L'éco-conception des emballages et leur recyclabilité

L’éco-conception des emballages et leur recyclabilité : enjeux majeurs pour les industriels de l’agroalimentaire

Les évolutions réglementaires sur la recyclabilité des emballages ainsi que les évolutions de l’affichage environnemental des produits alimentaires, faisant écho aux attentes des consommateurs, soulèvent des enjeux majeurs d’innovation et d’éco-conception des emballages pour les acteurs industriels. Alcimed vous propose un panorama de l’évolution du contexte des emballages, des pistes de solution pour leur éco-conception et les challenges associés.

Des contraintes réglementaires sur les emballages de plus en plus pressantes

L’UE a adopté des objectifs de recyclage dans le volet économie circulaire. Les directives fixent des objectifs propres selon les types de déchets, et un taux de 70% de recyclage pour les emballages.

Les objectifs de recyclage varient selon les matériaux : 85% pour le papier et le carton, 80% pour les métaux ferreux, 75% pour le verre, 60% pour l’aluminium, 55% pour le plastique et 30% pour le bois.

En France, un objectif de réduction de 20% des emballages plastique à usage unique a été fixé pour 2025, dans le cadre d’une politique de réduction, réutilisation, réemploi et recyclage des emballages. Ainsi, les dispositions françaises visent à limiter la mise sur le marché d’emballages plastique à la condition qu’ils disposent d’une filière de recyclage opérationnelle.


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L’éco-conception d’emballage poussée par des consommateurs de plus en plus informés

Fin août 2021, la loi dite « Résilience et Climat » mentionne un affichage environnemental obligatoire dans le secteur des produits alimentaires, intégrant un score A/B/C/D/E, à l’image du Nutriscore. Cette obligation a un double objectif : apporter aux consommateurs les informations relatives aux impacts environnementaux des produits mais également inciter les industriels à changer leurs modes de production.

Cette obligation sera applicable après une phase d’expérimentation de 5 ans maximum qui a déjà commencé depuis l’année dernière avec un appel à projet, piloté par l’ADEME et le Ministère de la Transition Ecologique et de la Solidarité, visant à sélectionner une méthodologie de « score environnemental ». Ce score prendra en compte, en autres, les caractéristiques de durabilité des emballages, en valorisant la circularité des emballages et l’utilisation de ressources renouvelables et biodégradables.

Au regard de ces évolutions réglementaires et des évolutions de l’affichage environnemental, les industriels sont incités à encore plus éco-concevoir leurs emballages. Pour cela, plusieurs pistes sont explorées dans l’éco-conception d’emballage.

L’éco-conception d’emballage : réduire le surplus des emballages, le poids, la taille

Pour diminuer son impact environnemental, une première étape pour un emballage éco-conçu est de réduire au maximum les suremballages, optimiser les dimensions de l’emballage à son contenant et réduire le poids de l’emballage en travaillant, par exemple, sur l’épaisseur des couches de plastique.

Cette réduction multidimensionnelle de l’emballage doit permettre aux industriels de réduire le volume de matière consommé et, par conséquent, de réduire le volume de stockage et de transport, contribuant ainsi à limiter les impacts environnementaux.

Faciliter la recyclabilité de l’emballage par une approche d’éco-conception mono-matériau

L’utilisation d’emballages multi-matériaux offre de réels avantages pour la conservation des produits alimentaires. Plus ils sont sensibles, plus l’ajout de couches jouant le rôle de filtre UV, de barrière à l’oxygène ou à l’eau est important pour garantir la stabilité, la durabilité et la sécurité des produits.

Toutefois, l’utilisation de différentes couches de matériaux rend plus complexe le recyclage de l’emballage. C’est pourquoi de nombreux industriels travaillent sur l’élaboration d’emballages mono-matériau.

Par exemple, Haribo a développé un sachet de confiserie composé seulement de polyéthylène, à la place de multicouches en polyéthylène et polypropylène. De même Andros propose ses gourdes en PP mono-matériau, et Florette a lancé des barquettes et bouteilles de jus en polyéthylène téréphtalate mono-matériau.

Toutefois, l’utilisation de mono-matériaux peut ne pas convenir pour certains produits classés parmi les plus sensibles, par exemple pour les compléments alimentaires. Si des optimisations sont réalisées, l’ajout de couches supplémentaire peut être incontournable. Il s’agira alors de travailler sur la capacité de séparation des différents éléments constitutifs de l’emballage pour optimiser le tri.

Choisir des matériaux recyclés et/ou renouvelables dans l’éco-conception d’emballage

Les plastiques recyclés

L’utilisation de plastiques recyclés apporte de nombreux bénéfices environnementaux et est poussée par les pouvoirs publics. Toutefois, leur utilisation trouve ses limites dans le secteur agroalimentaire, spécialement pour les emballages au contact des denrées alimentaires. En effet, malgré les progrès du recyclage, un plastique recyclé peut encore contenir différents polluants dont l’élimination demanderait des process entrainant une trop forte perte de qualité des plastiques.

Dès lors, la réglementation impose que le plastique recyclé ne soit pas utilisé dans des emballages destinés au contact alimentaire, à l’exception des bouteilles, limitant ainsi la circularité. Pour autant, une grande tendance actuelle est l’utilisation de PET recyclé dans les bouteilles, comme Suntory Beverage and Food France et Nestlé Waters qui ont annoncé le passage au 100% PET recyclé pour leurs bouteilles MayTea et Pulco Citronnade, ou encore Vittel, Hepar et Contrex.

Le PET recyclé fait également son apparition en dehors des bouteilles chez AgriCool qui propose des barquettes de salades et d’herbes aromatiques en PET recyclé. Dans ce cas, l’utilisation du PET recyclé est possible mais il ne pourra pas être utilisé une seconde fois dans un autre emballage alimentaire : d’autres débouchés sont donc à trouver (produits d’entretien, par exemple), demandant une organisation des sourcing et des filières.

Le papier et le carton

Le papier et le carton sont des matériaux de plus en plus mis en avant pour les emballages alimentaires. Si le papier et carton possèdent de forts atouts pour être une alternative crédible au plastique pour les emballages secondaires, leur utilisation reste un challenge pour les emballages primaires en contact avec l’aliment.

Suivant cette tendance, plusieurs industriels ont renouvelé les emballages de certaines gammes avec du papier ou du carton : Florette propose des sachets de salades prêtes à l’emploi en papier recyclable, Quintesens utilise du carton pour ses bouteilles d’huile et Candia élargit sa gamme de beurres avec un emballage papier. Toutefois, bien que la réduction de l’usage du plastique soit très significative dans chacun de ces développements, des couches de PET ou de métallisation ont dû être intégrées pour assurer la conservation du produit et la tenue de l’emballage.

Les plastiques biosourcés

A l’instar des emballages papier et carton, les plastiques biosourcés doivent permettre une amélioration de l’empreinte environnementale en ce qu’ils ne sont pas issus de ressources fossiles mais de matières renouvelables telles que la canne à sucre et le maïs.

Néanmoins, il est important de notifier que « bioplastique » n’est pas équivalant à « biodégradable ». Les bioplastiques à structure traditionnelle (Bio-PE, Bio-PET…) n’ont pas de propriété de biodégradabilité spéciales. S’ils peuvent être recyclés dans les filières plastiques traditionnelles, ce n’est que grâce à des innovations récentes, ces emballages ayant longtemps été considérés comme perturbateurs de flux.

L’acide polylactique (PLA) est un plastique biosourcé et biodégradable. Toutefois, les conditions de compostabilité restent assez spécifiques, et nécessitent généralement des installations industrielles spécifiques ainsi que des films assez minces, ce qui explique leur utilisation principalement dans les sacs de course à usage unique. Par ailleurs, des discussions peuvent se poser sur les conflits d’usage, en utilisant des productions végétales pouvant servir à l’approvisionnement alimentaire.

Au regard de ces limites, la production de bioplastiques reste encore minoritaire, avec seulement 1% de la production annuelle mondiale de plastique en 2019.

L’éco-conception par l’emballage réutilisable et le système de recharge

Enlever tout ou partie de l’emballage a, par définition, encore plus d’impact que travailler sur la composition et les dimensions de l’emballage. Le système de vrac est ainsi de plus en plus utilisé et permet le « zéro déchet ». En plus des rayons céréales et graines largement disponibles chez les distributeurs, Kellogg’s propose également aux enseignes une offre en vrac avec un « bar à céréales » de ses marques.

Parallèlement au vrac, il existe également des systèmes de recharge. Par exemple, Nestlé a développé une « poche recharge » en papier recyclé (certifié FSC) pour le chocolat en poudre Nesquik. Les consommateurs pérennisent la boîte en plastique achetée une première fois et la remplissent par cette recharge. Nestlé propose également trois de ses produits (Nesquik, Ricoré et Chocapic) en consigne. Lorsque le contenant (en acier inoxydable) est vide, celui-ci est collecté par Carrefour, nettoyé, rempli puis mis en vente. De même, Blédina expérimente dans plusieurs magasins les petits pots consignés. La marque estime que ce dispositif permettrait de réduire jusqu’à 50% les impacts environnementaux à long terme.

Si les tendances d’éco-conception des emballages sont foisonnantes, l’innovation doit aussi se renforcer au niveau des chaînes de production et des chaînes de recyclage, dont le niveau de maturité reste aujourd’hui variable et perfectible selon les matières premières et les pays. En parallèle, les pratiques des consommateurs doivent également évoluer, et les industriels et leurs filières doivent contribuer à l’éducation des consommateurs sur les bons gestes de tri (bien que cette question puisse souvent dépasser leur périmètre d’action) et sur le nécessaire potentiel premium engendré. Enfin, si les innovations promettant le caractère écologique des emballages foisonnent, les performances des packagings ne doivent pas être oubliées, pour garantir la sécurité des produits. La question se pose notamment pour les aliments fonctionnels, qui ont aujourd’hui le vent en poupe, et qui contiennent des ingrédients sensibles comme les probiotiques.

Concilier fonctionnalité de l’emballage, acceptabilité des premiums prix et durabilité reste encore un large champ d’innovation sur lequel notre équipe est prête à vous accompagner !


A propos de l’auteur, 

Mathieu, Responsable de Mission dans l’équipe Agroalimentaire d’Alcimed en France

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