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Les pharmaciens d’officine : les nouveaux acteurs clés de la vaccination

Plusieurs dispositions, entrées en application le 24 avril dernier, autorisent les pharmaciens d’officine formés à injecter, en plus du vaccin grippal, une liste de 14 vaccins. L’objectif visé est une amélioration de l’offre vaccinale ainsi que du parcours de vaccination, au bénéfice d’une meilleure couverture vaccinale de la population. Dans cet article, Alcimed explore l’évolution du rôle des pharmaciens d’officine, ses implications ainsi que les enjeux pour les laboratoires pharmaceutiques.

Evolution des missions des pharmaciens d’officine

De par le rôle croissant du pharmacien d’officine dans le parcours vaccinal, la proximité du pharmacien avec le patient est renforcée, en particulier avec l’injection des vaccins du calendrier vaccinal, l’injection de la dose de rappel, la traçabilité de la vaccination et la gestion des effets indésirables.

Jusqu’à présent, la vaccination en pharmacies était limitée à la vaccination contre la grippe saisonnière. Le 23 avril 2022, un ensemble de texte a été publié au Journal officiel en faveur de l’élargissement de leurs compétences vaccinales :

  • Le décret n° 2022-610 confirme l’extension des compétences vaccinales des pharmaciens à 14 vaccinations,
  • Un arrêté du 21 avril liste les vaccins concernés (la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, les papillomavirus humains, les infections invasives à pneumocoque, le virus de l’hépatite A, le virus de l’hépatite B, le méningocoque de sérogroupe A, le méningocoque de sérogroupe B, le méningocoque de sérogroupe C, le méningocoque de sérogroupe Y, le méningocoque de sérogroupe W, la rage) et les personnes pouvant en bénéficier. L’administration de ces vaccins s’applique aux personnes de 16 ans ou plus, avec des critères d’éligibilité différents (population ciblée par les recommandations vaccinales ou non) selon la vaccination réalisée3.
  • Un arrêté du 21 avril concerne la tarification de l’administration d’un vaccin par le pharmacien d’officine. La prise en charge des injections en officine par l’Assurance maladie sera possible à partir du 1er octobre 2022, soit 6 mois après la publication de l’arrêté d’approbation de la Convention nationale au Journal officiel.

En pratique, une ordonnance médicale sera exigée pour l’injection en pharmacie des vaccins avec prescription médicale obligatoire. Concernant les vaccins avec prescription médicale facultative (diphtérie, poliomyélite, tétanos, coqueluche, certains vaccins contre les infections à pneumocoque et contre l’hépatite B), le pharmacien est autorisé à réaliser l’injection sans ordonnance médicale. Dans ce cas, le vaccin et l’injection ne seront pas pris en charge par l’Assurance maladie.

Sous réserve de l’avis de l’ANSM, un arrêté devrait prochainement définir la liste des vaccins que les pharmaciens d’officine seront autorisés à prescrire. Cet arrêté permettra aux pharmaciens d’officine de prescrire et d’injecter un vaccin sans prescription médicale tout en permettant la prise en charge du vaccin et de l’injection par l’Assurance maladie.

De par le rôle croissant du pharmacien d’officine dans le parcours vaccinal, la proximité du pharmacien avec le patient est renforcée, en particulier avec l’injection des vaccins du calendrier vaccinal, l’injection de la dose de rappel, la traçabilité de la vaccination et la gestion des effets indésirables.

De la vaccination au suivi du patient

La traçabilité de la vaccination repose désormais sur les pharmaciens d’officine. Ils devront consigner les informations relatives au vaccin (dénomination du vaccin, date d’injection et numéro de lot) dans le carnet de santé du patient et dans le dossier médical partagé de la personne vaccinée sur Mon espace Santé. Une attestation de vaccination qui comporte ces éléments pourra aussi être délivrée. Si le patient n’a pas de dossier médical partagé, le pharmacien d’officine pourra également transmettre ces informations au médecin traitant par messagerie sécurisée. La HAS recommande également le renforcement de l’aide à la vaccination (indication, non-indication, contre-indication des vaccins) et de la traçabilité de la vaccination à travers des outils numériques en lien avec le dossier médical partagé. Elle souhaite notamment la mise en place et l’utilisation d’un carnet de vaccination électronique.

La prévention, le suivi et la gestion des effets indésirables des vaccins seront à la charge des pharmaciens d’officine. Ils seront tenus de déclarer auprès des centres de pharmacovigilance les effets indésirables observés avant, pendant et après l’injection du vaccin (par ex. réaction locale au site d’injection, nausées, vomissements, fatigue, céphalées, fièvre, etc.) et susceptibles d’être dus au vaccin administré.

L’extension de la vaccination en officine pose aussi la question de la mise en place du suivi du rappel du vaccin. Le pharmacien n’ayant pas le rôle de professionnel de santé « référent » dans le suivi du patient comme c’est le cas du médecin traitant, la responsabilisation du patient ou des parents du patient sera essentielle.

Les enjeux à anticiper pour les laboratoires pharmaceutiques

Les pharmaciens d’officine sont aujourd’hui des acteurs incontournables dans le parcours vaccinal qu’il faut intégrer dans les réflexions stratégiques des laboratoires pharmaceutiques. En effet, ils sont un point de contact privilégié pour beaucoup de patients qui voient en eux des acteurs de proximité avec des horaires flexibles et des services variés. D’ailleurs, ils jouent un rôle clé à l’interface entre la ville et l’hôpital, comme le montre la mobilisation majeure des pharmaciens dans la vaccination lors de la crise sanitaire du Covid-19. « Sur 22 000 pharmacies en France, 18 000 se sont engagées dans la campagne de vaccination, et 14 000 réalisent des tests de dépistage de la Covid », rappelle Gilles Bonnefond, Conseiller du président de l’USPO (Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine). Sous réserve de l’avis de l’ANSM relatif à la prescription de certains vaccins par les pharmaciens d’officine, ces derniers pourraient même devenir les prescripteurs de certains vaccins.

Lire aussi : La vaccination en pharmacie : tour du monde des facteurs clés de succès pour sa mise en œuvre.

Les acteurs de l’industrie pharmaceutique doivent donc identifier les pharmaciens d’officine qui ont un rôle réel dans la vaccination. A date, les pharmacies ont une propension hétérogène à réaliser les actes médicaux comme les tests de dépistage, le renouvellement d’une ordonnance d’un traitement chronique ou d’un contraceptif oral, la délivrance d’antibiotiques contre les infections urinaires, etc. En outre, la vaccination en officine reste une activité facultative soumise à la nécessité de valider une formation dédiée.

Ensuite, les laboratoires pharmaceutiques devront définir de nouvelles façons d’interagir avec les pharmaciens d’officine. Jusqu’à présent, les interactions entre les laboratoires pharmaceutiques et les pharmaciens d’officine étaient centrées autour de la commercialisation de leurs produits, par exemple la négociation de prix, le merchandising, etc. Il est désormais important pour les laboratoires pharmaceutiques d’accompagner les pharmaciens d’officine dans leurs actions de prévention (conseil auprès du patient et suivi des rappels de vaccins), de les former au bon usage des nouveaux vaccins ainsi qu’à la gestion des effets indésirables associés.

Les réflexions autour de ces activités pourront s’appuyer sur les tendances d’évolution du marché pharmaceutique en matière d’interaction avec les professionnels de santé. Le digital occupe en particulier une place croissante dans les visites médicales.

L’évolution du rôle des pharmaciens d’officine dans la vaccination s’inscrit dans une mutation déjà en cours de leur métier. La réalisation de la vaccination, mais aussi des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD), du renouvellement d’un traitement, de l’ajustement de la posologie, etc. sont autant d’extensions de leur pratique historique. Ainsi, s’il ne fait pas de doute que les pharmaciens deviennent des acteurs encore plus stratégiques pour les laboratoires pharmaceutiques, pour qui l’enjeu sera d’inclure davantage les pharmaciens dans les stratégies de customer engagement. N’hésitez pas à contacter notre équipe pour échanger plus en détails sur le sujet !


A propos de l’auteur, 

Fanny, Consultante senior au sein de l’équipe Santé d’Alcimed en France

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