Microbiote et césarienne : quels enjeux pour la santé infantile?

Bactéries, virus, champignons,… Nous les associons souvent à des pathologies ou mauvaises conditions de santé. Cependant,  ils jouent un rôle considérable dans le bon fonctionnement de notre organisme.  Ces « super-héros », appelés microbiote, agissent sur l’immunité, les maladies, les allergies, le sommeil ou même les performances sportives ! Alors d’où vient notre microbiote ? Il s’agit d’un transfert entre la mère et l’enfant qui a lieu pendant l’accouchement par voie basse (vaginale): la mère transfère son microbiote vaginal au bébé, qui s’était développé jusqu’alors dans un environnement stérile (le placenta). Pourtant, selon les derniers chiffres publiés, 27% des naissances ne se font pas par voie basse mais par césarienne. Ces enfants ne bénéficient donc pas de l’héritage du microbiote de leur mère. Quelles sont donc les conséquences pour ces adultes en devenir ? Quelles sont les stratégies possibles afin d’assurer le bon développement du microbiote infantile suite à une césarienne ? Comment le marché biopharmaceutique répond-il à ces enjeux de taille ? Chez Alcimed, nous nous sommes intéressés de près à ces problématiques qui pourraient aboutir à l’émergence d’un nouveau type de solutions thérapeutiques.

L’accouchement par césarienne : un facteur de perturbation du microbiote du nouveau-né augmentant le risque d’émergence de maladies immunitaires

De nombreuses études ont montré que le mode d’accouchement joue un rôle critique sur la composition du microbiote infantile. En effet, le microbiote oral et de la peau du nourrisson né par césarienne est moins abondant et de composition différente de celui né par voie basse. L’enfant né par césarienne aura un microbiote composé de bactéries présentes sur la peau maternelle et dans l’environnement hospitalier alors que l’enfant né par voie vaginale sera colonisé par des bactéries (Lactobacillus) retrouvées dans la vagin de la mère.

Le microbiote du bébé va ensuite graduellement évoluer et se diversifier durant les premiers jours et mois de sa vie afin de s’adapter au mieux aux différentes parties de son corps. Cette diversification va se réaliser de manière plus lente chez les enfants nés par césarienne. Après l’introduction d’aliments solides au bout de 6 mois, l’abondance du microbiote infantile augmente graduellement et les différences observées selon le mode d’accouchement tendent à être moins importantes.

La qualité de la première colonisation bactérienne a un rôle crucial dans le façonnement et le développement du système immunitaire. En effet, des études ont montré qu’un microbiote troublé chez le nourrisson perturbe fortement l’éducation du système immunitaire, augmentant ainsi le risque de contracter des maladies immunitaires au cours de la vie. Cela s’est confirmé par des études épidémiologiques associant un risque plus important de contracter des maladies immunitaires et allergies chez les sujets nés par césarienne (+18% à 31% selon les études).

Quelles sont les stratégies pour réduire l’impact de la césarienne sur le microbiote du nouveau-né ?

Plusieurs solutions sont envisageables afin de réduire les risques de maladies immunitaires liées à une naissance par césarienne.

  • L’allaitement maternel représente une approche naturelle permettant de modifier la communauté microbienne après une césarienne. Une consommation exclusive de lait maternel permettrait de restaurer un microbiote infantile comparable à celui de bébés nés par voie vaginale. L’effet bénéfique du lait maternel reposerait sur la présence de Lactoferrine et de certains oligosaccharides qui stimuleraient la croissance de bactéries essentielles au bon développement du système immunitaire de l’enfant (comme le Bifidobacterium).
  • La consommation de probiotiques. Une autre stratégie consiste à consommer directement ces bactéries bénéfiques via des probiotiques. Des études ont montré que certaines espèces de Lactobacillus, Bifidobacterieum ou encore Propionibacteria pourraient conférer une protection contre les allergies chez les enfants nés par césarienne.
  • Le transfert de microbiote vaginal ou vaginal seeding. Une autre solution en devenir consiste au transfert du microbiote vaginal au nouveau-né directement après l’accouchement par césarienne par une technique appelée « vaginal seeding ». Cette technique consiste à incuber une gaze pendant 1h dans le vagin de la mère pré-accouchement puis de passer cette gaze sur le nouveau-né directement après l’accouchement. Plusieurs études cliniques sont en cours aux Etats-Unis pour tester l’efficacité de cette technique dans la réduction de risques de contraction de maladies immunitaires chez les enfants nés par césarienne. Les premiers résultats sont encourageants et montrent que l’exposition aux bactéries vaginales maternelles (principalement Lactobacillus) post-accouchement permettrait le rétablissement d’un microbiote non perturbé dans les mois suivant la césarienne. Il reste maintenant à définir si cet effet positif sur le microbiote réduit le risque de contracter maladies immunitaires au cours de la vie du nouveau-né.

Comment l’industrie pharmaceutique répond-elle à cet enjeu ?

Aujourd’hui, ce sont plutôt des acteurs de taille modeste, pure biotech, qui se sont intéressés à cet enjeu, comme le montre la collaboration entre l’université de British Columbia et la startup biopharmaceutique PureTech Health, et plus particulièrement sa filiale « Commense Inc ». Cette collaboration consistera à mettre en place une thérapie « microbiome-based » afin de prévenir l’asthme et d’autres maladies allergiques chez les enfants nés par césarienne en boostant le développement d’un microbiote bénéfique pour l’organisme chez une population pédiatrique.

Dans cette optique, d’autres startups (OmniBiome, Evolve BioSystems, ou encore Infant Bacterial Therapeutics) se positionnent également sur le marché des solutions thérapeutiques du microbiote infantile en investissant ou développant des solutions innovantes afin de prévenir, détecter, diagnostiquer et traiter la liste grandissante des conditions infantiles associées à l’accouchement par césarienne. Par exemple, Evolve BioSystems a développé Evivo, une nouvelle génération de probiotiques pour bébé à mélanger avec le lait maternel afin de stimuler et protéger l’environnement microbien de l’intestin du bébé. Il a ainsi été prouvé qu’Evivo participe au développement d’un système immunitaire sain chez le bébé.

De plus en plus d’études scientifiques démontrent l’importance du microbiote infantile et l’impact néfaste que la césarienne peut avoir sur l’équilibre de ce dernier. Cette procédure étant largement pratiquée dans le monde entier, il est essentiel de parvenir à des solutions durables afin de réduire les risques de maladies immunitaires et d’allergies. Ainsi, de plus en plus d’acteurs du monde de la santé se mobilisent afin de développer des solutions thérapeutiques pour venir combler ce besoin non satisfait. Au-delà du développement des thérapies « microbiome-based » en cours, un accompagnement des hôpitaux dans l’intégration des nouvelles pratiques comme le « vaginal seeding » pourrait être à prévoir. 


A propos de l’auteur

Eugénie, Consultante dans l’équipe Santé d’Alcimed  à Paris

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