Infirmiers spécialisés

Les infirmiers spécialisés, des acteurs clés pour les laboratoires pharmaceutiques

L’enjeu croissant d’optimiser les parcours de soins et d’assurer une meilleure coordination entre ville et hôpital a conduit à une diversification du rôle des infirmiers qui voient leur place devenir prépondérante dans la prise en charge des patients. Face à l’émergence de ces infirmiers spécialisés issus de formations dédiées et à l’expansion de leurs activités, l’écosystème de santé français doit s’adapter pour en générer le maximum de valeur pour les patients. Dans cet article, Alcimed explore le nouveau rôle des infirmiers spécialisés et l’impact qu’ils ont sur les acteurs de la santé, en particulier pour les laboratoires pharmaceutiques.

Un contexte médical encourageant une spécialisation des infirmiers diplômés d’Etat

Dans un contexte général d’accroissement des besoins de santé de la population, quatre enjeux clefs colorent les problématiques de santé publique en France aujourd’hui :

  • Le vieillissement de la population et l’augmentation des patients atteints de maladies chroniques et de polypathologies,
  • Le positionnement central du parcours de santé permettant le décloisonnement des champs de la prévention, de l’offre de soins et de l’accompagnement médico-social,
  • L’enjeu fort de démographie médicale qui, compte-tenu de la répartition des professionnels de santé sur le territoire, rend l’accès aux soins inégal,
  • Le virage ambulatoire et le développement du réseau ville-hôpital qui visent à mieux coordonner les soins, ainsi qu’à guider et encadrer les patients dans le choix du personnel libéral qui les accompagnera dans les soins à domicile.

Mis bout à bout, ces 4 enjeux de santé soulignent la nécessité d’une évolution de l’organisation de la prise en charge que les projets successifs de loi de la Sécurité Sociale (PLFSS) ont par ailleurs mis en exergue en proposant plusieurs adaptations. Dans la veine des précédents plans, le PLFSS 2021 renforce encore davantage la place des infirmiers en tant qu’acteurs clés de l’évolution de l’organisation des soins et reconnaît la nécessité d’expérimenter « une évolution des compétences des infirmier(e)s de santé au travail dans le cadre des protocoles organisationnels et de coopération entre professionnels de santé ».

Ces derniers voient ainsi leur place devenir prépondérante dans le parcours de soins et leur champ d’action s’étendre à des tâches initialement réservées aux médecins afin de garantir notamment une plus grande coordination des soins entre ville et hôpital, et d’assurer une meilleure continuité dans les parcours de soins, des pathologies chroniques en particulier.

Dans ce contexte mouvant, il s’agit désormais de comprendre comment cette spécialisation des infirmiers va influencer l’écosystème de la santé en France.

Le rôle croissant des infirmiers spécialisés dans la prise en charge des pathologies chroniques

Entre 2014 et 2019, les Plans Cancer 1 et 2 ont conduit à la création de nouveaux postes infirmier(e)s pour améliorer les conditions d’annonce et coordonner le parcours de soins des patients. Ce sont les infirmiers diplômés d’État (IDE) dits d’annonce et les infirmiers coordonnateur de soins, les IDEC. Qui sont ces infirmiers spécialisés et en quoi leurs rôles diffèrent des infirmiers diplômés d’Etat (IDE) « classiques » ?

  • Les infirmier(e)s d’annonce participent entre autres au dispositif d’annonce des pathologies aux patients et assurent un temps d’accompagnement soignant avec le patient, en absence du médecin.
  • Les IDEC quant à eux ont un champ d’actions plus vaste : ils planifient l’organisation des soins entre les équipes disciplinaires, veillent au suivi du traitement par les patients et réalisent en interne des actions de formation en partenariat avec le médecin coordinateur par exemple. Devenus pivots du parcours de soins en assurant une coordination optimale et simplifiée du parcours de soins entre ville et hôpital, les IDEC permettent d’améliorer l’observance, de gérer les effets indésirables, d’en évaluer la gravité et d’être ainsi un interlocuteur privilégié du patient et des soignants de proximité.

Parallèlement aux IDE d’annonce et aux IDEC, des postes d’infirmiers dits de Pratique Avancée, les IPA, ont été créés en 2018 et sont entrés en exercice depuis 2020. Le statut d’IPA vise à étendre le champ d’action des IDE « classiques » dans le but d’améliorer l’accès aux soins et la qualité des parcours patients tout en réduisant la charge de travail des médecins. Les IPA peuvent en effet renouveler les prescriptions, adapter ou prescrire des traitements ou examens et assurer une surveillance clinique. Ils interviennent en ambulatoire ou en établissements hospitaliers, et leur domaine d’intervention actuel recouvre notamment l’oncologie et les pathologies chroniques stabilisées telles que les diabètes de type 1 et 2, l’insuffisance respiratoire chronique ou encore la maladie de Parkinson.

Afin de préparer les infirmier(e)s à ces nouveaux rôles et d’assurer une transition optimale, des formations dédiées et diplômantes ont été créées à destination des infirmier(e)s. Les IPA sont par exemple formés pendant deux ans afin d’être reconnus au grade universitaire de master et la formation nécessite au minimum trois ans d’exercice.

Une intégration progressive des infirmiers spécialisés qui se heurte à plusieurs freins

Malgré l’ambition déclarée dans le PLFSS 2021 et la création de postes d’IDE d’annonce dans 52 établissements de soins, d’IDEC dans 35 établissements lors des Plans Cancer, ainsi que la formation de 400 IPA, les organisations hospitalières doivent encore évoluer afin d’intégrer ces nouveaux statuts.

Le rôle des infirmiers spécialisés au sein des protocoles existants et vis-à-vis des autres professionnels de santé reste parfois à définir, comme c’est le cas des IPA pour lesquels la formation a été pensée sans modèle économique spécifique, ni rattachement hiérarchique au sein de leur centre d’accueil.

De plus, le manque de recul des établissements de santé quant au rôle des infirmiers spécialisés dû à la nouveauté de tels statuts et à leur mise en œuvre actuelle, a incité le lancement d’études dédiées à l’échelle locale afin de préciser les activités des infirmier(e)s, au regard des médecins notamment. C’est par exemple le cas des CHU d’Angers, Rennes et Limoges qui ont analysé l’emploi du temps des infirmiers d’annonce et des IDEC afin de valoriser leurs activités et de favoriser leur intégration dans les organisations de soins existantes.

L’infirmier spécialisé : un acteur d’importance grandissante à intégrer à la stratégie des laboratoires pharmaceutiques

Dans le contexte de l’émergence des infirmiers spécialisés avec entre autres l’arrivée des premiers IPA en exercice en 2020, les infirmiers ont une place de plus en plus importante dans les parcours de prise en charge des patients. Il devient alors évident que les projets d’optimisation des parcours ne pourront se faire sans eux. Se pose alors la question de leur influence sur les pratiques de prise en charge des patients mais aussi lors de la prescription d’actes médicaux dont ils seraient responsables. Question que les laboratoires pharmaceutiques se devront d’élucider.

Ainsi, il devient clef pour l’industrie de repenser l’implication des infirmiers dans leurs stratégies. Tout d’abord, il sera nécessaire encore plus que maintenant, d’acquérir une compréhension fine du rôle, des besoins et des freins que rencontrent ces infirmiers spécialisés dans la prise en charge de leurs patients. Cela est indispensable pour continuer à améliorer la prise en charge des patients, optimiser les parcours de soins, ou bien développer des solutions innovantes au-delà du médicament adaptées, ou encore se positionner comme partenaires de référence de l’écosystème de soin français.


A propos de l’auteure
Cécile, Consultante dans l’équipe Santé d’Alcimed en France

Vous avez un projet d’exploration ?
Nos explorateurs sont prêts à en discuter avec vous

Contactez nos explorateurs >

Pour continuer à explorer...