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Valorisation des coproduits : quels bénéfices et quels facteurs clés de succès ?

Publié le 12 février 2024 Lecture 25 min

En 2018, la France a produit 342 millions de tonnes de déchets, selon le dernier rapport de l’ADEME. Ce chiffre englobe notamment les 63 millions de tonnes de déchets produits par les industries hors construction (industrie manufacturière, industrie agroalimentaire, etc…), et les 240 millions de tonnes de déchets générés dans le secteur de la construction. Dans un contexte d’épuisement des ressources, de constriction énergétique et de crise climatique, la gestion des déchets est une préoccupation croissante des industriels. Or, de ces déchets, se distinguent ce que l’on nomme coproduits, des substances générées lors des procédés de production industrielle, et qui peuvent être valorisées pour réduire – ou du moins limiter, le faix de cette montagne de déchets, dont les conséquences sont aussi bien économiques qu’environnementales. Dans cet article, Alcimed revient sur les avantages de la valorisation des coproduits et les facteurs clés de succès qui permettent de réussir sa stratégie de valorisation.

Que sont les coproduits ?

Selon l’ADEME, un coproduit est une « matière intentionnelle et inévitable, créée au cours du même processus de fabrication et en même temps que le produit principal ». En 2018, le Réseau pour la sécurité et la qualité des denrées animales chiffrait à 12,1 millions de tonnes de matière sèche les coproduits générés en 2017 par les industries agroalimentaires françaises. L’exploitation de ces coproduits s’inscrit dans une économie circulaire vertueuse pour l’environnement : en s’affranchissant de nouvelles matières premières, on diminue ainsi le recours à des processus d’extraction de ressources qui peuvent s’avérer polluants, et on allège la génération de nouveaux déchets.

En revanche, cela signifie également qu’il faut concevoir tout un cycle de vie permettant d’intégrer ces matières dans une économie effectivement circulaire. Cela peut notamment supposer d’imaginer et développer de nouveaux processus de transformation et des travaux de R&D sont souvent nécessaires. En témoigne la revalorisation des drêches dans l’industrie agroalimentaire. Dans l’exemple de réutilisation des drêches, il faut sécher ce produit très hydraté, une étape de transformation indispensable qui ne doit pas consommer plus d’énergie qu’elle ne permet d’en gagner.

La valorisation des coproduits agroalimentaires représente une opportunité de croissance pour les entreprises

Entre optimisation des coûts et nouveau business pour une entreprise

Le coproduit est une substance dont la fabrication n’est pas recherchée, mais qui peut néanmoins donner lieu à un produit en tant que tel qui pourra être valorisé économiquement. Alors que ces substances pourraient représenter un manque à gagner pour les industriels, valorisées, elles deviennent de véritables matières premières, potentiellement moins coûteuses, qui ouvrent la voie à de nouveaux business et à une diversification des activités d’une entreprise.

Des opportunités nombreuses dans le secteur agroalimentaire

L’industrie agroalimentaire en particulier génère une grande quantité de coproduits et s’est lancée dans la valorisation de ces derniers. Ces coproduits peuvent ainsi trouver une nouvelle utilité, dans l’alimentation animale, l’alimentation humaine, la cosmétique, ou encore dans le secteur énergétique.

A titre d’exemples, la rafle, les sarments, les feuilles, le marc de raisin et les pépins sont autant de coproduits issus de la production du vin. Le marc de raisin pourra être valorisé sous forme d’alcool industriel ou de carburant, tandis que les pépins pourront servir de matière première pour la confection d’huile de pépin de raisin. Un autre exemple est celui de Nestlé qui a lancé une tablette de chocolat à base de pulpe de cacao. La pulpe de cacao, habituellement jetée, constitue environ 10% du fruit du cacaoyer. La valorisation de cette pulpe permet de réduire les déchets dans le processus de fabrication et d’augmenter les revenus des producteurs qui ne commercialisaient pas, pour la plupart, cette partie du fruit jusqu’à ce jour.

3 facteurs clés de succès pour réussir la valorisation des coproduits

Facteur clé de succès n°1 : choisir une stratégie d’internalisation ou d’externalisation

Si les moyens et ressources de l’entreprise le permettent, les coproduits peuvent être valorisés en interne. Cela permet de s’affranchir de coûts de transport et de conserver la qualité, le potentiel des matières et de tirer profit de leur nouvelle vocation. A titre d’exemple, Alcimed a pu étudier différentes technologies de combustion, de gazéification et des technologies thermochimiques permettant de valoriser en interne les coproduits d’une distillerie.

Mais la valorisation des coproduits peut aussi se faire en externe, reposant donc sur de précieux partenariats. En effet, en fonction de la voie de valorisation choisie pour les coproduits, celle-ci peut concerner de nouveaux secteurs, et ainsi faire émerger une collaboration intersectorielle. De nombreuses entreprises de cosmétique, par exemple, s’approvisionnent en coproduits issus de l’industrie agroalimentaire. Le marc de café peut ainsi être utilisé comme base pour un gommage. Cet approvisionnement en coproduit nécessite de mettre en place de nouvelles filières de collecte.


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Facteur clé de succès n°2 : identifier des partenaires possibles

La valorisation des coproduits permet parfois de créer une synergie de compétences entre différents acteurs. Ainsi les Laboratoires Ainia, en Espagne, et le groupe Postres Lacteos Romar ont associés leurs compétences techniques pour développer des texturants naturels à partir des déchets de pelures de citron, kaki et pastèque générés par des industriels agroalimentaires locaux.

Facteur clé de succès n°3 : définir le secteur applicatif

Dans certains cas de figures, les réglementations en vigueur ne permettent pas de valoriser le coproduit sur n’importe quel marché applicatif. A titre d’exemple, la valorisation des coproduits animaux est encadrée par les règlements européens, avec un classement en 3 catégories selon leur risque potentiel pour la santé humaine et animale et l’environnement, autorisant ainsi une valorisation dans l’alimentation animale ou la restreignant à une conversion en biogaz, compostage ou engrais organique.

En définitive, la valorisation des coproduits présente un potentiel économique et environnemental important. Cependant, l’identification de voies de valorisation n’est pas évidente et doit faire face à des contraintes réglementaires fixant les conditions de collecte, de traitement et d’usage de ces matières. Par ailleurs, le traitement de ces substances suppose d’acquérir de nouvelles compétences et de concevoir des processus de transformation qui doivent être en ligne avec des contraintes techniques, économiques et environnementales, afin de confirmer l’intérêt de donner une nouvelle vie à ces matières. Alcimed accompagne ses clients industriels dans la définition de stratégies de valorisation de coproduits, afin que ces nouvelles activités soient rentables, prospères et durables. N’hésitez pas à contacter notre équipe.


A propos de l’auteur, 

Hortense, Consultante au sein de l’équipe Innovation et Politiques publiques d’Alcimed en France

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