Santé mentale et COVID-19 : quelle place pour le numérique ?

Santé mentale et COVID-19 : quelle place pour le numérique ?

 

Les crises sanitaires mondiales comme celle du COVID-19 sont synonymes d’anxiété, et peuvent avoir des conséquences importantes sur notre santé mentale. Santé Publique France indique notamment une augmentation des troubles du sommeil et une diminution de la satisfaction de vie actuelle pendant la période de confinement [1], se traduisant par une diminution du bien-être mental. Parallèlement à cela, le numérique est de plus en plus perçu comme un outil au service de la santé mentale. Dans ce contexte, Alcimed décrypte les liens entre santé mentale, COVID-19 et numérique.

La santé mentale : une définition multi-facette et un sujet de préoccupation global

La santé mentale, telle que définie par l’Organisation Mondiale de la Santé, est « un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté ». L’OMS considère que la santé mentale des individus peut être affaiblie si un des piliers parmi les facteurs individuels (génétiques et biologiques), les facteurs environnementaux (accès aux infrastructures, pratiques culturelles) ou le contexte social (conditions de vie, d’éducation et de travail) est ébranlé.

Parmi les troubles qui empêchent une bonne santé mentale, on peut bien sûr citer les maladies telles qu’Alzheimer, la dépression ou encore les troubles bipolaires. Mais la bonne santé mentale ne se définit pas uniquement comme une absence de maladie. L’anxiété, par exemple, est elle aussi une entrave au bien-être. Le mal-être mental touche ainsi une grande partie de la population mondiale. L’OMS considère d’ailleurs qu’une personne sur quatre souffrira un jour dans sa vie de troubles mentaux [2].

D’après l’Institute for Metrics and Evaluation (IHME), les troubles mentaux affectaient 17,3% [3] de la population européenne en 2018. Ce chiffre sur le mal-être mental semble augmenter depuis quelques années. Entre 2007 et 2017, la Gallup Organization a mené une enquête sur le bien-être mental de plus de 150 000 personnes dans 145 pays. Ils y ont introduit un « indice de l’expérience positive », qui rend compte du nombre d’expériences ressenties positivement par les individus, et un « indice de l’expérience négative ». Cet indice de l’expérience positive est passé de 68/100 à 69/100 en 10 ans, alors que l’indice de l’expérience négative a augmenté de 7 points, en passant de 23 à 30 sur 100 [4].

Confinement, anxiété et distanciation sociale : la crise du coronavirus impacte notre santé mentale

La crise du COVID-19 et le confinement ont un impact important sur les facteurs environnementaux et le contexte social relatifs à notre santé mentale. Le bouleversement de ces deux dimensions semblent entraîner une augmentation du mal-être mental. Si les données chiffrées sur le bien-être mental pendant le confinement restent restreintes en raison de la récence de la crise, la tendance est à une dégradation de la santé mentale à l’échelle mondiale. Une première étude menée dès janvier en Chine [5] a montré que 35% des 52 730 personnes interrogées étaient en détresse psychologique pendant l’épidémie. De la même manière, une étude de la Kayser Family Foundation révèle que près de 50% des Américains considèrent que la crise du Coronavirus nuit à leur santé mentale.

Grâce à des outils comme Google Trends, il est possible d’analyser les recherches Google effectuées sur une période et une région géographique données. En prenant comme terme « crise, angoisse », et en comparant le nombre de recherches de ce terme effectuées en France en février – où le Coronavirus était encore assez « éloigné » et où le confinement n’était pas en vigueur – et en mars – mois de début du confinement et explosion du nombre de cas en France – on note une augmentation de 165% des recherches [6].

Ce mal-être mental touche une part importante des jeunes en France. Selon une étude OpinionWay réalisée fin mai 2020 [7], 46% des 18-30 ans se disent inquiets pour leur santé mentale en période de confinement. L’étude CONFINS sur l’état psychologique des Français en confinement est actuellement menée entre autres par l’INSERM et devrait apporter une analyse plus fine de la situation.

Des solutions numériques à disposition, mais quelques barrières à faire tomber

Les outils numériques peuvent contribuer à préserver la santé mentale. Comme l’a révélé une étude de l’entreprise App Annie [8], les applications de santé et fitness ont connu une hausse de téléchargement de 40% entre fin 2019 et début 2020. Les plateformes de téléconsultation ont également explosé : 1% des consultations médicales se faisaient à distance avant le confinement, alors qu’aujourd’hui, on en comptabilise 11% [9]. Les consultations concernant la santé mentale sont d’autant plus adaptées à ce format qu’elles nécessitent rarement le contact physique avec le praticien.

Certains instituts de recherche mettent en ligne des solutions pour garder le moral, à l’image de l’INSERM qui propose un dispositif StopBlues qui pour objectif de « prévenir la souffrance psychique et ses conséquences » à travers des vidéos courtes, des conseils, des séances de sport ou d’étirement. D’autres applications visent une réduction du stress et de l’anxiété par un accompagnement à la méditation, à l’instar de Petit BamBou, Mind ou encore Headspace. Ces applications ont connu un pic de téléchargement pendant la crise du Covid19. Ainsi, Petit Bambou est passé de 5 000 à 15 000 nouveaux utilisateurs par jour pendant la période de confinement [10]. A noter aussi que les applications de visioconférences et les réseaux sociaux permettent le maintien de liens sociaux, surtout en période de confinement. Début avril, selon Laurent Soly, vice-président Facebook pour la France et l’Europe, l’utilisation de Facebook, Instagram, Messenger et WhatsApp avait augmenté de 11% par rapport à l’avant-confinement [11]. Un appel à témoignage réalisé par Le Monde montre que cela est dû au besoin de garder un « lien social vital » [12].

Cependant, des questionnements subsistent. La question de la dépendance aux outils numériques refait régulièrement surface : peut-on vraiment prétendre améliorer la santé mentale des personnes si celles-ci deviennent « addicts » au numérique ? L’absence de validation scientifique est également problématique et la multitude d’outils à disposition peut pousser à un comportement d’automédication, qui ne se base que sur le jugement personnel de l’utilisateur de ces outils. Cela entraîne indirectement le risque d’un abandon de recours à des solutions non-numériques, notamment la prise de rendez-vous chez des médecins spécialistes des troubles mentaux alors que cela pourrait parfois s’avérer nécessaire.

 

Il est donc préconisé de vérifier systématiquement qui propose un outil, qui le finance, mais également de vérifier dans la mesure du possible si l’information santé est fiable, si l’outil est pertinent, sécurisé et certifié ou labellisé. Il est difficile de faire le tri entre ce qui est fiable et ce qui ne l’est pas dans la multitude d’outils à disposition – rappelons que plus de 325 000 applications mobiles de santé sont recensées dont une grande majorité n’a jamais été évaluée. Un contrôle plus systématique de ces outils permettrait peut-être à terme une augmentation de la fiabilité des outils numériques pour gérer la santé mentale, et donc une utilisation à plus grande échelle avec un risque plus faible de dérives.

A propos de l’auteur

Amélie, Consultante dans l’équipe Santé d’Alcimed en France

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[1] https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/covid-19-une-enquete-pour-suivre-l-evolution-des-comportements-et-de-la-sante-mentale-pendant-le-confinement
[2] https://www.who.int/whr/2001/media_centre/press_release/fr/
[3] https://www.irdes.fr/documentation/syntheses/la-sante-mentale-en-france-et-dans-les-pays-de-l-ocde.pdf
[4] https://www.gallup.com/analytics/241961/gallup-global-emotions-report-2018.aspx
[5] https://gpsych.bmj.com/content/gpsych/33/2/e100213.full.pdf
[6] Source : Google Trends. Analyse réalisée le 6 mai 2020 sur la chaîne de caractères « crise angoisse »
[7] https://www.opinion-way.com/fr/component/edocman/opinionway-pour-20-minutes-et-heyme-moijeune-moijeune-confine-et-demain-vague-5-4-mai-2020/viewdocument/2294.html?Itemid=0
[8] https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/avec-le-confinement-l-industrie-des-applications-mobiles-tutoie-de-nouveaux-sommets-20200403
[9] https://www.lepoint.fr/sante/face-au-coronavirus-le-boom-des-teleconsultations-02-04-2020-2369810_40.php
[10] https://www.challenges.fr/club-entrepreneurs/confinement-l-appli-star-de-meditation-petit-bambou-decolle_705310
[11] https://bfmbusiness.bfmtv.com/hightech/les-chiffres-impressionnants-de-facebook-messenger-et-whatsapp-pendant-le-confinement-1904580.html
[12] https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/19/face-au-confinement-le-reconfort-des-groupes-whatsapp_6033694_3244.html