Comment améliorer la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques grâce à l’e-santé

Publié le 16 juillet 2019 Lecture 25 min

Les maladies chroniques sont la première cause de mortalité autour du globe avec 41 millions de victimes chaque année. Cependant, leur impact sur la santé peut considérablement être atténué en détectant au plus tôt des comportements à risque chez le patient. Grâce à la récolte quotidienne d’informations, l’e-santé peut être une solution pour anticiper ces comportements et apporter une réponse dans la prévention et la gestion des maladies chroniques. Alcimed, société de conseil en innovation et développement de nouveaux marchés, s’est penché sur la question.

Les maladies chroniques, première cause de mortalité mondiale

C’est le constat qui est fait par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). En effet, elle estime que 71%[1] des décès chaque année résultent de maladies telles que maladies cardiovasculaires, cancers, maladies respiratoires, diabète etc … Outre les pertes humaines, les pertes économiques sont également conséquentes. On estime que le coût des traitements dus à ces maladies et le coût de la baisse de productivité des patients liée aux symptômes sont compris entre 0,22% et 6,77% du PIB d’un pays[2].

Pourtant, les facteurs de risque de ces maladies sont bien identifiés, et comprennent entre autre le tabagisme, la sédentarité, la consommation nocive d’alcool et une mauvaise alimentation. Un changement dans ces comportements à risques permet de réduire significativement l’incidence des maladies chroniques, et leur bonne gestion est cruciale pour atteindre l’objectif fixé par l’OMS : réduire l’impact des maladies chroniques sur la mortalité prématurée de 25% d’ici 2025.

 L’e-santé en tant qu’aide à la prévention et à la gestion des maladies chroniques

Il existe des écarts entre les conseils d’amélioration de qualité de vie prodigués par les médecins généraux et ce qui est réellement appliqué par les patients[3]. Cet écart-là, qu’il soit dû à un manque de suivi régulier ou à un manque de motivation/compréhension de la part du patient, doit être pallié urgemment afin de garantir la meilleure application possible des conseils des médecins.

L’e-santé, définie comme « les services du numérique au service du bien-être de la personne » selon l’OMS, propose de nombreux champs d’application qui peuvent aider à la gestion des maladies chroniques. Ces champs vont de la mesure de l’activité physique en temps réel, à un accompagnement personnalisé dans la gestion d’une maladie en particulier, par exemple en définissant des objectifs de réduction du tabagisme.

En somme, l’e-santé permet de compléter les consultations des médecins en palliant certains de leurs défauts : elle permet de collecter des données de santé dans la vie de tous les jours, afin de les intégrer les unes aux autres pour pouvoir les diffuser à un professionnel de santé qui pourra ainsi identifier plus rapidement les points de vigilance et proposer un plan d’action visant à y remédier. Grâce à l’agrégation de ces données, il est possible de créer un accompagnement personnalisé du patient dans la prévention et dans la gestion des maladies chroniques. Afin de garantir une efficacité du traitement, il est important que la solution soit dimensionnée selon les objectifs et les capacités du patient. Ainsi, l’e-santé permet non seulement de créer un point de suivi régulier, mais elle permet aussi de vérifier que le traitement est bien suivi, dans sa durée et dans son application, ce qui peut amener à un meilleur contrôle des maladies chroniques.

Les enjeux du développement de l’e-santé

Cependant, certains points de développement importants sont à prendre en compte afin de régulariser le recours à l’e-santé en Europe. L’enjeu principal du développement est la sécurité des données. Le cadre réglementaire d’accès à ces données doit encore être fixé, notamment au vu du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) de 2016.

Les autres enjeux concernent la récolte de la donnée. Premièrement, il s’agit de faciliter l’accès à l’e-santé. On observe effectivement que 85% des morts prématurées dues aux maladies chroniques ont lieu dans les pays pauvres ou en voie de développement[1]. Et c’est précisément dans ces pays que la couverture internet est la moins robuste. Le développement d’internet est donc un facteur clé de succès dans le développement de l’e-santé. Ensuite, le suivi du patient sera d’autant plus cohérent que les données seront exhaustives, et que l’engagement du patient sera important. Pour garantir l’exhaustivité des données, un point important à considérer sera l’agrégation des données à une échelle suffisante permettant d’intégrer toutes les sources de récolte. Il faut donc s’assurer que toutes les informations soient compatibles et cohérentes (on parle d’interopérabilité). De plus, en plaçant l’e-santé au cœur du traitement, le patient sera plus enclin à renseigner les données recherchées. En France, la Haute Autorité de Santé a émis un avis positif concernant le remboursement d’une application de suivi du patient diabétique[4]. Le patient sera effectivement plus volontaire à utiliser une application si celle-ci lui est recommandée par son médecin, et prise en charge par la Sécurité Sociale. Enfin, une bonne utilisation de ces données récoltées est le dernier enjeu du développement de l’e-santé, et celle-ci passera surement par une formation des professionnels de santé.

Un exemple dont s’inspirer en matière de gestion des maladies chroniques : Israël

En ayant adopté un système de dossier médical électronique dès 1995 à grande échelle (près de 98% de la population est couverte), Israël fait partie des figures de proue en matière d’e-santé. Plus particulièrement, en ce qui concerne les maladies chroniques, ces dossiers médicaux permettent une détection en amont de comportements à risque sur l’ensemble de la population, et donc une gestion de l’incidence efficace à l’échelle du pays. Par la suite, le contrôle continu des indicateurs de santé permet de lisser la dispense de soin, notamment en alertant régulièrement les professionnels de santé quand un suivi doit être fait avec le patient, ou tout simplement en lui faisant parvenir des messages directement. Le résultat ? Au-delà d’être parmi les pays les plus avancés en matière d’e-santé, Israël fait partie des pays avec la probabilité la plus faible de mort prématurée due aux maladies chroniques[5].

« Aujourd’hui, le cadre réglementaire doit encore être fixé pour les applications e-santé : que ce soit sur la sécurité de la donnée, mais aussi sur la place qu’occuperont les applications e-santé dans le parcours santé du patient. Une fois ce cadre établi, l’e-santé sera un atout sur lequel se reposeront les médecins pour le suivi de leurs patients » conclut Delphine Bertrem, Responsable de l’activité Santé d’Alcimed à Paris. Dans le même temps, la Ministre de la Santé Agnès Buzyn réaffirmait, lors du 2ème comité interministériel se tenant le 25 Mars 2019, la nécessité de faire de la prévention active une priorité. Il reste à voir quel rôle sera accordé à l’e-santé…

[1] https://www.who.int/en/news-room/fact-sheets/detail/noncommunicable-diseases
[2] Marc Suhrcke, Rachel A. Nugent, David Stuckler and Lorenzo Rocco, Chronic Disease: An Economic Perspective, London: Oxford Health Alliance 2006
[3] Carey, Mariko et al. “The Role of eHealth in Optimizing Preventive Care in the Primary Care Setting.” Journal of medical Internet research
[4] Haute Autorité de Santé – Avis n°2016.0055/SEAP du 7 Septembre 2016
[5] Global Health Observatory data repository, http://apps.who.int/gho/data/view.main.2485?lang=en

 

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