Santé

Regards croisés sur la RSE en santé : enjeux clés autour des 3 piliers de la RSE

Publié le 06 janvier 2023 Lecture 25 min

Les considérations associées à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) amènent à des changements majeurs dans tous les secteurs industriels, et le secteur de la santé n’en est pas délaissé. Bien au contraire, son rôle dans l’intégration des enjeux de développement durable est crucial pour la mise en œuvre d’une santé durable. Le secteur de la santé se saisit progressivement du sujet et travaille à la mise en œuvre d’initiatives spécifiques autour des 3 piliers – environnemental, économique et social – de la RSE, et plus largement du développement durable. Si vous n’avez pas pu assister à notre conférence en novembre 2022, en voici la synthèse.

Alcimed a rassemblé lors d’une conférence à Paris cinq acteurs complémentaires du monde de la santé :

  • Nicolas Naïditch, Responsable du Diabète LAB au sein de la Fédération Française des Diabétiques,
  • Cécilia de Foucaucourt, Responsable des Affaires Publiques, RSE et Communication chez GSK France,
  • Emeline Flinois, Directrice Associée de l’Agence Nationale d’Appui à la Performance (ANAP),
  • Nathalie Ronzière, Directrice adjointe du Centre Hospitalier de Cannes
  • et Elise Pape, R&D Global Head of Risk Management and Sustainability chez Sanofi.

Les riches échanges et regards croisés de cette conférence nous ont permis de décrypter les enjeux clés existants autour des 3 piliers de la RSE, et la manière dont les acteurs de la santé se les approprient.

Pilier environnemental de la RSE : la santé prend conscience de sa responsabilité vis-à-vis de l’environnement, accélère ses initiatives, et souhaite davantage de collaborations multi-acteurs

Les acteurs de la santé ont pris conscience de cet impact et commencent à agir.

Si l’impact du changement climatique et de la destruction des écosystèmes sur la santé humaine est bien connu et étudié, l’inverse l’est moins. Et pourtant, cet impact est significatif : le secteur de la santé représentait 5% des émissions mondiales de CO2 en 2018, ce qui en ferait le 5e pays le plus émetteur au monde s’il était un pays.

Les acteurs de la santé ont pris conscience de cet impact et commencent à agir. La démarche d’éco-conception, qui vise à considérer tout le cycle de vie d’un produit ou d’un service pour en réduire l’impact environnemental, est abordée par tous les acteurs et témoigne de cette mise en marche.

Du côté des industriels, l’éco-conception des produits de santé permet de cibler les actions prioritaires à mener pour réduire l’empreinte écologique d’un médicament. Cela se fait à toutes les étapes, depuis le choix des matières premières, en passant par le packaging et les processus industriels jusqu’à la gestion de la fin de vie et le recyclage du médicament. Cette approche amène aujourd’hui les laboratoires pharmaceutiques à repenser le design de leurs produits de santé, comme en témoignent les stylos à insuline réutilisables de Sanofi ou les inhalateurs bas-carbone de GSK.

L’éco-conception concerne également les soins, de manière plus large. Avec près de 380 000 lits en France, les hôpitaux doivent aujourd’hui reconnaître leur « prédation sur l’environnement », comme le décrit Nathalie Ronzière, et se mettre à l’œuvre pour diminuer leur impact. Et cela peut et doit commencer par un bilan carbone complet des hôpitaux qui, bien qu’obligatoire aujourd’hui, n’est encore que trop peu réalisé et souvent incomplet, car il ne tient pas compte des émissions indirectes de CO2 (scope 3). L’expérience du CH de Cannes est en ce sens pionnière et précieuse. La conduite d’un bilan carbone complet leur a permis par exemple d’identifier la part importante (17%) du protoxyde d’azote, gaz anesthésique, dans les gaz à effet de serre (GES) émis par l’hôpital et d’amener alors à la décision de le supprimer. Cet effort a notamment nécessité une implication de nombreux acteurs pour revoir et transformer les pratiques en anesthésie et chirurgie.

Enfin, c’est aujourd’hui qu’un dialogue est nécessaire entre les acteurs de l’écosystème de santé pour optimiser et aligner les efforts en matière d’environnement. En effet, les entreprises pharmaceutiques doivent par exemple se coordonner et collaborer pour définir des indicateurs communs de mesure de l’empreinte environnementale d’un médicament. Cela permettrait de synchroniser leurs efforts et faire en sorte que les processus décisionnels soient davantage « calibrés pour accueillir des considérations environnementales », comme l’encourage Elise Pape. Un dialogue doit également être créé avec toutes les parties prenantes, et notamment pour intégrer le point de vue des patients sur la question écologique. En effet, Nicolas Naiditch souligne l’importance grandissante accordée par les patients à l’impact environnemental de leurs soins et médicaments. Dans le cas des stylos à insuline par exemple, il est nécessaire d’ouvrir un dialogue pour échanger sur la manière dont la soutenabilité écologique (ex : des stylos recyclables, avec une insuline à durée de vie allongée) s’articule avec sécurité et confort d’utilisation pour les patients.

Pilier économique de la RSE : la maîtrise des dépenses de santé doit inclure des critères de performance, de pertinence et d’accès aux soins

L’amélioration de la performance du système hospitalier est un enjeu clé, qui repose notamment sur l’agilité des établissements de santé.

Si tout le monde s’accorde sur la nécessité de rendre la santé accessible, la question du « comment » ne trouve pas de consensus ni de réponse facile. Le coût de la santé est au cœur des préoccupations du pilier « économique » du secteur.

La maîtrise des dépenses de santé, qui représentent aujourd’hui 9% du PIB français, est cruciale car déterminante pour notre capacité à accéder à l’innovation, ainsi que pour la capacité des générations futures à accéder au même système de santé que nous. L’amélioration de la performance du système hospitalier est donc un enjeu clé, qui repose notamment sur l’agilité des établissements de santé. En effet, le CH de Cannes, comme de nombreux établissements, a produit de gros efforts de réorganisation pour s’engager dans la voie de l’ambulatoire. Celle-ci lui a permis par exemple de passer de 90 à 50 lits en chirurgie, de diminuer le temps de séjour moyen d’un patient à l’hôpital tout en conservant la même qualité de prise en charge. Ces efforts « individuels » devront être accompagnés d’efforts collectifs à l’échelle d’un territoire, pour sortir du modèle actuel où les établissements de santé sont en situation de concurrence. La mise en place de réelles stratégies de groupes permettra de vraies économies en plus d’une meilleure coordination des soins. Les enjeux environnementaux peuvent également impacter les considérations économiques des structures de santé : la diminution des ressources disponibles et l’explosion des coûts associés accentuent le besoin de résilience et de sobriété, pour préserver et faire évoluer le système de santé.

La pertinence des soins est liée à la question de la performance. Délivrer et recevoir le « juste soin » est une réflexion qui engage tous les acteurs et permettra à terme d’assurer une répartition plus optimisée des dépenses en santé. La question du remboursement des soins par l’assurance maladie (publique et/ou privée) en fait également partie. En particulier, revoir la nature des soins remboursés pour davantage d’attention portée à la prévention secondaire par exemple, permettrait d’éviter des complications qui engendrent des surconsommations de soins tout en améliorant la prise en charge du patient. C’est le cas notamment pour le diabète, où les soins non médicamenteux comme les consultations d’activité physique adaptée ou de nutrition ne sont pas suffisamment pris en charge, alors même qu’ils jouent un rôle crucial dans la prévention des complications du diabète.

Enfin, un dernier aspect important de ce pilier économique, qui fait également le lien avec le pilier social abordé juste après, est celui de l’accès aux soins, enjeu intrinsèquement lié au prix des soins.

C’est donc un enjeu dont s’emparent les industriels pharmaceutiques, qui en tant que pourvoyeurs de produits (et services) de santé, ont une responsabilité sociétale autour de l’accès à la santé. Cette responsabilité est d’ailleurs suivie et encouragée par la fondation Access To Medicine, qui publie chaque année un classement des industries pharmaceutiques selon leur stratégie et efforts en matière d’accès à la santé dans les pays à revenus faibles et intermédiaires, ainsi que des recommandations et exemples de bonnes pratiques. Comme le souligne Cécilia de Foucaucourt, dont le laboratoire GSK se classe au premier rang de l’index de l’ATM Foundation, la question de l’accès est complexe, car multi-dimensionnelle et ne concerne pas que les prix des médicaments, mais également les enjeux de développement de structures de santé adaptées, de formation des personnels soignants et d’éducation des patients. C’est pourquoi, au-delà de mettre en place des politiques de prix différenciés, les entreprises pharmaceutiques cherchent aussi à construire des vrais programmes d’accès dans ces pays sur la base de partenariats avec de multiples acteurs : gouvernements, ONGs, partenaires locaux privés ou encore autres laboratoires pharmaceutiques. Des initiatives concrètes sont en place aujourd’hui, comme en témoignent par exemple les programmes d’accès aux médicaments de ViiV Healthcare, la filiale de GSK 100% dédiée à la lutte contre le VIH, dont bénéficient aujourd’hui 138 pays, ou encore la mise en place du « Global Health Unit » chez Sanofi, structure dédiée à l’implémentation de solutions durables d’accès aux traitements contre les maladies non transmissibles, dans les pays à revenus plus faibles.

Pour en savoir plus, téléchargez notre le livre blanc : 5 activités pour renforcer l’engagement sociétal des industries de santé

Pilier social de la RSE : les inégalités sociales de santé et les conditions de travail des professionnels de santé sont au cœur des défis sociaux du secteur de la santé

Nous parlions d’accès aux soins dans le pilier économique, revenons ici sur la question sociale en matière d’accès aux soins, et notamment à l’échelle du territoire français. Depuis 25 ans en France, les écarts d’espérance de vie entre catégories sociales sont stables, avec en moyenne 6,5 années supplémentaires pour un homme de niveau cadre comparé à un ouvrier du même âge, et 3 années pour les femmes. Ce lien entre niveau social et état de santé, appelé gradient social de santé, repose sur des déterminants sociaux de santé qui sont les facteurs sociaux et économiques ayant une influence sur la santé des gens. Ces déterminants incluent le revenu bien sûr, mais également l’accès aux ressources de première nécessité telles que l’alimentation, le logement ou encore l’éducation. Pour Nicolas Naiditch, il y a même 3 niveaux d’inégalités sociales en santé qu’il faut adresser :

  • Le « niveau macro », qui a trait aux politiques publiques et aux investissements (par exemple, les politiques d’éducation constituent un levier pour améliorer la santé).
  • Le « niveau mezzo », ou « sociologie du quotidien », qui traduit l’existence de prismes et modes de compréhension différents selon la catégorie sociale. Ce facteur est important à prendre en compte pour les professionnels de santé en interaction avec leurs patients qui n’auront pas les mêmes standards en fonction de leur profil social (niveau d’éducation, habitudes alimentaires, etc.).
  • Le « niveau micro », à l’échelle de l’interaction patient-médecin en consultation, lié à l’existence de deux cultures pouvant être différentes, celle du patient et celle du médecin, corrélées au niveau social, et pouvant amener à un biais de jugement côté médecin (par exemple, un médecin pourra avoir une interprétation différente d’un même comportement : « cette personne A qui vient en consultation en survêtement est dépressive et ne prend pas soin d’elle / cette personne B qui vient en consultation en survêtement est sportive»).

Les Patient-Reported Outcomes (PROs) sont des outils intéressants pour évaluer et comprendre les patients sans jugement de valeur, au bénéfice d’une amélioration de leurs prises en charge. Les entreprises pharmaceutiques s’emparent de cette tendance pour améliorer l’inclusion du point de vue des patients, à la fois dans les études cliniques, mais également dans le travail d’optimisation des parcours de soins.


En savoir plus sur les enjeux liés à l’optimisation des parcours de soins >


Au-delà des patients, les enjeux sociaux en santé se retrouvent également auprès des professionnels de santé et du personnel soignant, dont les conditions de travail restent difficiles. La forte tension qui existe autour du recrutement de personnel médical, accentuée par la crise du Covid, implique un grand chantier de travail par les hôpitaux autour de l’attractivité et de la fidélisation des professionnels de santé. D’après Emeline Flinois, il existe quatre leviers clés en hôpital :

  • Travailler sur un management plus collaboratif, moins vertical et donnant davantage la voix aux équipes soignantes pour traiter les sujets du quotidien
  • Accompagner les évolutions de métier des professionnels de santé, par exemple en les formant à de nouvelles techniques de manipulations en imagerie
  • Former les cadres de santé à la gestion du temps de travail, pour améliorer l’anticipation, la définition et la tenue des plannings
  • Mettre en place une démarche RSE, avec une stratégie impulsée par la direction et un embarquement collectif des équipes, qui est une réponse à une vraie attente des jeunes générations et des nouveaux salariés.

Cette conférence a illustré la volonté des acteurs de la santé, aux profils et rôles différents et complémentaires, à répondre de façon synergique aux défis environnementaux, économiques et sociaux. Ainsi, la marge de progression et le niveau de maturité hétérogène des acteurs de la santé, font du développement durable un enjeu pour lequel l’alignement autour d’une ambition commune et la mise en action sont clés. Pour cela, l’expérimentation et l’engagement des parties prenantes sont nécessaires pour la mise en œuvre d’une démarche de développement durable pertinente et concrète. Alcimed peut vous accompagner dans vos projets liés à la RSE. N’hésitez pas à contacter notre équipe !

Sources :

https://www.thelancet.com/action/showPdf?pii=S0140-6736%2821%2901787-6

https://noharm-global.org/sites/default/files/documents-files/5961/HealthCaresClimateFootprint_092319.pdf

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-documents-de-reference-communique-de-presse/panoramas-de-la-drees/CNS2022#:~:text=Elle%20s’%C3%A9l%C3%A8ve%20%C3%A0%20226,les%20mesures%20de%20restriction%20sanitaires.

https://accesstomedicinefoundation.org/

https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-d-esperance-de-vie-entre-les-categories-sociales-se-maintiennent

https://www.oecd.org/fr/education/ceri/leducationunlevierpourameliorerlasanteetlacohesionsociale.htm


A propos de l’auteur,

Chloé, Consultante senior de l’équipe Santé à Paris chez Alcimed

Vous avez un projet ?

    Parlez-nous de votre terre inconnue

    Vous avez un projet et vous souhaitez en parler avec un de nos explorateurs, écrivez-nous !

    Un de nos explorateurs vous recontactera très vite.


    Pour aller plus loin