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5 cas d’usage des cryptomonnaies en agroalimentaire

L’année 2021 a sans conteste été marquée par l’envol des prix et la démocratisation auprès du grand public des cryptomonnaies. En effet, l’année se conclut avec un second « bull run » (phase haussière prolongée) ayant permis au Bitcoin, cryptomonnaie pionnière et leader du marché, d’atteindre le 10 novembre dernier son plus haut prix historique à 69,000$. Malgré cet essor fulgurant, les points de vue restent polarisés sur le sujet, entre technologie révolutionnaire pour certains, incomprise ou porteuse de fausses promesses pour d’autres. Tandis que la blockchain a d’ores et déjà démontré ses bénéfices pour le secteur agroalimentaire avec de multiples cas d’usage (traçabilité et transparence de la chaîne d’approvisionnement, smart farms, etc), qu’en est-il des cryptomonnaies en agroalimentaire à proprement parler ? Peuvent-elles avoir un impact sur le secteur agroalimentaire ? C’est la question que s’est posée Alcimed ! Après avoir mené notre enquête, nous vous proposons de découvrir 5 cas d’usages des cryptomonnaies en agroalimentaire.

Définitions de la Blockchain et des cryptomonnaies

  • Blockchain : technologie de stockage et de transmission d’informations, offrant de hauts standards de transparence et de sécurité car elle fonctionne sans organe central de contrôle.
  • Cryptomonnaie : une devise numérique décentralisée qui s’appuie sur le protocole blockchain pour assurer la fiabilité et la traçabilité des transactions.

1. Cryptomonnaies en agroalimentaire : l’achat de produits alimentaires, avec en pionniers de cette tendance la restauration rapide et les services de food delivery

L’adoption des cryptomonnaies est plus forte dans la restauration rapide, comparé aux autres secteurs. En effet, le secteur arrive en pole position d’un classement datant de mars 2021, recensant le nombre d’entreprises disposant d’un distributeur de crypto-monnaies ou proposant des crypto-monnaies comme moyen de paiement en magasin. Même si le phénomène ne s’est pas encore démocratisé en Europe et en France, il est désormais possible de payer en cryptomonnaie dans de nombreux établissements dans le monde. Ces règlements peuvent s’effectuer en magasin ou en ligne via l’intermédiaire d’applications de paiement spécialisées. A ce titre, il est possible de régler en cryptomonnaie dans les Starbucks aux Etats-Unis, via l’application Spedn, utilisant la passerelle de paiement Flexa. Cette application permet également de payer avec des cryptomonnaies dans des chaînes de restaurants telles que Baskin Robbins, Jamba Juice et Whole Foods Market d’Amazon. Le site web de commande de repas Takeaway.com prend également en charge ce type de transactions grâce la passerelle de paiement crypto Bitpay.

D’un côté, cela permet aux retailers de supprimer les frais bancaires tout en gardant la même sécurité dans le paiement. De l’autre côté, cela permet aux détenteurs de cryptomonnaies de pouvoir les utiliser dans leur quotidien, et de dépasser un usage spéculatif.

2. La modernisation des programmes de fidélités avec des cryptomonnaies faisant office de points

L’interopérabilité de la blockchain facilite la création de programmes de fidélité d’une marque, voire de différentes marques d’un même groupe, avec une cryptomonnaie commune qui peut alors faire office de point de fidélité. Les principaux avantages de ce système par rapport aux précédents programmes de fidélité sont :

  • Une meilleure fiabilité et transparence lors de l’attribution des points car celle-ci ne peut être révoquée, chaque transaction étant inscrite dans un registre non modifiable.
  • Une valeur accrue des points acquis par les consommateurs, grâce à leur non-expiration, leur non-dévaluation et leur transférabilité entre les individus.
  • Une plus grande flexibilité pour les clients. D’ordinaire, les programmes de fidélité engendrent de petits silos propres à chaque marque, pouvant créer une expérience fragmentée pour les consommateurs. Grâce aux cryptomonnaies, ils pourraient gagner des points grâce à leurs achats auprès d’une marque et les convertir en services ou produits offerts par une autre marque partenaire du programme.
  • Un moyen pour les entreprises de faire des économies par rapport à un système de fidélité traditionnel, car aucune infrastructure n’est nécessaire (hormis celle de la blockchain) et la mise en circulation de la monnaie est relativement simple.

Depuis 2018, Chanticleer Holdings, groupe de restauration américain, a mis ce système en œuvre avec succès au sein de ses marques de restauration rapide Burgers Grilled Right, Little Big Burger et American Burger Co. Leur système s’appuie sur la plateforme MobivityMind, qui alimente le programme de fidélité avec la cryptomonnaie Mobivity Merit. La branche russe de Burger King avait, quant à elle, lancé une initiative similaire, en distribuant via les tickets de caisses des WhopperCoin à chaque rouble dépensé. Basée sur la blockchain Waves, le token WhooperCoin permettait aux possesseurs d’au moins 1 700 whoppercoins de recevoir un sandwich en échange de ces derniers. Malgré le succès de cette initiative lancée en 2017, elle a dû être abandonnée en raison des protestations des autorités publiques, mettant en lumière les problématiques de régulation liées aux cryptomonnaies en agroalimentaire.


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3. L’éclosion de nouveaux outils de financement pour les agriculteurs grâce aux cryptomonnaies

Plus en amont de la chaîne de valeur cette fois, on constate que des cryptomonnaies en agroalimentaire sont créées dans le sillon des négoces agricoles, dans l’objectif de financer des avances sur récoltes pour les agriculteurs. Les initiatives de la sorte qui se lancent mettent notamment en avant :

  • La possibilité pour les agriculteurs de contourner les banques lorsque les taux d’intérêts pratiqués sont élevés
  • L’accès à de nouvelles liquidités au niveau national et international
  • La simplification et l’instantanéité des versements entre acheteurs et agriculteurs
  • L’opportunité pour les investisseurs de réaliser des placements responsables

Turbo Cereal, start-up française fondée en 2015, propose une plateforme de financement, d’encaissement et de paiement instantané visant à « désendetter la filière agricole ». Turbo Cereal a lancé le « Cereal coin », une cryptomonnaie permettant aux agriculteurs de financer des avances à hauteur de 70% de la moisson et remboursables sous cinq ans. Même si Turbo Cereal devient propriétaire d’une partie de la récolte, l’agriculteur est ensuite libre de revendre sa production à qui il souhaite, tant que la transaction s’effectue avec la cryptomonnaie sur ladite plateforme. Côté investisseur, cette cryptomonnaie à un fonctionnement proche de celui d’une action. Ils perçoivent des dividendes une fois par an, avec un taux de rendement de 2% garanti, et participent aux décisions lors d’assemblées générales. L’agriculteur de son côté paye entre 4% et 8% de frais à la plateforme, en fonction de son engagement dans une transition verte (calculé notamment sur base des normes édictées par l’ADEME) ,et d’autre part s’engage à partager des données avec Turbo Cereal. En effet, la start-up souhaite travailler les data agricoles avec des outils d’IA afin de définir quelles sont les stratégies agricoles les plus intéressantes.

Tandis que ces exemples fonctionnent autour d’une seule et même cryptomonnaie, il est néanmoins possible d’envisager d’aller plus loin à l’avenir et pourquoi pas en voyant chaque exploitation agricole se doter de sa propre cryptomonnaie. En effet, cette dernière pourrait alors être utilisée par les agriculteurs pour réaliser des levées de fond auprès d’investisseurs qui soutiendraient les méthodes de travail de certaines fermes (méthode de production, d’élevage, respect de l’environnement, savoir-faire régional…) en investissant dans la cryptomonnaie de ladite exploitation. Ainsi, les cryptomonnaies en agroalimentaire permettraient d’apporter une valeur unique à chaque exploitation, sans que les négociants en matières premières et les influences extérieures ne la modifient.

4. Cryptomonnaies en agroalimentaire : l’apparition de places de marché alternatives pour les denrées agricoles et les produits alimentaires

Au-delà de ce cas d’usage de financement, de véritables places de marchés alternatives de produits alimentaires et/ou de denrées agricoles voient le jour, se substituant aux marchés de commodités actuels. Parmi les exemples, on peut notamment citer les projets Agrolot, Herbalist Token ou encore la plateforme 1000 EcoFarm. Cette dernière ambitionne de créer un marché mondial de produits alimentaires et denrées agricoles biologiques. Ouverte à tous les acteurs de la chaîne de valeur – des producteurs aux consommateurs – ces derniers s’y échangent des tokens FoodCoin.

Certains voient même la possibilité de créer une monnaie unique à chaque culture, qui assurerait un commerce plus juste des denrées, en permettant notamment aux petits agriculteurs d’offrir à leurs cultures une valeur similaire à celle des grandes entreprises agricoles. En ce sens, le secteur oléicole espagnol a vu le lancement d’Olivacoin, une plateforme B2B pour le commerce de l’huile d’olive. Cette dernière permet de réduire les coûts et risques financiers globaux, d’assurer le contrôle de la qualité, d’accroître la transparence et d’accéder plus facilement aux marchés mondiaux.

Bien que ces initiatives puissent offrir de nombreux avantages aux agriculteurs, leur mise en place est délicate avec des gouvernements souvent sceptiques sur la mise en place de tels systèmes qui s’affranchissent d’une part des réglementations commerciales et des taxes douanières et, d’autre part, des règles prudentielles liées à la finance et au système bancaire.

5. Le minage de cryptomonnaies pour abaisser les charges énergétiques ou bien comme revenu alternatif pour les agriculteurs

Pour finir, intéressons-nous à un type d’application lié cette fois au minage des cryptomonnaies. « Miner » une cryptomonnaie signifie fournir un service au réseau de ladite monnaie, en vérifiant la validité d’un ensemble de transactions, et en échange être récompensé avec la cryptomonnaie minée. Il est vrai qu’il est souvent reproché au « mining » de consommer beaucoup d’énergie et de dégager du CO2. Même si une étude récente menée par le BMC (Bitcoin Mining Council) avance que près de 56% du mining du Bitcoin serait effectué à partir d’énergies renouvelables, il n’en reste pas moins que sa consommation annuelle d’énergie dépasserait à elle seule celle de l’Argentine…

Cet inconvénient a habilement été tourné en avantage par les startups Heatmine et MintGreen, sociétés de « cryptomining » décentralisé et écologique. Ces dernières proposent de valoriser les externalités de leurs processeurs en récupérant la chaleur dépensée par le cryptomining pour chauffer des serres agricoles. Heatmine promet d’offrir un chauffage presque gratuit aux endroits où elle est implantée, puisque la start-up se rémunère grâce aux cryptomonnaies qu’elle mine. En réduisant les coûts de production, les agriculteurs peuvent alors espérer gagner en compétitivité. Le Crédit Agricole, quant à lui, conseille aux agriculteurs produisant un excédent d’énergies renouvelables de l’utiliser pour miner des cryptomonnaies, afin d’optimiser l’utilisation de l’énergie et d’assurer un revenu alternatif.

Ainsi, on constate une adoption croissante des cryptomonnaies dans le secteur agroalimentaire, en témoigne les nombreux cas d’usages qui fleurissent aux différentes étapes de la chaîne de valeur. Alors qu’en aval, les cryptomonnaies en agroalimentaire offrent de nouvelles possibilités dans les actes de consommation, en amont elles sont essentiellement employées comme nouveau mode de financement pour les agriculteurs. De plus, il faut distinguer les cryptomonnaies « classiques » existantes (bitcoin, ether…) qui pourraient être employées pour régler ses achats ou bien minées pour assurer un revenu alternatif, des cryptomonnaies nouvelles qui sont créés pour répondre à un besoin spécifique (point fidélité, moyen de financement alternatif, moyen d’échange sur de nouvelles place de marché).

Néanmoins, les cryptomonnaies classiques suscitent encore des inquiétudes légitimes, de la part des organes financiers et politiques actuels mais également des citoyens, du fait de leur volatilé et des bulles qu’elles peuvent créer. Les cryptomonnaies nouvelles, quant à elles, peuvent davantage inquiéter les organes financiers et politiques actuels, qui peuvent craindre d’être outrepassés, notamment dans le cas des nouvelles places de marché de denrées alimentaires.

Dans le sillon des cryptomonnaies, les NFT (Non-Fungible Token) font désormais l’actualité. Ces derniers reposent sur les technologies de la blockchain comme les cryptomonnaies, mais ont vocation à identifier des tokens uniques permettant d’individualiser un objet numérique. Des premiers cas d’usages apparaissent en agroalimentaire, notamment en aval de la chaîne. Pringles, MacDonald’s ou encore Burker King ont lancé cette année des NFT de leurs produits iconiques. Affaire à suivre…


A propos de l’auteur, 

Sami, Consultant et Mathieu, Responsable de Mission au sein de l’équipe Agroalimentaire d’Alcimed en France

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