Journal de bord

Thérapies Digitales – Un axe de développement de l’industrie pharmaceutique

Alcimed, société de conseil en innovation et développement de nouveaux marchés, s’exprime sur le développement des « digital therapeutics » et son impact sur le développement de thérapies traditionnelles.

Une définition des thérapies digitales

Les thérapies digitales (ou DTx pour « digital therapeutics ») forment une nouvelle approche thérapeutique. Elles consistent en une solution digitale ayant démontré un impact direct sur l’état d’une pathologie en se substituant, complétant ou augmentant les bénéfices cliniques d’une thérapie traditionnelle. De par leur nature, les DTx génèrent des données relatives à l’état ou au comportement d’un patient. Il convient ensuite de les exploiter pour améliorer la condition de celui-ci, ou revoir sa prise en charge (efficience ou économies d’échelle).

Les DTx peuvent revêtir plusieurs formes, de l’application compagnon au jeu vidéo thérapeutique en passant par des pilules connectées ou des solutions de réalité virtuelle. Les DTx représentent une classe émergente d’alternatives thérapeutiques qui vient compléter, augmenter ou (à plus long-terme) remplacer les approches médicamenteuses traditionnelles.

Malgré cette diversité de formes entre hardware et software, ils répondent à trois critères :

  • – La démonstration d’un bénéfice clinique ou médico-économique soutenu par des études scientifiques solides
  • – L’approbation d’une instance réglementaire en fonction de leur statut et de leurs revendications (généralement dispositif médical de classe I voire II)
  • – La recommandation voire la prescription d’un professionnel de santé

Comme beaucoup de solutions numériques de santé, les DTx trouvent toute leur valeur dans les pathologies chroniques ou les conditions s’installant dans la durée. Aussi, il n’est pas surprenant de les retrouver dans des domaines comme le diabète, le cancer, les addictions ou encore la neuropsychiatrie.

Un écosystème diversifié et foisonnant

Depuis le début des années 2000, de nombreux signaux montrent que les DTx suscitent de l’intérêt.

Le premier est la structuration d’un écosystème d’acteurs spécialisés autour de ces approches. Au-delà du nombre croissant de start-ups et PME qui se sont créées dans ce domaine, on commence à assister aux prémices d’une organisation horizontale. En témoigne par exemple la création de la Digital Therapeutics Alliance (DTA), structure basée aux Etats-Unis. La DTA a pour mission de donner un cadre et une définition clairs aux thérapies digitales et a récemment publié un rapport fondateur en la matière[1].

Le second est l’intégration progressive de ces alternatives sur le terrain. Les cas d’approbation réglementaires notamment par la FDA aux Etats-Unis sont plus nombreux chaque année. En Europe, ces approbations sont plus rares mais suivront vraisemblablement le mouvement une fois la démonstration de résultats faite.

Le troisième et dernier signal est l’intérêt marqué de l’industrie pharmaceutique. « La plupart des acteurs pharmaceutiques majeurs se sont emparés du sujet des DTx et ont noué des alliances. » évoque Benjamin D’HONT, grand explorateur e-santé chez ALCIMED. Co-développement, prise de participation voire acquisition, les stratégies sont là encore variées pour mettre un pied à l’étrier. On peut citer à titre d’exemples :

  • – L’injection de capitaux (17 millions d’euros) par Sanofi dans la société Click Therapeutics[2]
  • – Le partenariat de co-développement puis de commercialisation entre GSK et Propeller Health (maladies respiratoires)[3]
  • – Les partenariats multiples noués entre Novartis et Pear Therapeutics (schizophrénie, sclérose en plaques)[4]

Les barrières à lever

Comme tout développement numérique dans le domaine de la santé, le développement des DTx se heurte à plusieurs barrières qui devront être progressivement levées afin de faciliter leur adoption.

La première barrière consiste à parvenir à détacher les DTx de leur contrepartie « bien-être ». Les solutions digitales de bien-être sont nombreuses – on compte plus de 300 000 applications prétendument de santé mobile sur les stores d’Apple et de Google. Beaucoup d’entre elles n’ont jamais démontré le moindre bénéfice. Certains acteurs n’hésitent pas à utiliser le terme de « charlatanisme » pour les qualifier. Bien-sûr, ce foisonnement est néfaste pour le développement d’alternatives réelles, crédibles et durables aux yeux des industriels, des soignants et des patients.

La seconde barrière concerne la réglementation. Apporter un cadre juridique clair, simple et permettant aux acteurs des DTx de déployer à l’échelle internationale leurs solutions est un facteur clé de succès de leur diffusion. Le flou réglementaire s’estompe mais beaucoup reste à faire pour mettre les DTx sur un pied d’égalité avec leurs contreparties (médicament ou dispositif médical).

La dernière barrière consiste à transformer les mentalités et à faire en sorte que les parties prenantes communiquent entre elles. Les DTx bouleversent les rôles établis des acteurs de l’écosystème de santé. « Suivi de l’observance, responsabilisation du patient, valorisation de la donnée, remise en question de l’hégémonie du médicament, responsabilités légales… tous ces sujets nécessitent de réaligner les intérêts de chaque partie prenante. » complète Benjamin D’HONT. Industriels, payeurs, soignants et patients sont confrontés à des questions inédites, comme par exemple :

  • – En tant que laboratoire, est-ce que je souhaite investir dans une approche et un modèle d’activité très éloignés de mon coeur de métier parfois qualifié péjorativement de « vendeur de boîtes » ?
  • – En tant que payeur, comment dois-je construire un modèle d’activité autour de la donnée générée par les DTx ?
  • – En tant que soignant, suis-je prêt à utiliser dans ma pratique les informations que les DTx mettront en avant ?
  • – En tant que patient, est-ce que je souhaite partager les informations liées à ma prise médicamenteuse avec un soignant ? Avec un industriel pharmaceutique ?

Le développement des DTx représente une formidable opportunité pour l’industrie pharmaceutique de diversifier son portefeuille et renforcer sa compétitivité tout en délivrant des solutions de santé au-delà des médicaments. L’histoire des 5 dernières années montre que les prémices d’un rapprochement sont bien réelles et devraient soutenir le développement des DTx à moyen-terme.

[1] https://www.dtxalliance.org/wp-content/uploads/2018/09/DTA-Report_DTx-Industry-Foundations.pdf
[2] https://www.mobihealthnews.com/content/click-therapeutics-lands-17m-funding-round-led-sanofi
[3] https://www.propellerhealth.com/2017/08/24/propeller-health-announces-expansion-of-digital-healthcollaboration-with-glaxosmithkline-to-improve-management-of-asthma-and-copd/
[4] https://www.fiercepharma.com/marketing/novartis-and-pear-therapeutics-partner-again-time-forcommercialization-deal-substance

 

 

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