La tendance au Zéro Résidu de Pesticides ouvre de nouvelles opportunités pour l'agribusiness, par Alcimed

Au-delà de l’agriculture biologique, la tendance au « Zéro Résidu de Pesticides »

Avec 34,3 Md€ de ventes au détail en 2017, l’Europe est le 2e plus grand consommateur d’aliments biologiques au monde et le marché français du bio est le 2e  plus important de l’UE : il a progressé de 15 % pour atteindre 9,7 Md€ en 2018. En 2019, 41 600 exploitations agricoles françaises pratiquaient l’agriculture biologique, représentant près de 9,5 % de l’ensemble des exploitations agricoles du pays. Alors que la demande et la production d’aliments biologiques continuent de croître, Alcimed a étudié les nouvelles tendances qui apparaissent avec des normes apparemment encore plus strictes concernant les pesticides, comme le label « Zéro Résidu de Pesticides ».

En quoi les labels « Zéro Résidu de Pesticides » et « Agriculture Biologique » sont-ils différents ?

La principale différence entre le « Zéro Résidu de Pesticide » et l’agriculture biologique réside dans le type d’engagement : sur les résultats vs. sur la méthode.

Le label « Zéro Résidu de Pesticides » a été créé en France en 2018 par le collectif d’agriculteurs « Nouveaux Champs » comme une troisième voie émergente, divergeant à la fois de l’agriculture conventionnelle et biologique. Ses créateurs expliquent que le « Zéro Résidu de Pesticides » n’est pas destiné à concurrencer l’agriculture biologique mais plutôt à fournir plus d’alternatives à l’agriculture conventionnelle, qui conserve sa domination sur le secteur agricole.

La principale différence entre le « Zéro Résidu de Pesticides » et l’agriculture biologique réside dans le type d’engagement : sur les résultats vs. sur la méthode. Alors que l’agriculture biologique a une liste positive de spécifications sur les méthodes (c’est-à-dire quelles substances actives sont autorisées et dans quelles conditions), le label « Zéro Résidu de Pesticides » fonde sa définition sur les résultats.

Plus précisément, le label « Zéro Résidu de Pesticide » peut être attribué aux produits agricoles dont le niveau de résidus est inférieur à 0,01 mg/kg pour la majorité des substances actives autorisées dans les produits phytopharmaceutiques. Le collectif « Nouveaux Champs » explique le choix de ce seuil comme la plus petite valeur de résidus quantifiable par les scientifiques, affirmant que toute valeur inférieure de pesticides ne peut être mesurée avec certitude avec les outils existants. Par ailleurs, par rapport aux Limites Maximales de Résidus (LMR) des substances actives autorisées dans l’agriculture biologique dans l’UE, les spécifications du label « Zéro Résidu de Pesticides » sont 10 à 1500 fois plus contraignantes pour les mêmes substances, selon les informations communiquées par le collectif.

Quels sont les moyens utilisés pour atteindre le Zéro Résidu de Pesticides ?

Il est important de souligner que si le label promet « Zéro Résidu de Pesticides », il autorise l’utilisation de certains pesticides (de la liste dite « rouge ») dans le processus. Par conséquent, afin de respecter le seuil de 0,01 mg/kg, il peut être nécessaire de réduire les résidus de pesticides avant que le produit final n’atteigne le consommateur.

Dégrader les résidus chimiques pour un produit final « Zéro Résidu de Pesticides »

Pour dégrader les résidus chimiques à la surface des fruits et légumes, les denrées sont soumises à différents traitements. Parmi les méthodes modernes de décontamination physique, on peut citer :

  • Le plasma froid est le plasma dans lequel les températures des différents composants sont différentes les unes des autres. Il dégrade de nombreux pesticides courants car les agents générés par le plasma (espèces réactives) attaquent les liaisons chimiques des contaminants alimentaires.
  • L’ozone est un puissant oxydant, qui provoque la décomposition des matières organiques ou des polluants lorsqu’il se décompose en oxygène sans laisser de résidus toxiques sur les produits traités.
  • Les ultrasons permettent une décontamination physique grâce à des ondes ultrasonores de 20000 Hz. Si la pression de ces ondes est suffisamment élevée, elle provoque le détachement des pesticides des produits et leur inactivation.
  • La haute pression hydrostatique est une technique qui fonctionne selon le principe de l’isostatique avec une répartition égale de la pression dans toutes les directions de l’échantillon. L’éthanol peut être utilisé à la place de l’eau pour une meilleure élimination des pesticides et pour limiter leur dégradation en produits toxiques.

Les méthodes énumérées ci-dessus peuvent être combinées pour obtenir de meilleurs résultats. Toutefois, dans l’ensemble, ces procédés sont souvent jugés trop coûteux pour être commercialisés et leur efficacité n’a pas encore été démontrée.

S’affranchir des substances phytosanitaires

Il est également possible de s’affranchir complètement des substances phytosanitaires en utilisant en combinaison :

  • Des méthodes physiques et mécaniques : par exemple, en ajustant la température, le taux d’humidité, la pression atmosphérique et la composition.
  • D’autres alternatives aux pesticides : par exemple, la lutte biologique comme l’utilisation d’insectes positifs.

Pourtant, l’offre en pesticides de substitution pour certaines utilisations, par exemple les insecticides en la demande de, n’est pas encore suffisante pour répondre à la demande, ce qui laisse entrevoir le faible niveau de maturité de ce marché et les possibilités de croissance à l’avenir.

Les défis concernant le « Zéro Résidu de Pesticides »

Comparé au label français de l’agriculture biologique, né en France en 1985 et aujourd’hui reconnu par 97% de la population du pays, le label « Zéro Résidu de Pesticides » peut sembler être une approche relativement nouvelle. Pourtant, il a déjà gagné du terrain puisque, en 2019, le label « Zéro Résidu de Pesticides » a été adopté par 52 entreprises et plus de 3000 producteurs.

Parmi les moyens d’accroître la visibilité du label, on pourrait inclure une communication plus transparente sur les substances actives interdites et autorisées, ainsi que l’éducation des consommateurs sur le résultat obtenu par rapport au label des aliments biologiques, à savoir une présence fortement réduite de résidus de pesticides sur le produit final. Elle peut persuader certains acteurs publics clés et le grand public de se faire une opinion éclairée à ce sujet.

En outre, le prix élevé du produit final peut être interprété comme le résultat d’autres problèmes auxquels le label « Zéro Résidu de Pesticide » est confronté, notamment une production plus longue et plus exigeante en main-d’œuvre et en ressources que les méthodes conventionnelles : des problèmes qui sont également communs à l’agriculture biologique, bien que dans une moindre mesure.

Enfin, le label est critiqué parce qu’il ne tient pas compte des questions environnementales, par exemple la pollution des sols.

L’alimentation biologique a connu une forte dynamique de croissance et une demande croissante au cours des dernières années. Voyons si l’offre « Zéro Résidu de Pesticides », encore plus rigoureuse et engagée en matière de pesticides, peut obtenir le même niveau de succès, voire le dépasser, malgré le prix élevé et les domaines d’amélioration potentiels restants.


A propos des auteurs:
Simona, Consultante dans l’équipe Life Sciences d’Alcimed en France
Alice, Responsable de mission dans l’équipe Life Sciences d’Alcimed en France

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