Journal de bord

Health Data Hub et opportunités d'innovation pour l'industrie pharmaceutique française

Le Health Data Hub : quelles opportunités pour l’industrie pharmaceutique ?

Les données accumulées par le système de santé français sont représentatives de l’utilisation des soins dans un pays développé, et peuvent être valorisées davantage. Avec le lancement du Health Data Hub, plateforme de partage des données de santé françaises, le gouvernement ambitionne de faciliter et d’encourager leur exploitation. Alcimed décrypte les promesses d’opportunités qu’offre ce nouvel acteur de l’écosystème santé à l’industrie pharmaceutique.

Depuis 2016, le Système National des Données de Santé (SNDS) regroupe les principales bases de données de santé publiques : le SNIIRAM pour les données de l’Assurance Maladie, le PMSI pour le milieu hospitalier et le CépiDc pour les causes médicales de décès. Les démarches d’accès au SNDS sont cependant lourdes, les données difficiles à prendre en main, et peu de données cliniques (diagnostics, comptes-rendus d’examens, etc.) sont disponibles. Ainsi, avec l’essor des technologies d’analyse de la donnée, le rapport Villani sur l’IA, « Donner un sens à l’Intelligence artificielle », publié en mars 2018, a appelé à la constitution d’une plateforme permettant de faciliter l’exploitation des données de santé en France, dans le but de générer de la valeur et favoriser l’innovation en santé.

Le Health Data Hub : un nouvel acteur incontournable de l’écosystème de santé

Dans ce contexte, le Health Data Hub (HDH) se pose en tant que guichet unique d’accès aux données de santé françaises et intégrateur de ces données. Son ambition va au-delà des bases de données déjà accessibles auparavant puisque le HDH entend étendre ses bases aux données cliniques et médico-administratives. De plus, il joue le rôle de catalyseur dans l’exploitation des données. A ce titre, il propose un accompagnement des acteurs de l’écosystème de santé dans l’exploitation des données de santé, au travers de deux types de partenariats, accessibles pour les organismes publics comme privés.

– Pour les responsables de données (par exemple, des entrepôts de données de santé des hôpitaux, ou fabricants d’objets connectés à visées médicales), le Health Data Hub propose un stockage sécurisé de copies des données, anonymisées et raccordées aux bases du SNDS. Ainsi, en facturant plus tard aux utilisateurs la mise à disposition des données, le HDH permettra aux responsables de données de santé de les valoriser par le versement d’une quote-part.

Les utilisateurs de données (comme des laboratoires de recherche, des industriels de la santé et des acteurs du numérique) peuvent quant à eux, après un processus de validation de la demande d’accès impliquant, selon les demandes, le Comité Ethique et Scientifique pour les Recherches, les Études et les Évaluations dans le domaine de la Santé (CESREES) et la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), accéder à un espace de travail sécurisé, préparé par le Health Data Hub en fonction d’une problématique définie en amont. Cet espace comprend les données accordées et la puissance de calcul nécessaire. Le HDH peut également fournir un service de support technique dans l’analyse et l’intégration des données, et propose des appels à projets thématiques comprenant éventuellement un support financier de la BPI.

De nombreuses opportunités pour les industriels de la santé

L’arrivée du Health Data Hub ouvre un champ d’opportunités sans précédent pour tout acteur de l’innovation en santé, et en particulier pour les industriels pharmaceutiques et du dispositif médical. En effet, l’exploitation facilitée et intégrée des données de santé offre, théoriquement, des perspectives d’intérêt à chaque étape de la chaîne de valeur du médicament ou dispositif médical, depuis la recherche fondamentale au développement, allant jusqu’à la surveillance de l’utilisation des produits de santé dans la vie réelle et à l’organisation des parcours de prise en charge. A titre d’exemple, les projets déjà lancés à ce jour traitent de :

– L’évaluation et l’amélioration des parcours de soins après un infarctus du myocarde en Ile-de-France, en combinant le registre e-Must, qui recense l’événement, et les données du SNDS.

– La prédiction des crises d’insuffisance cardiaque pour les patients porteurs de pacemaker, en croisant les données des dispositifs de plus de 8000 patients avec celles du SNDS pour labéliser automatiquement les épisodes d’intérêt.

– La mesure de l’impact à long terme de l’exposition aux médicaments immunosuppresseurs des patients greffé rénal, à l’aide des bases de données Cristal de l’Agence de la Biomédecine et de la base ABIS du CHU de Limoges.

– La quantification de la proportion de patients touchés par un effet indésirable, à l’aide de la base nationale de pharmacovigilance, du SNDS et des caractéristiques des produits dans le référentiel des AMM.

Tout d’abord, les industriels de la santé pourront avoir davantage recours à ce type de projets dans le cadre de leurs activités. La mise en place de projets visant l’exploitation des données de santé, de l’Assurance Maladie, du PMSI, pourra être simplifiée et accélérée, profitant du guichet unique d’accès aux bases que représente le Health Data Hub et de ses compétences en gestion et analyse de données mises à disposition.

Ensuite, ils pourront envisager l’accès à des données aujourd’hui non accessibles, et permettre ainsi l’analyse croisée de nouvelles sources de données. Par exemple, en croisant les données de la Sécurité Sociale et des hôpitaux, il serait possible d’optimiser la prise en charge d’une maladie grâce à un meilleur suivi des résultats des traitements et de leurs combinaisons. Cela pourrait permettre d’accompagner le lancement d’un médicament au travers d’une offre plus complète, incluant des services à destination des médecins ou des patients.

Aussi, le fonctionnement même du Health Data Hub et sa volonté de partager en open source des outils ou algorithmes développés au sein de précédents projets offrira l’opportunité de capitaliser sur des travaux existants et ainsi générer plus rapidement de la valeur.

Enfin, les industriels de la santé trouveront dans le HDH un lieu supplémentaire pour nouer de nouveaux liens et relations partenariales avec les acteurs de l’écosystème, qu’ils soient publics ou privés. En effet, les acteurs publics, comme les centres de recherche ou les centres hospitaliers, possèdent une expertise dans l’utilisation et la mise en place de projets avec le SNDS. Certains acteurs privés, comme les start-ups ou autres industriels du secteur, proposent quant à eux des expertises techniques dans le domaine des données, plus poussées que celles des laboratoires pharmaceutiques.

Des barrières à surmonter pour exploiter le potentiel du Health Data Hub

Malgré la valeur que peut apporter le Health Data Hub aux laboratoires pharmaceutiques et de dispositif médical, aucun n’a été sélectionné dans le premier appel à projet du HDH, clos en mars 2019. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette absence.

Tout d’abord, l’initiative du HDH est encore très récente et ses process sont en partie en cours de construction. Ainsi, la charte des utilisateurs de données n’est disponible que depuis fin février 2020. Ensuite, tout projet doit démontrer un intérêt public. Cette notion, explicitée dans la documentation du HDH, est compatible avec un intérêt commercial mais impose la transparence des résultats, ce qui peut être limitant pour un projet visant à développer un avantage concurrentiel. De plus, les données intégrées dans le HDH au cours d’un projet sont ensuite rendues disponibles pour d’autres projets par la plateforme, ce qui pose la question de la gestion de la propriété intellectuelle.

 

Même s’il reste certaines barrières à lever concernant le partage des résultats des projets, le Health Data Hub reste une initiative unique dont le potentiel à générer de la valeur est énorme pour ceux qui sauront exploiter ses compétences et possibilités. C’est en s’intéressant tôt aux appels à projet lancés par le HDH que l’industrie de la santé pourra apporter son point de vue et ses attentes en tant qu’utilisateur potentiel de données. La question pour un industriel de la santé n’est donc pas de savoir s’il faut s’intéresser au Health Data Hub, mais plutôt de définir dans quelle mesure ce nouvel acteur est à intégrer dans ses futurs projets. C’est pour cette raison qu’Alcimed continuera de suivre avec attention les évolutions futures le concernant.

A propos de l’auteur

Anatole, Consultant dans l’équipe Santé d’Alcimed en France
Lambert, Responsable de Mission dans l’équipe Santé d’Alcimed en France

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