AgTech : une terre d’opportunités pour l’imagerie satellite

L’utilisation croissante de nouvelles technologies et des data issues des exploitations agricoles ont permis au marché de l’AgTech de prendre une ampleur sans précédent. Entre foisonnement de nouvelles start-ups, consolidation autour des « Big 4 » de l’agri-business, et arrivée des grands de l’IT, le marché est en constante mutation depuis 5 ans. Quelle est la situation en 2020 ? Comment l’imagerie satellite tire-t-elle son épingle du jeu ?

Des 100aines de plateformes de services à l’échelle mondiale pour optimiser le travail des exploitants agricoles

L’utilisation de technologies de génératrices de data (géolocalisation, capteurs embarqués sur machines ou capteurs au sol, imagerie aérienne…) et leur traitement en vue de mieux piloter l’activité agricole, ont naturellement conduit à l’émergence de nouveaux services. Ces derniers, proposés aux exploitants depuis maintenant quelques années, peuvent se catégoriser comme suit :

  • Services pour une meilleure gestion de l’exploitation et le traçage des activités: intégration des modules de type FMIS pour planifier et suivre les opérations, traçage des données liées à la fertilisation pour les pays règlementés sur l’azote etc.
  • Services de contrôle et pilotage du matériel agricole: géolocalisation des équipements, maintenance prédictive, envoi des instructions directement sur consoles machines, voire contrôle à distance etc.
  • Services d’aide à la décision sur le plan agronomique: optimisation des rendements grâce à une meilleure connaissance des besoins des cultures, à l’exploitation des données historiques et à une vision temps réel sur les champs (météo, variation de croissance au niveau intra-parcellaire etc.) permettant de prendre les meilleures décisions (modulation des intrants tels que les fertilisants, irrigation, choix du meilleur moment pour la récolte etc.).

A partir de 2015, ces services ont été proposés, en tout ou partie, aux agriculteurs, suivant le modèle de plateformes de services (PaaS). Aujourd’hui, ces plateformes sont très nombreuses – estimées à plusieurs centaines – car le périmètre de services est très large et les barrières à l’entrée sont faibles. Cela est particulièrement vrai sur les services d’aide à la décision. Mais toutes ne rencontrent pas l’audience espérée et une contraction de ce marché est à envisager dans les prochaines années.

+1600 start-ups de l’AgTech challengent et attirent les acteurs traditionnels

Outre la présence d’acteurs traditionnels de l’agro/agri-business, ces plateformes sont développées en grande partie par des start-ups qui combinent leur savoir-faire digital à une expertise agronomique. Plusieurs écosystèmes se sont formés notamment en Amérique du Nord (US et Canada), Europe de l’Ouest mais aussi en Israël, Australie, Chine ainsi que plusieurs pays d’Amérique Latine.

Le consortium d’investisseurs Better Food Ventures relayé par le journal Forbes, dénombre près de 1600 start-ups développant des solutions autour de l’AgTech à l’automne 2019. Cet écosystème d’innovation foisonnant permet à bon nombre d’industriels plutôt traditionnels du secteurs – les fameux Big 4 (machines, fertilisants, produits phytosanitaires, semenciers) – de construire des plateformes de pointe. En effet, plusieurs mouvements capitalistiques de rachats ou investissements dans des start-ups de l’AgTech ont été observés. A titre d’exemple, nous pouvons citer le rachat du fournisseur de la solution Adapt-N par Yara (2017), mais aussi le rachat de Farmshots par Syngenta (2018), de Granular par DuPont Pioneer (2017), ou plus récemment l’investissement de BASF chez Hummingbird Technologies (2019).

Alors que chacun de ces acteurs semble se positionner sur des services spécifiques, proches de son expertise traditionnelle, tous semblent rechercher le savoir-faire de demain à intégrer dans leur portfolio (une expérience utilisateur fluide, de nouveaux algorithmes de traitement…). Les géants de l’IT ne sont pas en reste et entrent dans la course dès 2017, IBM ayant par exemple annoncé l’année dernière un partenariat stratégique avec la société Yara pour développer une plateforme nouvelle dédiée à l’agriculture de précision.

L’imagerie satellite : l’indispensable atout d’une plateforme de services agronomiques

Parmi toutes les sources de données mises à disposition au sein des plateformes, l’imagerie satellite est un atout de poids. Au-delà d’être un outil de visualisation des parcelles, elle permet d’observer l’évolution de la biomasse et donc de renseigner sur la santé et la croissance des cultures en temps réel. L’imagerie satellite permet de couvrir des grandes surfaces avec un taux de revisite plus régulier que l’imagerie par drone ou avion, qui sont cependant des moyens plus adaptables. La méthode NDVI, communément utilisée sur le marché, ou la méthode basée sur les paramètres biophysiques (développée par Airbus Defence and Space) permettent d’extraire l’information utile des images. Cette information permet ainsi notamment d’évaluer l’état de santé de la plante, afin de piloter l’apport d’entrants, d’évaluer l’avancement de la déforestation, etc.

Bon nombre de plateformes de services agronomiques font ainsi le choix d’intégrer l’imagerie satellite. Certaines traitent les données satellites par eux-mêmes alors que d’autres se fournissent en produits où l’image satellite a déjà été traitée complétement ou partiellement. Ainsi, plusieurs acteurs clés tels qu’Airbus Defence and Space, Planet Labs, UrtheCast ou encore Earth-I se font face pour fournir de l’imagerie et développent pour certains des produits spécifiques pour fournir ces plateformes (ex de l’offre Verde d’Airbus Defense and Space).

Au-delà des considérations agronomiques, depuis fin 2019, l’heure est à la diversification dans les services proposés par l’Agtech, notamment afin de répondre à de nouveaux enjeux : davantage de transparence ainsi qu’une plus grande traçabilité autour du système de production alimentaire tout en encourageant une agriculture plus raisonnée. Le satellite permettra-t-il à l’agriculture de précision de répondre à ces enjeux ? Affaire à suivre !


A propos des auteures

Marine, Cléa et Laurence, Consultantes dans les équipes Science de la Vie et Aéronautique Spatial Défense d’Alcimed en France

Vous avez un projet d’exploration ?
Nos explorateurs sont prêts à en discuter avec vous

Contactez nos explorateurs >