurs privés portant des projets d’innovation en matière d’accès aux soins ou encore de coordination et de pertinence des parcours de soins.

[1] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/ma_sante_2022_pages_vdef_.pdf
[2] https://www.has-sante.fr/portail/jcms/fc_1250012/fr/sante-publique-et-organisation-des-offres-de-soin
[3] http://www.mydiabbyhc.com/uploads/8/0/7/3/80734578/mydiabby_presentation_courte.pdf
[4] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/liste_fournisseurs_solutions_techniques_120219.pdf
[5] https://www.bepatient.com/blog/2018/01/18/le-groupe-elsan-ouvre-un-service-de-telesurveillance-de-linsuffisance-cardiaque/
[6] https://www.diabeo.fr/
[7] https://www.dmp.fr/
[8] https://inovelan.fr/solution-ville-hopital/
[9] https://solidarites-sante.gouv.fr/systeme-de-sante-et-medico-social/parcours-des-patients-et-des-usagers/article-51-10918/article-51
 

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