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Quels enjeux pour l’allergie en France ?

L’allergie est considérée par l’OMS comme la 4ème maladie chronique au rang mondial et sa prévalence ne cesse d’augmenter, notamment en France et en Europe. Alors qu’en 1970 elle était estimée à 2-3% sur le territoire national, elle est aujourd’hui d’environ 25-30%. Des études réalisées à l’échelle européenne anticipent que d’ici quelques années, 50% de la population pourrait être touchée par une allergie [1]. Alcimed décrypte les facteurs explicatifs de la croissance continue des cas d’allergies, et analyse pour vous les enjeux de l’allergie et les différents niveaux d’actions à considérer pour une meilleure prise de charge.

L’augmentation de la prévalence allergique : un enjeu majeur expliqué par la sur-sensibilisation aux polluants

Le changement climatique : facteur principal de l’augmentation des cas d’allergies

Pour comprendre les raisons de l’augmentation des cas d’allergies aux pollens dans les pays industrialisés, il faut se plonger dans les causes de cette maladie. Les facteurs génétiques impliqués dans celle-ci sont aujourd’hui clairement identifiés, mais ne peuvent permettre d’expliquer l’évolution actuelle de son incidence. En effet, ceci impliquerait une évolution génétique durable au sein de la population, ce qui n’est pas observable sur une courte période de temps.

L’épigénétique joue en réalité un rôle clé. En effet, si le génotype reste quasiment identique au cours des différentes générations, la façon dont les gènes s’expriment peut évoluer, par exemple sous l’influence de facteurs environnementaux. Ainsi, les modifications climatiques contemporaines ont été identifiées comme l’un des facteurs clés de l’augmentation du nombre d’allergies, notamment dans le cas des allergies respiratoires.

Tout d’abord, l’allongement des saisons ainsi que l’augmentation globale des températures contribuent à l’allongement des périodes de pollinisation. De plus, l’étendue des zones géographiques concernées par des fortes concentrations de pollens dans l’air s’accroissent : sous l’impact du réchauffement climatique, des espèces comme l’ambroisie s’étendent vers le nord.

Finalement, une plus forte concentration de dioxyde de carbone dans l’air favorise la production de pollens, entrainant une majoration des symptômes allergiques pour les patients concernés.

L’impact de la pollution atmosphérique sur les allergies

En plus de sa contribution à la modification du climat, la pollution atmosphérique en tant que telle peut induire des allergies. Les particules issues de la combustion massive du diesel peuvent d’une part contribuer à l’aggravation des crises d’allergies en fragilisant les muqueuses et d’autre part être responsables de réactions allergiques, sans présence spécifique d’allergènes, en ciblant les cellules responsables de l’inflammation allergique des voies respiratoires. Finalement, ces particules fines et l’ozone favorisent le transport d’allergènes sur de longues distances, augmentant les zones géographiques concernées par les allergies.

Par ailleurs, des études montrent qu’une exposition précoce à la naissance au dioxyde d’azote (NO2) produit par les moteurs diesel est associée à une incidence plus importante de l’asthme et d’allergies. Cette surexposition est particulièrement préoccupante pour les jeunes populations, car le développement de la muqueuse des poumons se poursuit jusqu’à l’âge adulte : une exposition importante à des polluants extérieurs augmente alors leur vulnérabilité aux allergies.

La détérioration de la qualité de l’air intérieur

Ces dernières décennies ont aussi été caractérisées par une dégradation continue de l’air intérieur dans lequel nous évoluons. Ainsi, il est estimé que l’air intérieur est 5 à 10 fois plus pollué que l’air extérieur, alors que les adultes européens passent 80% à 90% de leur temps dans des environnements clos [2]. Les allergènes naturels (acariens, poils d’animaux et moisissures) y sont associés aux polluants domestiques (produits d’entretiens, tabac, etc.), ce qui a pour conséquence de favoriser le développement de symptômes allergiques. En particulier, l’augmentation de la température des habitations contribue à la prolifération des acariens, et donc aux allergies associées.

Finalement, une exposition précoce ou in utero d’un enfant à la fumée de tabac constitue un risque majeur de sensibilisation allergénique. Les mesures prises en France pour limiter l’exposition des enfants au tabac constituent de réelles avancées, mais il reste nécessaire de continuer à sensibiliser le grand public sur ces enjeux à impact sur l’allergie.

Le lien entre évolution des régimes alimentaires et allergies

Les allergies alimentaires sont aussi en progression forte, tant du point de vue de la fréquence que de la sévérité des symptômes. En 20 ans, le nombre de chocs anaphylactiques aux urgences a ainsi été multiplié par 4. [3]

L’évolution du microbiote intestinal explique en partie ce phénomène. Cette évolution est en lien avec un changement des régimes alimentaires, notamment une consommation accrue de produits transformés. De plus, la diminution du recours à l’allaitement maternel, et l’augmentation du nombre de césariennes au détriment des accouchements par voie basse, semblent être des facteurs en lien avec l’augmentation de ces allergies alimentaires. Sur ce dernier point, des études ont montré que l’exposition des nouveaux nés à la flore vaginale de leur mère pouvait les prévenir de certaines allergies. Il est également suggéré que le stress maternel pourrait rendre les nouveaux nés plus vulnérables face aux allergènes.

Finalement, l’hypothèse hygiéniste indique que la diminution de l’exposition des enfants à des bactéries, en lien avec une aseptisation renforcée des lieux de vie, pourrait être un facteur explicatif de l’incidence croissante des allergies.

Enjeux de l’amélioration de la prise en charge de l’allergie

Le besoin de formation des professionnels

La multiplicité et la nature des facteurs influençant l’incidence des allergies suggèrent que la tendance observée se poursuivra à l’avenir. Il semble alors clé de pouvoir prendre en charge l’ensemble des patients concernés.

En France, il est estimé aujourd’hui qu’un patient allergique attend en moyenne 7 ans avant le diagnostic. Ce délai peut atteindre 15 ans pour les patients âgés de plus de 60 ans. Or, un retard dans la prise en charge des allergies majore le risque d’aggravation des symptômes : 30% des allergies respiratoires non traitées évoluent vers de l’asthme [4].

Cette errance diagnostique est notamment liée à un déficit de spécialistes. En France, 1 allergologue est recensé pour 66000 habitants, avec de fortes hétérogénéités sur le territoire : les variations vont d’un allergologue pour 105 000 en Normandie ou en Bretagne à un pour 44 000 dans le Grand Est. Cette situation inquiétante est vouée à se maintenir voire s’aggraver, puisque 50% des allergologues en exercice ont plus de 57 ans. Il existe alors un enjeu de formation urgent sur le territoire français.

Il est nécessaire de considérer d’autre part les professionnels de santé de « première ligne », dont les médecins généralistes qui sont souvent les premiers à recevoir les patients allergiques. Une meilleure connaissance des symptômes et l’amélioration des outils diagnostiques à disposition, associés à une plus grande maîtrise des solutions thérapeutiques, pourraient contribuer à l’amélioration du parcours de soins.

Une méconnaissance de la maladie

Les patients connaissent mal l’allergie, ce qui limite leur recours à des consultations. Un sondage IFOP réalisé en 2018 pour l’association Asthme & Allergies révélait que 50% des Français ne considéraient pas l’allergie comme une maladie [5], ce qui peut avoir un impact négatif sur le recours aux consultations. La mauvaise reconnaissance de l’allergie en tant que maladie handicapante conduit aussi les patients à minimiser leurs symptômes. La prise en compte de l’allergie au quotidien, à l’école ou sur les lieux de travail, doit alors être un enjeu prioritaire.

Les enjeux d’intégration des questions autour de l’allergie dans les politiques publiques

Au total, le coût annuel seul des rhinites allergiques en France s’élèverait à 1 milliard d’euros, et celui des hospitalisations pour asthme à 0,9 milliard d’euros [6]. Il est donc essentiel pour les autorités de santé de considérer l’allergie comme un enjeu de santé public majeur. Différents outils existent et peuvent influencer à la fois la connaissance et l’incidence de l’allergie.

Dans le cas des allergies respiratoires par exemple, l’élaboration de Plan Régionaux Santé Environnement (PRSE) prenant en compte ces enjeux peut être une solution. Ces plans peuvent influencer le choix de la végétation présente dans les zones urbaines, qui a un impact majeur pour les patients allergiques. Ainsi, certaines espèces végétales positionnées proche de voies de circulation peuvent avoir un impact important sur la fréquence des allergies. C’est par exemple le cas de cèdres au Japon, qui plantés dans des zones de forte concentration de particules fines, voient leur pollen devenir allergisant. De la même façon, la présence  d’ambroisie dans la vallée du Rhône, dont les pollens sont très allergisants, augmente les cas d’allergies. Cette sensibilisation massive à l’ambroisie entraîne des dépenses allant de 59 millions à 186 millions d’euros par an selon l’Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale (ANSES).

Par opposition, les allergies alimentaires sont bien plus connues dans la sphère publique. Ainsi, l’étiquetage des denrées alimentaires en précisant les allergènes qu’elles contiennent est obligatoire en France depuis 2009.

Les allergies en France constituent ainsi un réel sujet de société, tant pour les pouvoirs publics que les acteurs privés et les patients. Plusieurs stratégies sont à mettre en œuvre pour répondre aux enjeux posés par l’allergie, selon différents niveaux de temporalités et d’objectifs visés. Ces actions doivent d’abord prendre la forme d’un engagement au plus proche des patients aujourd’hui, en améliorant leur prise en charge et via le développement de solutions thérapeutiques. Il est aussi nécessaire d’agir à une échelle plus macroscopique et à plus long terme, en travaillant sur la prise en compte des enjeux de l’allergie par les pouvoirs publics, à la fois sur les aspects environnementaux que sociétaux. Il convient ainsi de garder à l’esprit que la lutte contre les allergies en France doit être adressée globalement par l’ensemble des acteurs impliqués.

[1] GA²LEN. Does rhinitis lead to asthma? General practitioner. Brochure 2007
[2] Combined or multiple exposure to health stressors in indoor built environments, An evidence-based review prepared for the WHO training workshop “ Multiple environmental exposures and risks “ 16-18 October 2013 Bonn, Germany
[3] Pour un plan quinquennal de lutte contre les allergies, 2022-2027
[4] https://asthme-allergies.org/faits-chiffres-comprendre-lallergie/
[5] Enquête IFOP auprès de 1002 personnes majeures du 21 au 23 février 2018
[6] Note d’appui scientifique et technique de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relative à la surveillance phénologique du pollen dans l’air ambiant et à l’indicateur de risque d’allergie lié à l’exposition au pollen (RAEP), 01/2022. 


A propos de l’auteure,

Marie, Consultante au sein de l’équipe Santé d’Alcimed en France

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