Prothèses mammaires : un marché florissant ouvert à l’innovation

On pense, souvent à tort, que la chirurgie esthétique de la poitrine n’est une préoccupation que pour une infime partie de la population. Mais les chiffres démontrent le contraire : ce marché ne pèsera pas moins de 1,4 milliards de dollars au niveau mondial en 2024, avec une croissance annuelle de 4,1%. Pourtant ce segment de l’économie est loin d’être épargné par les scandales sanitaires mondiaux. On se souvient des prothèses mammaires PIP en France. Dans ce contexte, comment envisager l’avenir du marché des prothèses mammaires, marché à la fois florissant et sous pression ? Alcimed propose ici des éléments de réponse.

Le marché mondial des prothèses mammaires, un marché en croissance mais peu diversifié

Les prothèses mammaires en silicone dominent largement le marché

En 2018, 1 862 506 procédures d’augmentation mammaire ont été pratiquées dans le monde, soit 6,1% de plus qu’en 2017. Si l’augmentation mammaire est une intervention chirurgicale réalisable par différents moyens (pose d’implants, lipomodelage ou combinaison des deux techniques), la pose d’implant est la pratique la plus répandue au niveau mondial. Ainsi, 90,4% des recettes de ce marché proviennent plus spécifiquement d’implants en silicone. Les prothèses dites « saline », composée d’un sérum physiologique, ont quant à elle une utilisation beaucoup plus marginale. L’utilisation des prothèses en silicone est plutôt à visée esthétique, mais il ne faut pas oublier que leur usage est à visée reconstructrice dans environ 10% des cas.

Les pays les plus consommateurs de prothèses mammaires

En Europe, les marchés les plus prometteurs sont l’Allemagne (65 876 procédures par an) et l’Italie (64 976 procédures par an). On estime qu’en France il y a environ 22 500 procédures par an.

Les Etats-Unis et le Brésil sont les deux marchés les plus importants dans le monde. Les Etats-Unis arrivent en tête avec environ 320 000 procédures par an [1], réalisées à des tarifs très variés, pouvant aller jusqu’à 25 000$ pour certains chirurgiens.

Le Brésil représente quant à lui 14,8% des augmentations mammaires dans le monde. Les femmes y pratiquent nombre d’interventions de chirurgie esthétique, et ce dès le plus jeune âge. Au total, 37,6% des patientes recourant à des opérations d’augmentation mammaire et ayant moins de 17 ans dans le monde, sont brésiliennes. Cela s’explique en partie par l’importance de l’influence des réseaux sociaux. Dans ce pays où le culte du corps est omniprésent et où réaliser une augmentation mammaire est symbole de réussite sociale, les influenceurs font la tendance et encouragent cette dynamique.

En Europe, les marchés les plus prometteurs sont l’Allemagne (65 876 procédures par an [1]) et l’Italie (64 976 procédures par an [1]). On estime qu’en France il y a environ 22 500 procédures par an [2].

Une offre de prothèses mammaires récemment déstabilisée

Les scandales liés aux prothèses mammaires actuelles

Une étude scientifique entamée en 2011 a récemment livré ses résultats. Elle démontre que les prothèses en silicone macro-texturées, largement commercialisées et posées jusqu’en 2019, sont un facteur de développement d’un cancer, le lymphome anaplasique à grandes cellules et ce chez un nombre significatif de femmes.

Malgré le fait que ce marché soit en croissance, il est affecté par différents scandales depuis plusieurs années. Une étude scientifique entamée en 2011 a récemment livré ses résultats. Elle démontre que les prothèses en silicone macro-texturées, largement commercialisées et posées jusqu’en 2019, sont un facteur de développement d’un cancer, le lymphome anaplasique à grandes cellules et ce chez un nombre significatif de femmes.

Face à ce constat alarmant, les autorités de régulation française ont retiré le marquage CE de l’ensemble des prothèses macro-texturées. Des fabricants d’envergure mondiale comme Allergan se sont vu interdire leur produit phare, à la fois en Europe et aux Etats-Unis où la FDA a également décidé de retirer ces prothèses mammaires du marché. D’autres scandales ont entaché la réputation du secteur : prothèses PIP en France dans les années 2000 ou encore le lait maternel contaminé en Corée du Sud plus récemment.

Le resserrement de l’offre de prothèses mammaires

Le retrait des prothèses mammaires macro-texturées engendre une réduction de l’offre d’implants disponible sur le marché. En effet, cette texturation est essentielle pour les prothèses mammaires dites anatomiques. Ces dernières, contrairement aux prothèses rondes, doivent impérativement rester fixes dans le sein, et ne pas tourner. Elles sont en effet en forme de goutte et le rendu serait disgracieux si elles ne restaient pas en place. L’alternative à la macro-texturation est alors la micro-texturation, voire la nano-texturation, mais des options plus innovantes n’ont pas encore été développée. Il n’existe donc aujourd’hui sur le marché plus que deux types de prothèses mammaires en silicone : les lisses et les micro-texturées. Concernant ces dernières, seul un fabricant est encore autorisé à les commercialiser en Europe : l’allemand Polytech qui propose une gamme d’implants anatomiques. Les clientes ont donc accès à un choix réduit de prothèses et les marques n’ont que très peu de marge de manœuvre pour se différencier.

Les nouvelles demandes et attentes des patients et professionnels de santé

Une partie des patientes souhaitent s’orienter vers des solutions plus naturelles

Depuis quelques années, notamment en France, on remarque une demande plus importante d’interventions chirurgicales n’impliquant pas la pose d’implants en silicone. Ces patientes recherchent une technique plus naturelle. La réponse apportée à cette demande par le chirurgien est la technique du lipomodelage. Elle consiste à injecter dans le sein de la graisse extraite d’une autre partie du corps de la patiente. Cette pratique, n’impliquant pas d’implantation de corps étranger, reste limitée en termes de résultats et de longévité. En effet, il n’est pas possible de réaliser cette opération sur une femme ne présentant pas une réserve de graisse suffisante. Ensuite, il n’est pas possible d’obtenir la projection vers l’avant de la poitrine avec du lipomodelage. De plus, pour obtenir un volume important, le chirurgien doit parfois réaliser plusieurs interventions, car il anticipe difficilement la quantité de graisse qu’il devra injecter pour gagner en volume : le taux de réabsorption de la graisse est en effet très aléatoire selon la patiente.

Les chirurgiens sont à l’écoute des innovations du marché

En France, les chirurgiens sont à l’écoute et envisagent les innovations avec beaucoup d’optimisme afin de pouvoir répondre aux demandes des femmes qui souhaitent bénéficier de techniques plus naturelles et durables tout au long de leur vie, sans que cela constitue une menace pour leur santé. En effet, la prothèse en silicone est un dispositif qu’on préconise de changer au cours de la vie, même sans complication.

Les fabricants eux-mêmes évoquent le besoin de se développer et d’accélérer les processus de R&D pour répondre à cette tendance et à cette envie d’innover sur un marché prometteur. Alors, à quoi ressemblera la prothèse mammaire du futur ? Alcimed est solidaire du mouvement Octobre Rose, et a en ce sens à cœur d’explorer les possibilités de la prothèse mammaire de demain pour une application sur le champ de la reconstruction mammaire, afin de garantir l’accès aux bénéfices de cette innovation à toutes les femmes.


A propos des auteurs

Agnès, Responsable de Mission, Cassandre, Consultante, Célia, Responsable de Mission et Mélina, Consultante, dans l’équipe Politiques Publiques de Santé d’Alcimed en France

*ISAPS Global Survey – 2018

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