Les logiciels d’aide à la prescription (LAP) pour sécuriser la prescription
Le traitement d’un patient commence très souvent par une prescription, mais la rédaction d’une ordonnance est loin d’être une simple formalité. Il s’agit de choisir la bonne molécule, la dose, la forme, la posologie, tout en tenant compte du profil du patient (âge, poids, antécédents, traitements en cours, allergies…). Or cette tâche est rendue de plus en plus complexe par la multiplication des médicaments disponibles, l’augmentation de la polymédication ou encore le manque de temps en consultation.
Les logiciels d’aide à la prescription (LAP) sont essentiel pour accompagner le prescripteur puisqu’ils permettent de :
- Fournir des informations à jour sur les médicaments,
- Signaler les interactions médicamenteuse ou les contre-indications,
- Générer l’ordonnance dans un format standardisé et sécurisé.
Ces outils sont directement intégrés dans les logiciels métiers et s’adressent à tous les professionnels de santé habilité à prescrire : médecins, chirurgiens-dentistes et sages-femmes. Leur fonctionnement repose sur le croisement des informations concernant le patient à une base de données de médicaments (BdM). Elles sont validées par la HAS pour garantir la fiabilité des informations, les plus utilisées étant celles de VIDAL et Claude Bernard. Aujourd’hui, plus d’une quarantaine de LAP sont certifiés par la HAS, dont ceux d’éditeurs bien connus comme Doctolib, Weda ou Ordoclic.
L’évolution récente des LAP intègre l’intelligence artificielle (IA) pour aller au-delà de la simple alerte. Désormais, certains modules, comme CopiloteOrdo (Synapse Medicine), permettent d’optimiser une ordonnance existante en proposant :
- L’ajout ou à l’inverse, la dé-prescription de traitements,
- Des alternatives thérapeutiques selon les caractéristiques cliniques du patient, la disponibilité des traitements ou encore les recommandations officielles.
L’utilisation des logiciels d’aide à la prescription permet de réduire significativement les erreurs de prescription, de gagner du temps en consultation et de simplifier la gestion des ordonnances complexes ou répétées. En 2025, Synapse Medicine a d’ailleurs mené une étude sur un de ces modules ciblant la polymédication chez les personnes âgées. L’outil intégré dans un LAP, permettait de réduire les prescriptions potentiellement inappropriées chez 53% des patients âgés, contre 20% avec les outils habituels (étude PING, CHU de Bordeaux, mars 2025).
S’ils sont déjà bien intégrés dans la pratique, les LAP sont appelés à devenir la norme. A partir de 2026, ils seront intégrés au « socle numérique » des outils essentiels pour les prescripteurs et constitueront un prérequis pour bénéficier du forfait numérique. Ils doivent également servir de support à l’intégration des ordonnances-types obligatoires, prévues pour certaines situations fréquentes ou standardisables comme les perfusions à domicile, les pansements, les antalgiques ou les bilans sanguins (expérimentation en 2026).
L’ordonnance numérique et le scan d’ordonnance pour sécuriser la transmission
Après la prescription, il s’agit de sécuriser sa transmission. Lancée en 2022 dans le cadre du Ségur du numérique en santé, l’ordonnance numérique (ou e-prescription) est rendue obligatoire depuis le 1er Janvier 2025 pour toutes les prescriptions de ville et les prescriptions hospitalières exécutées ou délivrées en ville.
Son fonctionnement repose sur la rédaction de l’ordonnance dans un LAP, puis son transfert automatique vers une base sécurisée hébergée par l’Assurance Maladie. Elle permet notamment :
- Des échanges facilités entre professionnels de santé, avec un suivi de l’exécution de l’ordonnance et des délivrances effectuées,
- De garantir l’authenticité par l’intégration d’un QR code unique pour limiter la fraude et les fausses ordonnances,
- De simplifier l’accès du patient à ses prescriptions dans son Dossier Médical Partagé (DMP) via Mon espace santé.
Dans la pratique, un exemplaire papier comportant un QR code continue d’être remis au patient pour être présenté au pharmacien. Ce dernier doit disposer d’un logiciel compatible et d’un lecteur de QR code pour pouvoir la scanner. Des dispositifs d’incitations financières pour permettre aux pharmacies de s’équiper sont donc mis en place pour soutenir l’usage de l’ordonnance numérique. La CNAM prévoit de l’intégrer comme un outil central de sécurisation et de régulation des prescriptions dites « onéreuses ou sensibles » d’ici 2030.
Enfin, la retranscription sécurisée des ordonnances papier, notamment lors de l’entrée d’un patient en établissement de soins, peut compter sur des solution d’aide à la saisie, comme le scan d’ordonnance développé par Posos. Cet outil, qui s’intègre dans les logiciels métiers, permet de photographier ou de d’importer une ordonnance. Les médicaments, dosages et posologies sont alors reconnus et préremplis automatiquement, ce qui limite le risque d’erreur de saisie.
Les logiciels d’aide à la dispensation (LAD) pour sécuriser la délivrance des médicaments
La dernière barrière de sécurité, avant que le traitement ne soit remis au patient se trouve au comptoir des officines et dans les pharmacies à usage interne (PUI). Ici les pharmaciens peuvent s’appuyer sur les logiciels d’aide à la dispensation (LAD).
Les LAD doivent au moins disposer de fonctions permettant l’enregistrement d’une dispensation de médicament, mais ils vont au-delà en vérifiant la validité des ordonnances et en aidant à détecter les éventuelles falsifications. Comme les LAP, les LAD s’appuient sur une base de données de médicaments agrées, pour assurer de fournir des informations fiables (durées de traitements, posologies recommandées…) et alerter en temps réel sur les interactions médicamenteuses, les contre-indications et les messages sanitaires.
Les logiciels de gestion officinale les plus utilisés (Smart RX, id by Equasens) intègrent désormais des modules avancés, développés en partenariat avec des acteurs spécialisés comme Phealing ou Posos pour aller plus loin :
- Saisie automatisée des ordonnances papiers et numériques,
- Proposition d’alternatives en cas de rupture ou d’incompatibilité́ du traitement,
- Contrôle en temps réel automatisé entre les médicaments prescrits et délivrés,
- Etiquettes de posologie préremplies automatiquement pour sécuriser la prise en charge des traitements.
Ces fonctionnalités contribuent à une dispensation conforme aux exigences réglementaires, tout en optimisant le temps de travail à l’officine.
En complément, d’autres outils numériques pour les pharmaciens visent à limiter la fraude :
- Le téléservice Asafo généralisé en 2024, permet aux pharmaciens de signaler des ordonnances suspectes : entre août et mi-novembre 2024, 2 900 signalements ont abouti à la confirmation de 1 462 fraudes.
- La solution OrdoSafe utilise l’IA pour détecter en temps réel des ordonnances falsifiées et permet la transmission automatique à la CNAM de la déclaration de fraude.
Les outils numériques comme les LAP, les LAD et l’ordonnance numérique apportent des réponses concrètes pour sécuriser chaque étape de la prescription à la délivrance du traitement. Leur généralisation représente une opportunité majeure pour limiter les erreurs, lutter contre la fraude et optimiser la prise en charge des patients. Le défi réside désormais dans un déploiement homogène sur tout le territoire, en accompagnant non seulement le financement de ces solutions, mais aussi la formation et l’appropriation par tous les professionnels de santé.
Chez Alcimed nous sommes convaincus que les outils numériques constituent des atouts importants pour un parcours de soins plus sûr, plus fluide et plus efficace. N’hésitez pas à contacter notre équipe !
À propos de l’auteur,
Noéline, Consultante au sein de l’équipe Santé d’Alcimed en France.