Quels sont les enjeux des traitements des troubles mentaux ?
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que d’ici 2030, les maladies mentales deviendraient le facteur le plus important contribuant à la charge mondiale de morbidité. Ces maladies représentaient en 2025, la deuxième cause principale d’invalidité à long terme. Un trouble mental est une défaillance préjudiciable des mécanismes internes dans l’accomplissement de l’une de leurs fonctions psychologiques. Bien que les traitements médicamenteux puissent être efficaces pour les personnes souffrant de maladies mentales chroniques, des problèmes tels que la dépendance à long terme aux médicaments, les effets secondaires débilitants, la variation de la réponse au traitement et la non-adhésion au traitement peuvent nuire à l’efficacité des traitements actuels des troubles mentaux. L’utilisation des technologies de la santé mentale peut compléter les traitements médicamenteux existants afin d’améliorer la qualité globale des soins pour les troubles mentaux graves et chroniques.
Technologie n°1 : thérapie digitale (DTx) pour prévenir et gérer les maladies mentales
Les DTx sont des approches thérapeutiques basées sur des interventions comportementales qui ont montré des résultats prometteurs dans la prévention ou la gestion de diverses formes de maladies mentales. 449 essais cliniques ont été menés sur les thérapies numériques entre 2010 et 2030 sur Clinicaltrials.gov, parmi ces essais, 7% se consacrent à la santé mentale. Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) est un exemple de domaine thérapeutique dans lequel les thérapies digitales (DTx) pourraient améliorer les soins habituels. Les options thérapeutiques actuelles pour le TDAH impliquent principalement des interventions pharmacologiques qui peuvent présenter des risques et des effets secondaires à long terme. En juin 2020, la FDA a approuvé le jeu vidéo thérapeutique EndeavorRx® en tant que DTx sur ordonnance pour les jeunes âgés de 8 à 17 ans souffrant de TDAH afin d’améliorer leur capacité d’attention. Grâce à un algorithme adaptatif, la difficulté du jeu est modifiée pour permettre un traitement le plus personnalisé possible à l’enfant. Pour les personnes souffrant d’insomnie, une thérapie digitale a été mise au point sous le nom de Sleepio™. Réservée aux adultes, cette application propose un programme automatisé basé sur les TCC (thérapies comportementales et cognitives).
Technologie n°2 : technologie de stimulation cérébrale non invasive pour modifier les schémas d’activité cérébrale
Les techniques de stimulation cérébrale non invasive (NIBS) utilisent des courants électriques (induits par des champs magnétiques) comme méthode de traitement des troubles mentaux et neurologiques. Associée à une intervention psychosociale, la NIBS s’est avérée avoir un effet positif significatif sur l’atténuation des symptômes dépressifs modérés à sévères. La dépression est l’une des maladies mentales les plus graves au monde, affectant plus de 332 millions de personnes dans le monde. L’appareil de Pulvinar Neuro, une entreprise dérivée de l’UNC-Chapel Hill et acquise en 2022 par Electromedical Products International, Inc., qui modifie les schémas d’activité cérébrale des patients souffrant d’une maladie mentale, est un exemple de ce type de technologie de santé mentale. L’appareil détecte les ondes cérébrales grâce à un EEG puis le dispositif émet un courant électrique très faible et indolore pour modifier l’activité électrique du cerveau malade. Fin 2024, l’entreprise a obtenu le statut de dispositif innovant par la FDA, « Breakthrough Device designation », ce programme soutient les dispositifs innovants pour leur permettre d’atteindre le marché plus rapidement.
Technologie n°3 : des implants cérébraux pour améliorer les soins de longue durée
Les implants cérébraux sont des dispositifs médicaux généralement placés dans le cerveau pour stimuler ou moduler directement l’activité neuronale. Les avantages des implants cérébraux incluent leur capacité à soulager les symptômes qui résistent à d’autres formes de traitement et à offrir des approches thérapeutiques personnalisées. Des chercheurs et des cliniciens américains de l’Université de Californie à San Francisco (UCSF) ont mis au point un implant qui agit comme un stimulateur cardiaque pour le cerveau, en utilisant une approche de médecine de précision qui a permis de gérer avec succès la dépression résistante au traitement d’un patient en identifiant et en modulant le circuit cérébral qui est associé de manière unique aux symptômes. L’implant est enfoui dans le crâne et relié au cerveau du patient par une stimulation cérébrale profonde afin de déclencher des charges électriques qui réinitialisent les fonctions cérébrales du patient. Les développements dans le domaine des implants cérébraux explorent les innovations en matière d’électrodes implantables souples, de dispositifs à faible consommation d’énergie et de processeurs de réseaux de détection à haute résolution. Par exemple, les chercheurs de l’EPFL ont combiné la conception de puces à faible consommation, des algorithmes d’apprentissage automatique et des électrodes implantables souples pour produire une interface neuronale capable de détecter et de supprimer les symptômes de divers troubles neurologiques.
Technologie n°4 : le traitement de la dépression résistante à l’aide des ultrasons
En parallèle de la recherche faite sur les implants cérébraux, nécessitant une chirurgie et donc induisant plus de risques pour le patient, une nouvelle technologie a émergé récemment, en France, d’un partenariat entre l’ESPCI Paris PSL, l’Inserm, l’Université Paris Cité, le CNRS et le GHU Paris. Ce consortium a développé un traitement basé sur l’utilisation d’ultrasons focalisés de faible intensité permettant de moduler l’activité cérébrale dans les zones liées à la dépression. En se propageant dans le tissu humain, les ultrasons stimulent la zone cérébrale par action mécanique en déclenchant l’ouverture de canaux mécano-sensibles. Le premier essai clinique réalisé sur 5 patients est porteur d’espoir, aucun effet indésirable grave n’a été déclaré et les patients n’ont ressenti aucune gêne ou douleur durant l’exposition. Une réduction moyenne de plus de 60% de la sévérité de la dépression a été constatée à la fin du traitement. Cette avancée technologique est une première puisqu’elle permet de stimuler de façon ciblée et non invasive des zones cérébrales profondes tout en étant transportable.
Technologie n°5 : la stimulation magnétique transcrânienne pour vaincre la résistance aux médicaments
Environ 20 à 60 % des patients souffrant de troubles psychiatriques présentent une résistance aux médicaments, ce qui se traduit par une augmentation de la charge et du coût des soins de santé. Pour ce groupe de patients, la stimulation magnétique transcrânienne (SMT) pourrait constituer une thérapie alternative. S’appuyant sur une meilleure compréhension du lien entre la neuroactivité et la régulation de l’humeur et des comportements, elle applique une induction électromagnétique pour cibler les zones spécifiques du cerveau responsables du contrôle de l’humeur et moduler ainsi la neuroactivité. Une étude récente a montré que jusqu’à 83% des patients souffrant de dépression, et n’ayant pas répondu à des traitements médicamenteux, ont répondu à la SMT et entre 28 et 62% sont entrés en rémission. Par rapport aux implants cérébraux, il s’agit d’une approche totalement non invasive et d’une thérapie sûre et efficace pour les patients qui ont besoin d’une intervention médicale à court terme. Dernièrement, les recherches liées à cette technologie ont eu pour objectif de rendre la SMT plus efficace en diminuant le nombre de séances d’exposition mais aussi en accélérant la durée d’exposition grâce à la Theta Burst Stimulation (iTBS), forme de SMT qui délivre des impulsions rapides de haute fréquence (50-200 Hz), espacées au rythme thêta (3-8 Hz), activité cérébrale associée à des états de relaxation profonde.
Technologie n°6 : thérapie par réalité virtuelle pour le traitement de la psychose
La thérapie de réalité virtuelle (RV) ou la technologie de simulation visuelle (VST) utilise des environnements générés par ordinateur pour créer une expérience réaliste et immersive, permettant aux individus de confronter et de surmonter des peurs ou des angoisses spécifiques liées à leur santé mentale. Il a été démontré que la thérapie VR est efficace pour traiter une variété de troubles mentaux, tels que la psychose et les troubles anxieux. En 2022, une startup britannique (OxfordVR®) qui utilise la réalité virtuelle pour fournir une thérapie cognitivo-comportementale a obtenu la désignation Breakthrough Device par la FDA pour son traitement de la schizophrénie et d’autres maladies mentales graves, « gameChange », un processus qui aidera à accélérer son approbation finale si les essais cliniques aboutissent. OxfordVR® a développé un traitement qui utilise des casques de réalité virtuelle pour guider les patients dans des situations quotidiennes, telles que la visite d’un magasin ou le bus, qui peuvent causer de la peur et de l’anxiété aux personnes atteintes de psychose. Oxford VR® a fusionné avec BehaVR®, leader américain de la RV et des expériences thérapeutiques digitales afin d’améliorer la commercialisation et l’accessibilité de leur produit. BehaVR® travaille sur l’anxiété, le stress, la douleur et l’addiction en utilisant les biométriques en temps réel et des modèles de machine learning. En 2023, « gameChange » a obtenu le Early Value Assessment (EVA) du National Institute for Health and Care Excellence (NICE) pour son utilisation auprès des patients atteints de psychose présentant un évitement agoraphobique sévère. Cette accréditation permet d’utiliser la technologie dans le système de santé public au Royaume-Uni.
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Technologie n°7 : Outils de suivi alimentés par l’IA
Avec l’explosion de l’intelligence artificielle, de nombreuses plateformes et applications émergent pour améliorer la prise en charge des troubles psychiques, notamment en améliorant le suivi des patients ou en prévenant les rechutes. La start-up française Callyope a, par exemple, conçu une application à l’aide de professionnels de la santé mentale pour mieux suivre, entre autres, les patients atteints de schizophrénie, troubles bipolaires et dépression sévère. Grâce au machine learning, Callyope peut reconnaître un symptôme de trouble mental après seulement 30 secondes de prise de parole. Elle est capable de distinguer plus de 10 symptômes différents, avec plus de 90% de précision en analysant des centaines de biomarqueurs vocaux validés cliniquement et en y intégrant le langage, la voix et le contexte clinique. Les patients peuvent aussi être surveillés grâce à des questionnaires à remplir régulièrement. Pour Callyope, l’objectif final est d’améliorer l’accès aux soins en anticipant les rechutes évitant ainsi les ré-hospitalisations.
L’avenir des technologies physiques et digitales dans le domaine de la maladie mentale est prometteur, car elles ont le potentiel d’améliorer considérablement les soins et l’efficacité des options thérapeutiques existantes. Cependant, l’adoption de technologies de santé mentale comme traitements dépendra de la capacité des entreprises à prouver leur sécurité et leur efficacité. Elles devront montrer que leurs innovations peuvent s’insérer dans les schémas de traitement mais aussi être reconnues par les prescripteurs et tout l’écosystème de la santé mentale. De plus, les entreprises doivent démontrer que ces technologies en santé mentale, lorsqu’elles sont utilisées conjointement avec les traitements existants ou comme solutions de rechange, présentent un avantage global pour le traitement des troubles mentaux graves et chroniques. Alcimed peut vous accompagner dans vos projets liés à la HealthTech. N’hésitez pas à contacter notre équipe !
À propos des auteurs,
Xianjin, Consultant dans l’équipe Santé d’Alcimed à Singapour,
Ismail, Chef de projet dans l’équipe Healthcare d’Alcimed à Singapour,
Léopoldine, Consultante au sein de l’équipe Santé d’Alcimed en France.