Des soins à l’hôpital aux soins à domicile :  Comment les nouvelles technologies permettent l’accélération de cette transition

D’ici à 2050, il y aura 2 milliards de personnes âgées dans le monde, soit plus du double des 900 millions en 2015. Le modèle actuel de services de santé, centralisé dans les hôpitaux et les cliniques, pourrait devenir inadapté à ce changement de démographie. Transférer certains soins de santé de l’hôpital à la maison s’avère ainsi intéressant et nécessaire, d’autant plus que la qualité de vie des patients en serait améliorée par le confort d’être soigné à domicile. Pour les payeurs et assurances, de nombreux services de santé peuvent être fournis de manière plus rentable à domicile en mettant à profit les nouvelles technologies dans les soins à domicile. Dans ce contexte, Alcimed se penche sur les tendances et opportunités issues des nouvelles technologies en matière de téléconsultation, traitements à domicile, et de surveillance à distance.

La téléconsultation, une opportunité clé pour les patients d’améliorer leur accès aux soins à domicile

De nombreuses start-up de téléconsultation ont vu le jour ces dernières années, et la pandémie actuelle de COVID n’a fait qu’accélérer ces développements. En Chine, la plateforme Ping An Good Doctor a connu une augmentation de nouveaux utilisateurs de 900 %. À Singapour, les subventions du gouvernement ont été étendues à la téléconsultation pour la gestion de sept maladies chroniques :  le diabète, l’hypertension, la schizophrénie due à des troubles lipidiques, la dépression sévère, les troubles bipolaires et l’anxiété.

Certains assureurs se sont également associés à des plateformes de téléconsultation : Par exemple, AXA et Doctor Anywhere ont crée un partenariat pour financer les soins liés au bien-être mental, particulièrement dans cette période d’anxiété et d’isolement social engendrés par le COVID.

Ces initiatives ont permis aux payeurs de rester compétitifs tout en permettant une meilleure visibilité de nouveaux fournisseurs de téléconsultation, et ont permis aux patients de continuer à recevoir des soins de santé en dépit de l’isolement. Toutefois, les préoccupations relatives à la confidentialité et à la sécurité des données persistent dans les soins à domicile, comme le rappelle un incident récent au Royaume-Uni, où des vidéos de téléconsultation ont été divulguées à d’autres patients.

Les traitements à domicile pour améliorer la qualité de vie des patients tout en réduisant les coûts pour le système de santé

Les maladies chroniques nécessitant un soin à vie, se faire soigner régulièrement à l’hôpital représente une perte de productivité économique importante pour les patients qui travaillent. En outre, les déplacements peuvent être contraignants pour les personnes âgées et les personnes à mobilité réduite. D’autre part, les hôpitaux vont également être confrontés à une augmentation des dépenses en infrastructures pour étendre leur capacité d’accueil aux patients atteints de maladies chroniques, toujours plus nombreux. Pour permettre de traiter davantage de maladies à domicile, y compris les maladies chroniques, il est nécessaire d’innover en matière de maniabilité et taille des dispositifs médicaux et d’amélioration de la sûreté des traitements existants.

Par exemple, aux États-Unis, un patient en phase avancée d’insuffisance rénale peut s’attendre à devoir payer environ 83 000 dollars US par an pour sa dialyse, en plus de l’inconfort et de la gêne qu’elle entraîne. Bien que la dialyse péritonéale et l’hémodialyse à domicile soient disponibles depuis longtemps, ces systèmes restent encore relativement encombrants. La société AWAK Technologies, basée à Singapour, a pu mettre au point un système de dialyse péritonéale portable de la taille d’une pochette en utilisant la technologie des sorbants. Leur premier essai chez l’homme s’est achevé fin 2018, les résultats étaient prometteurs et d’autres essais sont en cours.

L’amélioration des traitements à domicile est également un enjeu pour les traitements du cancer. Par exemple, le bortézomib (Velcade) est un traitement de chimiothérapie pour les patients atteints de myélome multiple, et initialement disponible sous forme d’administration intraveineuse, ce qui nécessite un traitement à l’hôpital comme la plupart des chimiothérapies. Pour pallier cette contrainte, un format d’administration sous-cutanée avec une sûreté améliorée du produit a été développé. Cela a permis le lancement d’un programme pilote d’administration à domicile en France par des infirmières qualifiées. Ce pilote a permis une économie de coûts estimée à 20 % pour le système de santé et a été préféré par 94 % des patients.

Les dispositifs de surveillance de santé pour permettre un suivi plus efficace des maladies chroniques

Une part importante de la gestion des maladies chroniques consiste à surveiller les premiers signes de détérioration, de sorte que des interventions précoces puissent être administrées pour en limiter l’impact. À l’heure actuelle, la surveillance est principalement assurée par des suivis réguliers en personne, au cours desquels une batterie de tests biomarqueurs est effectuée. Dans ce domaine, des dispositifs de surveillance médicale représentent un grand potentiel d’amélioration du suivi du patient ainsi qu’une optimisation des coûts.

Les patients souffrant de maladies rénales chroniques sont exposés à un risque d’hyperkaliémie mettant leur vie en danger. Par conséquent, ils doivent subir des analyses sanguines régulières pour surveiller leur niveau de potassium. AliveCor a développé un appareil portable d’électrocardiogramme (ECG), permettant aux médecins de surveiller à distance les patients pour détecter des anomalies de l’ECG pouvant être causées par l’hyperkaliémie et autres anomalies cardiovasculaires. S’il est mis en œuvre, la fréquence des tests sanguins pourrait être considérablement réduite.

Dans la gestion de l’insuffisance cardiaque, la surveillance de la pression artérielle pulmonaire (PAP) peut donner un avertissement précoce de détérioration, permettant une prise en charge rapide. Endotronix et CardioMEMS (rachetés par Abbott) ont tous deux développés des systèmes de capteurs PAP implantables, qui permettent aux médecins de surveiller à distance les patients à domicile. Suite à l’autorisation de ces dispositifs, des études ont révélé que le taux d’hospitalisation lié à l’insuffisance cardiaque a été réduit de plus de moitié dans l’année qui a suivi l’implantation.

Le transfert d’un plus grand nombre de soins à l’hôpital vers des soins à domicile améliorerait considérablement la qualité de vie des patients tout en générant des économies conséquentes pour les systèmes de santé. La pandémie actuelle de COVID-19 a mis en lumière la valeur ajoutée des services à domicile pour limiter la surcharge dans les hôpitaux et réduire l’exposition des patients vulnérables à l’infection. Les nouvelles plateformes de téléconsultation, les nouveaux modes d’administration des traitements et les nouveaux dispositifs médicaux de surveillance peuvent accélérer cette transition. Certains défis persistent alors que les organes de régulation recherchent un équilibre entre la sûreté et l’efficacité pour les patients, ainsi que la réduction des coûts pour ces nouvelles solutions à domicile, mais l’optimisme reste bien présent. Au sein d’ Alcimed, nous explorons activement les nouvelles opportunités et innovations pour déplacer les soins de santé à domicile, ce qui sera, dans les prochaines années, essentiel pour établir des systèmes de santé durables. 


A propos des auteurs :

Warren, Consultant dans l’équipe Santé d’Alcimed en Asie-Pacifique
Delphine, Responsable de l’activité Santé dans l’équipe d’Alcimed en Asie-Pacifique

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