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Parcours des patients atteints de COVID-19 : 4 défis clés à surmonter à Wuhan

Parcours des patients atteints de COVID-19 : 4 défis clés à surmonter à Wuhan

Quels sont les freins au parcours patient à Wuhan, épicentre de l’épidémie de coronavirus, et comment sont-ils surmontés ? Au 2 mars 2020, 80 175 cas confirmés de COVID-19 [1] étaient recensés en Chine et 2 915 décès comptabilisés [2], dont 2 227 à Wuhan, capitale de la province du Hubei. Le taux de mortalité dans cette région est dix fois plus élevé que dans le reste du monde, le système de santé local, surchargé, étant mis à rude épreuve par la croissance rapide du nombre de personnes infectées. Chez Alcimed, nous avons identifié quatre obstacles majeurs tout au long du parcours patient.

 

Illustration du parcours des patients atteints de COVID-19 à Wuhan
Source : Health Commission of Hubei Province, illustré par Alcimed

 

Parcours des patients atteints de COVID-19 : 4 défis clés à surmonter à Wuhan

1. Une longue liste d’attente dans les hôpitaux pour le dépistage initial du coronavirus

Le défi : Les symptômes classiques du COVID-19 se manifestent par de la toux, de la fièvre et des difficultés respiratoires, mais la période d’incubation peut durer 14 jours. La peur s’est donc répandue en même temps que le virus. Les citoyens chinois sont maintenant tenus de signaler leurs symptômes à leur Communauté*. Cette dernière examine les cas signalés et donne la priorité aux personnes âgées et aux cas les plus sévères. Les patients ne peuvent pas entrer en contact direct avec  les hôpitaux, ceux-ci étant déjà pleins, et sont systématiquement redirigés vers leurs Communautés. Par conséquent, dès le début de l’épidémie, le temps d’attente pour obtenir une réponse des Communautés s’est allongé, le nombre de cas signalés étant en constante augmentation. Les citoyens ont donc commencé à demander de l’aide sur les réseaux sociaux, par peur de transmettre le virus aux membres de leur famille.

La dernière solution en date : Afin de s’assurer que les patients suspectés d’être atteints de COVID-19 puissent obtenir des conseils efficacement, le gouvernement chinois a mis en place plusieurs lignes d’assistance téléphonique et adresses e-mails pour que les citoyens puissent joindre directement des responsables de haut niveau et des équipes d’intervention d’urgence. On demande maintenant aux membres du parti communiste travaillant au gouvernement et dans les entreprises détenues par l’Etat de venir en aide aux Communautés en répondant aux appels et en se coordonnant avec les hôpitaux, en organisant les transports et la désinfection des lieux publics, et en livrant des produits de première nécessité aux personnes âgées vivant seules. Cependant, ces mesures se limitent à un impact émotionnel sur les patients potentiels. Une nette amélioration s’est toutefois faite ressentir après l’installation de nouvelles infrastructures médicales comme les hôpitaux d’urgence « Fangcang », et l’arrivée de professionnels de santé originaires d’autres provinces chinoises.

2. Un transport des personnes suspectés de COVID-19 vers les hôpitaux extrêmement réduit

Le défi : Le 23 janvier dernier, Wuhan a vu se fermer tous ses transports publics. Trois jours plus tard, c’est l’utilisation des voitures personnelles qui était interdite, à de très rares exceptions près. Les citoyens n’ont donc plus aucun moyen de transport disponible. De leur côté, les Communautés ne possèdent chacune que quatre véhicules pour transporter les patients potentiels vers les hôpitaux et réaliser le premier diagnostic, alors que 3 000 nouveaux cas suspects sont reportés chaque jour dans la ville. Par conséquent, de nombreux patients souffrant de fièvre et de symptômes respiratoires doivent se rendre à l’hôpital à pied ou à vélo. Dans une grande ville comme celle de Wuhan, l’hôpital le plus proche peut pourtant être très éloigné et ne pas être en mesure d’accueillir de nouveaux patients.

La dernière solution en date : Plus de 2 000 bénévoles organisent aujourd’hui le transport des patients potentiels en prenant contact via les réseaux sociaux. De plus, plusieurs plateformes de transports de personnes telles que Gaode, Didi, T3, Cacocao, DFGO, ainsi que des sociétés de taxis, fournissent gratuitement des services aux personnes le nécessitant. La seconde priorité est d’aider les professionnels de santé à se déplacer entre l’hôpital et les domiciles des patients. Les ambulances prennent maintenant en charge plusieurs patients durant le même trajet tandis que certains mini-vans ont été transformés pour permettre le transport de brancards. Grâce à ces mesures, la situation pourtant critique au niveau des transports de patients a pu être maîtrisée.

3. Un isolement à domicile contraint des personnes suspectées en attendant une hospitalisation, en raison d’un manque de ressources de santé

Le défi : La nature hautement infectieuse du COVID-19 exige une quarantaine pour éviter la transmission du virus. Cependant, le système de santé de Wuhan, déjà surchargé, ne dispose pas des ressources nécessaires pour faciliter cette quarantaine. Si les mesures d’urgence sont en cours de renforcement, l’attente à domicile et l’auto-surveillance de la progression des symptômes restent les seules options possibles pour les personnes potentiellement atteintes. Toutefois, cela favorise le risque d’une potentielle aggravation des symptômes légers, tout comme la possibilité de transmettre le virus à ses proches. Pour certains cas sévères, des délais d’attente pouvant aller jusqu’à 9,84 jours entre l’apparition des premiers symptômes et l’admission à l’hôpital ont été signalés, un chiffre beaucoup plus élevé que la moyenne chinoise de 4,95 jours [3].

Les dernières solutions en date :

1. Les infrastructure additionnelles : Les autorités ont accéléré la construction de deux nouveaux hôpitaux spécialisés d’une capacité d’environ 2 000 lits. Avec les 46 autres hôpitaux existants, Wuhan dispose ainsi d’une capacité de 21 722 lits pour les patients les plus sévèrement atteints. Les hôpitaux d’urgence « Fangcang » mettent à disposition 20 567 lits pour les patients présentant des symptômes légers, mais aussi des hôtels et des dortoirs scolaires réquisitionnés pour accueillir les cas suspectés.

2. La mobilisation de professionnels de santé supplémentaires : Au 12 février, 29 provinces chinoises avaient envoyé au total 189 équipes médicales dans la province du Hubei, soit plus de 20 000 professionnels supplémentaires.

3. Les équipements de protection : La Croix Rouge locale a fortement été critiquée pour son inefficacité et son manque de transparence dans la gestion de la distribution des équipements de protection comme les masques. Des professionnels de la logistique ont donc été désignés par le gouvernement pour gérer le stockage de ces équipements. Dans le même temps, les fabricants de consommables ont pu relancer leur production à pleine capacité.

4. Un diagnostic lent des agents pathogènes (test PCR) en raison de la demande accrue et du taux élevé de faux négatifs au coronavirus

Le défi : Le test PCR nécessite 3 à 5 jours de process, de l’enregistrement du patient à la remise des résultats, et seulement 30 à 50% des porteurs du coronavirus reçoivent un résultat positif. Trois raisons principales existent pour expliquer ce taux élevé de faux négatif avec le test PCR :

– La nature instable du virus à ARN
– Les erreurs dans la collecte de l’échantillon
– La mauvaise qualité du kit

Avant le 12 février, il est probable que des patients atteints du COVID-19 n’ayant pas été révélés positifs suite au test PCR aient été classés à tort comme des « cas probables » et n’aient pas reçu de traitement à l’hôpital, manquant ainsi le meilleur moment pour initier des soins médicaux.

La dernière solution en date : La Chine a pu identifier l’agent pathogène et a immédiatement partagé la séquence génétique du virus avec le monde entier par l’intermédiaire de l’OMS. La course pour trouver une solution pharmaceutique a alors commencé et le développement d’un kit de test PCR amélioré s’est accéléré.

Le parcours patient pour les personnes atteintes du COVID-19 à Wuhan semble allouer les ressources existantes – certes limitées –  aux cas les plus critiques, et garder en attente les patients présentant les symptômes les plus légers. Le retard dans les traitements a fait de nombreuses victimes, mais existe-t-il une meilleure solution dans une telle cette situation ? Bien que le nombre de cas confirmés continue d’augmenter, les cas suspects ont chuté de façon spectaculaire dans la province de Hubei, passant de 50 633 à 30 543 au cours des trois dernières semaines. Le gouvernement de Wuhan a entamé une recherche générale des « cas manqués » et des cas symptomatiques non signalés pour atténuer la peur de l’inconnu et supprimer les risques cachés. Au cours du mois de février, le nombre de messages sur les réseaux sociaux demandant de l’aide a lentement diminué, remplacés peu à peu par des messages proposant des services de courses alimentaires, d’emprunts d’objets, d’un ton plus léger. Pour citer un proverbe chinois : quand l’hiver est là, le printemps n’est plus très loin. Notre équipe Alcimed GmbH va continuer à suivre et décrypter l’évolution du COVID-19 et sa gestion. Restez connecté !

[1] https://www.who.int/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019
[2] https://news.qq.com/zt2020/page/feiyan.htm
[3] https://k.sina.cn/article_6192937794_17120bb420200178hc.html?from=health

A propos de l’auteur :  

Anran, Consultante, Alcimed Cologne Santé

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