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5 raisons qui prouvent que nous sommes dans une ère post-antibiotique/post antibiotic era

5 raisons qui prouvent que nous sommes dans une ère post-antibiotique

Dans un article précédent, nous avions déjà souligné l’importance de s’occuper de la résistance aux antimicrobiens (RAM). Car ne pas s’attaquer au problème croissant de la résistance aux antimicrobiens augmenterait non seulement les coûts associés à la plupart des procédures médicales, mais aussi les taux d’incidence des maladies infectieuses en ne prévenant pas la transmission. Pourtant, en 2019, le Center for Disease Control (CDC) a déclaré que nous n’attendions plus la venue de cette ère post-antibiotique : elle est déjà arrivée. Que signifie alors vivre dans une ère post-antibiotique ? En 1944, la début de la production en masse d’antibiotiques a créé un monde dans lequel nous ne mourrions presque plus d’infection bactérienne. Dans une ère post-antibiotique, nous ne vivons donc plus avec cette garantie. Cela ne signifie pas que nous devons nous avouer vaincu ! Des acteurs de tous les secteurs de la santé, de l’industrie agroalimentaire à l’industrie pharmaceutique, se mobilisent aujourd’hui pour surmonter cette menace mondiale. Chez Alcimed, nous revenons sur les 5 principales caractéristiques de cette nouvelle ère afin de mieux comprendre l’ampleur du problème et d’en voir les perspectives.

1. Des infections résistantes aux antimicrobiens atteignant rapidement les 3 millions par an

Aux États-Unis, on répertorie actuellement près de 2,9 millions d’infections par des agents pathogènes dus à la RAM et 35 900 décès. Au niveau mondial, il est estimé qu’au rythme actuel, on comptera près de 10 millions de décès par an en 2050. En comparaison, en 2013, le CDC estimait que 2 millions de personnes aux États-Unis étaient infectées par des pathogènes RAM chaque année, entraînant 23 000 décès (à l’exclusion de Clostridium difficile). Des améliorations dans la collecte des données ont désormais révisé les estimations de 2013 à plus de 2,6 millions d’infections et à 44 000 décès. Cette augmentation montre que nous avons largement sous-estimé l’ampleur du problème. Par ailleurs, le Global Antibiotic Resistance Surveillance and Use System (GLASS) de l’OMS s’efforce d’améliorer la remonté des données partout dans le monde.

2. L’augmentation du nombre d’agents pathogènes répertoriés comme menaces urgentes ou graves

Lorsque la liste originale a été publiée, seuls trois agents pathogènes étaient alors répertoriés comme menaces urgentes : Clostridium difficile, Entérobactéries résistantes aux carbapénèmes (CRE) et Neisseria gonorrhoeae résistantes aux médicaments. En 2019, deux agents pathogènes supplémentaires ont été élevés au rang de menaces urgentes (Acinetobacter résistant au carbapénème et Candida auris). C. auris est un parfait exemple de la vitesse à laquelle une bactérie peut développer une résistance dans une ère post-antibiotique, l’agent pathogène n’étant même pas présent sur la liste en 2013. Cette souche de levure multi-résistante est maintenant un fléau dans les hôpitaux et les EHPAD du monde entier.

3. La propagation mondiale des agents pathogènes RAM à une vitesse fulgurante

C. auris montre également à quelle vitesse les agents pathogènes peuvent se propager à l’échelle mondiale. Bien qu’initialement isolé en 2009, jusqu’en 2013, l’agent pathogène était encore entièrement limité au Japon et à la Corée avec seulement une poignée de cas. Au cours des 7 dernières années, la souche s’est propagée à 34 pays, avec une augmentation de 318% des cas américains en 2018 seulement. Cette vitesse accrue est facilitée par le milliard de voyages internationaux dans le monde chaque année. Les États-Unis reçoivent 350 millions de visiteurs par an via plus de 300 points d’entrée, rendant le dépistage des agents pathogènes un véritable défi.

4. La lutte contre la RAM pesant désormais plus de 50 milliards de dollars dans les dépenses américaines

Selon le rapport original de 2013 « Antibiotic Resistance Threats in the United States », la charge de la RAM pourrait atteindre 20 milliards de dollars en frais médicaux directs et 35 milliards de dollars en coûts indirects (tels que la perte de productivité). Si ces estimations sont avérées correctes, il faudra plus que les 160 millions de dollars investis dans l’initiative Antibiotic Resistance solutions(RA) pour trouver des solutions.

5. Des actes de prévention qui semblent fonctionner, avec une baisse de 18% des décès dus à la RAM

Malgré les 4 caractéristiques précédentes, on aperçoit toutefois de la lumière au bout du tunnel ! De 2013 à 2019, le nombre de décès attribuables aux infections à RAM a baissé de près de 1/5. Les efforts de prévention mis en œuvre dans les hôpitaux depuis le rapport original de 2013 sont efficaces. Une meilleure mise en œuvre des protocoles d’hygiène dans les hôpitaux, une sensibilisation accrue aux vaccins et une réponse rapide à de nouveaux agents pathogènes, tels que C. auris, ont largement contribué à cette baisse des décès.

Cependant, les stratégies de prévention ne fonctionneront pas de manière uniforme.  Les efforts de l’OMS et du défi One Health du CDC pour se concentrer davantage sur le diagnostic et le développement de nouveaux antibiotiques seront essentiels au sein de cette ère post-antibiotique.

 

A propos de l’auteur

Danna, Responsable de Mission dans l’équipe Alcimed Santé aux Etats-Unis

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