Cosmétique

Quels enjeux pour le marché de l’acide hyaluronique en pleine expansion ?

Publié le 01 avril 2024 Lecture 25 min

L’acide hyaluronique (AH) est sans doute une des molécules les plus connues dans le monde des procédures cosmétiques. Ce que l’on sait moins en revanche, c’est que l’AH se présente sous différentes formes pour différents usages. Cela entraîne des confusions dans la dénomination des produits lors de leur vente, leur distribution voire dans la manière de l’utiliser. Ainsi, certaines pratiques et certains types d’AH doivent être abordés avec prudence. Dans cet article, Alcimed décrypte les enjeux et les préoccupations liés à l’utilisation croissante d’acide hyaluronique dans le domaine cosmétique.

Qu’est-ce que l’acide hyaluronique (AH) et comment est-il utilisé dans les procédures esthétiques ?

L’acide hyaluronique est une molécule polysaccharidique et l’un des principaux composants du tissu conjonctif formant une matrice gélatineuse qui entoure les cellules. Ses propriétés de liaison et d’attraction de l’eau (hygroscopie) comblent les espaces entre les fibres conjonctives de collagène et d’élastine dans le derme. L’AH est synthétisé par les fibroblastes présents dans le derme et se dégrade en seulement quelques heures. Les fragments d’acide hyaluronique dégradés vont tout de même stimuler à leur tour la production d’acide hyaluronique et de collagène par les fibroblastes. Cet équilibre appelé « homéostasie » est néanmoins altéré au fil du temps et le capital naturel en acide hyaluronique va progressivement diminuer, expliquant en partie le vieillissement cutané. Ainsi, pour y faire face, de nombreux produits à base d’AH sont proposés. Dans cette gamme variée, on distingue principalement deux types d’acide hyaluronique :

L’AH réticulé

La réticulation est un processus chimique utilisant un agent complexant reliant les molécules linéaires d’AH, pour obtenir de nouvelles structures composées de plusieurs filaments d’AH d’un poids moléculaire plus élevé. Plus le degré de réticulation est élevé, plus le produit est compact et résistant à la dégradation naturelle. L’AH réticulé est donc un produit de synthèse.

L’AH réticulé est utilisé dans les injections de produits de comblement dermique à base d’AH dits « classiques ». Ses applications principales sont le comblement des rides profondes et la restauration des volumes, et sa durée d’action de 6 mois à 12 mois ou plus selon le patient et les produits utilisés.

L’AH non réticulé

L’AH non réticulé est le plus proche de l’AH naturellement présent dans notre peau. Il est utilisé dans les micro-injections de mésothérapie et dans les crèmes hydratantes topiques, pour donner de l’éclat à la peau en la repulpant et l’hydratant. Il est souvent associé à des complexes vitaminiques. Il a un effet immédiat, dans les 24-48 heures, et aussi un effet progressif plus long terme, au fil des séances, grâce à son action de stimulation des fibroblastes (cellules du derme).

L’essor mondial des injections d’acide hyaluronique

Les injections d’acides hyaluroniques sont très populaires. Elles arrivaient en deuxième position dans le top 5 des interventions non chirurgicales dans le monde, derrière la toxine botulique et représentaient 30 % de l’ensemble des interventions non chirurgicales en 2021.

Les AH sont donc largement utilisés et parfois très démocratisés ce qui conduit à certaines dérives comme la minimisation des risques, le manque de transparence des formules ou encore des procédures réalisées par du personnel non habilité.

Enjeux et préoccupations liés à l’utilisation de l’acide hyaluronique

Enjeu n°1 : Informer sur les risques potentiels des produits de comblement à base d’AH réticulé

Parmi les interventions esthétiques non chirurgicales, les produits de comblement à base d’AH réticulé, peuvent induire des complications allant d’effets secondaires bénins (rougeur, ecchymoses..) à des conséquences rares mais très graves (infections, nécrose, asymétrie permanente, occlusion vasculaire, accident vasculaire cérébral, cécité, décès).

En plus d’être une procédure risquée en raison du geste de l’injection, le devenir et la dégradation des AH réticulés considérés comme des corps étrangers restent aujourd’hui incertains. Des années après l’injection, des effets secondaires tels que des gonflements peuvent apparaître et des résidus d’AH réticulé peuvent être toujours détectés dans la peau.

Il semble primordial que les fabricants clarifient la nature de l’AH, sa fonction et son devenir, a minima sur l’emballage et la notice des produits commercialisés, pour une prise de conscience générale des risques encourus, chez les praticiens et les patients.


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Enjeu n°2 : Mieux communiquer sur l’action de l’AH et assurer une traçabilité rigoureuse des produits injectables

Les fabricants de produits injectables et les distributeurs sont « flous » quant à la nature exacte de leur AH sur les emballages et les notices. Les AH légèrement réticulés et non réticulés sont parfois confondus.

Ainsi, il peut exister une différence entre le message général des distributeurs qui affirment que les AH utilisés en mésothérapie sont non réticulés alors que les formulateurs/praticiens parlent d’AH légèrement réticulé, stabilisé ou renforcé.

Il existe également une confusion entre l’AH en formulation topique et l’AH des produits de comblement injectés. Certains produits à base d’AH topique sont commercialisés de manière trompeuse en tant que « produits de comblement » topique. L’AH topique hydrate seulement en surface, en raison de la taille des molécules et ne joue pas le rôle d’un produit de comblement.

Une communication claire de la part des formulateurs sur le rôle et l’action de l’AH dans les différents produits d’injection ou d’applications topiques semble primordiale.

De plus, les produits cosmétiques injectables sont facilement disponibles à l’achat par le grand public auprès des géants de la vente au détail et des marchés en ligne, sans qu’il soit nécessaire de fournir des informations faisant preuve d’une licence médicale.

Il semble ainsi nécessaire qu’une réglementation stricte concernant la distribution des produits injectables soit mise en place avec une réelle traçabilité des produits.

Enjeu n°3 : Clarifier le statut médical des procédures d’injection d’AH

Les Etats-Unis et le Brésil sont les deux premiers pays en termes de nombre d’injections d’AH réalisées chaque année (respectivement 30% et 7% des injections d’AH réalisées par des chirurgiens plastiques au niveau mondial). On y retrouve un très large éventail de praticiens médicaux et non médicaux parfois non qualifiés exerçant dans des environnements très variés.

Aux Etats-Unis et au Brésil, seuls les médecins et les dentistes peuvent pratiquer des injections et seulement sous surveillance pour les auxiliaires médicaux et les infirmières en fonction de la réglementation du pays et de l’Etat. Cependant, un flou juridique existe quant à la définition exacte de la supervision d’un médecin et de la délégation d’un représentant médical à un assistant ou à une infirmière.

En revanche, dans ces pays et dans tout le reste du monde, les professionnels esthétiques, sans qualification médicale, n’ont pas le droit de pratiquer des injections. Ces professionnels exercent dans des spas médicaux ou des cliniques de beauté, qui représentent 50% du marché de l’esthétique aux États-Unis et au Brésil. Or on relève davantage d’effets secondaires et de complications liées à l’injection d’AH dans ces centres qu’auprès des professionnels médicaux, preuve que des injections y sont faites, et moins bien faites. En effet, ces centres proposent des procédures moins coûteuses offrant aux patients davantage d’options, en raison de l’absence de protocoles de soins normalisés. Par suite, les patients subissent plus fréquemment des complications en raison du manque d’éducation, de formation et d’expérience de ces praticiens.

La frontière entre la pratique d’une procédure médicale et esthétique est devenue de plus en plus floue et on peut craindre que ce soit au détriment des consommateurs. L’injection ne doit pas être considérée comme un acte simple et banal, et il faudrait remédicaliser les procédures d’injection et reconsidérer le statut médical de ces pratiques. Par exemple, l’American Med Spa Association, recommande qu’indépendamment du fait qu’un État ait désigné un traitement comme « non médical », s’il correspond à la définition d’une procédure médicale – c’est-à-dire qu’il a un impact ou une incidence sur des tissus vivants – alors le traitement en question doit être considéré comme un traitement médical.

En matière de sécurité du consommateur, l’utilisation démocratisée des produits à base d’acide hyaluronique doit aujourd’hui être réajustée avec l’adoption d’un discours clair et précis sur la nature et les usages de cette molécule, afin de sensibiliser toute la chaine de valeur, du fabricant au consommateur. Alcimed se tient à vos côtés pour vous accompagner dans vos projets liés aux cosmétiques de demain. N’hésitez pas à contacter notre équipe !


A propos de l’auteur,

Ella, Consultante au sein de l’équipe Cosmétiques & Luxe d’Alcimed en France

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