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Le stockage à froid, une solution écologique pour réduire l’impact environnemental du stockage des données

Publié le 02 septembre 2026 Lecture 25 min

Bien qu’immatériel en apparence, le numérique génère déjà aujourd’hui autant, si ce n’est plus, d’émissions de gaz à effet de serre dans le monde que le transport aérien, et cet impact bien réel ne cesse de croître. À l’heure où les entreprises s’engagent dans des plans de transformation RSE, faire évoluer leurs habitudes de gestion des données peut constituer un levier pour minimiser leur impact environnemental.

Au travers d’une série dédiée à l’impact environnemental et social des données, Alcimed vous invite à explorer 3 axes de transformation dont l’adoption d’une gestion durable des données, l’optimisation du stockage des données et l’implémentation de nouvelles technologies. Dans ce deuxième article, Alcimed analyse le stockage des données froides (cold data storage).

La donnée : une activité à fort impact environnemental

De nombreuses entreprises articulent leurs stratégies RSE autour d’actions telles que la limitation du transport aérien ou la réduction des déchets. Bien qu’importantes, ces stratégies restent insuffisantes au regard de l’impact croissant d’autres activités, comme la gestion des données. Il est donc essentiel de réévaluer les priorités des entreprises ainsi que les avantages et les inconvénients que chacune de ces actions peut représenter.

En 2021, les données représentaient entre 2 et 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre ; à titre de comparaison, le transport aérien civil en représentait entre 2 et 3 %1Freitag, C. et al. (2021). The real climate and transformative impact of ICT : A critique of estimates, trends, and regulations. Patterns, 2(9), 100340.. Le transfert et le stockage des données, ainsi que la fabrication des composants électroniques nécessaires aux serveurs, sont par nature des processus énergivores : on estime que la consommation énergétique des centres de données en 2024 s’élevait à 415 TWh, soit 1,5 % de la consommation énergétique mondiale totale2International Energy Agency. (2025). Energy and AI – World Energy Outlook Special Report. L’essor rapide des grands modèles de langage (LLM) et du calcul intensif sur GPU a considérablement aggravé cette situation, transformant les infrastructures de données en un moteur majeur et de plus en plus visible de la consommation d’énergie et des émissions de carbone. Par ailleurs, une étude suggère que le volume de données créées ou répliquées chaque année dans le monde pourrait doubler d’ici la fin 2026 par rapport à la fin 20223Avision Young. (2024). The data-driven future: global datasphere’s rapid growth expected to drive demand on data centers. . Si aucune mesure préventive n’est prise, l’impact environnemental des données pourrait donc exploser dans les années à venir : rien qu’en France, on estime que le secteur numérique sera responsable de 7 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 20404Sénat (2020). Mission d’information sur l’empreinte environnementale du numérique..

Outre les émissions de gaz à effet de serre, les centres de données ont un impact considérable sur les ressources en eau. Un rapport fédéral américain estime que les centres de données des États-Unis ont indirectement consommé environ 211 milliards de gallons d’eau en 2023 par le biais de la consommation d’électricité, ce qui équivaut à environ 1,2 gallon par kWh. Pour mettre cela en perspective, ce volume est comparable à la consommation d’eau domestique annuelle d’environ 1,9 million de foyers américains. De plus, la demande devant atteindre jusqu’à 1 050 TWh d’ici 2030, la consommation d’eau devrait augmenter en conséquence5Yañez-Barnuevo, Miguel. (2025). Data Centers and Water Consumption..

Au-delà des conséquences environnementales directes telles que les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’eau, un autre facteur essentiel aggravant l’impact environnemental des données est la concurrence économique croissante entre les pays. Portée par les enjeux de souveraineté et d’autonomie technologiques, cette concurrence a conduit à des investissements considérables dans des projets de centres de données à grande échelle, comme le projet Stargate aux États-Unis et les récentes initiatives de Mistral AI en Europe.

Malgré une empreinte environnementale qui ne peut plus être ignorée et qui est de plus en plus reconnue par le grand public, la donnée est longtemps restée « sous les radars » et son impact sous-estimé. Trois raisons peuvent l’expliquer :

  • L’illusion de l’immatérialité des données et leur coût financier relativement faible, qui conduit à une production de données excessive ;
  • Des pratiques de stockage trop énergivores et mal adaptées aux usages actuels ;
  • Un manque de sensibilisation aux avancées technologiques récentes, de plus en plus énergivores.

Pour bien saisir l’ampleur du défi, il est essentiel d’examiner l’un des principaux responsables de cet impact environnemental : le stockage à chaud.

L’enfer du stockage des données à chaud

Aujourd’hui, souvent par manque d’optimisation et d’organisation, nous avons tendance à stocker l’ensemble de nos données en « stockage à chaud ».

Contrairement aux secteurs reposant sur le transfert de données, comme la visioconférence (évoquée dans le premier article de cette série sur la gestion durable des données), l’impact environnemental des données dans la plupart des secteurs est largement dû au stockage. En effet, la différence entre le stockage et le transfert de données réside dans le fait que le premier consomme de l’électricité chaque jour, tandis que le second n’en consomme qu’au moment du transfert. De plus, le stockage consomme davantage d’électricité par octet que le transfert de données. Cela s’explique par notre méthode de stockage des données.

Souvent par manque d’optimisation et d’organisation, nous avons tendance à stocker la plupart des données en « stockage à chaud ». Cela signifie que nos données sont hébergées sur des serveurs accessibles à tout moment, et donc allumés en permanence. Cette méthode de stockage à chaud est la plus courante, mais aussi la plus énergivore. En effet, l’ingestion, le stockage et l’accès à 1 Go de données sur un serveur cloud, par exemple, représentent une empreinte carbone d’environ 105 g de CO2eq par an, soit l’équivalent d’un trajet de 40 km en voiture6Addis, M. (2023). What is the carbon footprint of large-scale global digital preservation?. Si cela peut sembler anecdotique sur une année, il s’agit ici d’un seul gigaoctet ; or les entreprises génèrent et stockent des milliers de gigaoctets de données chaque année. L’impact du stockage est encore plus élevé si ces documents collaboratifs sont conservés sur des serveurs locaux, car ceux-ci sont alimentés par l’électricité collective et proposent rarement une optimisation algorithmique de la gestion des données, contrairement au Cloud. Leur utilisation peut néanmoins rester nécessaire pour des raisons de cybersécurité.

Lire aussi : Le green cloud computing : une solution durable pour réduire l’impact environnemental du stockage des données ?

Le stockage des données à froid : une solution de stockage plus écologique

Qu’est-ce que le stockage des données à froid ?

Lorsque les données ne sont plus utilisées au quotidien, le « stockage à froid » suffit.

Une accessibilité immédiate à tout moment n’est pas indispensable pour une grande partie de nos données, notamment celles que nous conservons pour des raisons d’archivage ou de conformité, et que nous consultons donc rarement (voire jamais). La technologie de stockage à froid, en plein essor chez tous les fournisseurs de solutions de stockage de données (Cloud ou non), place les données froides sur des serveurs qui ne s’allument qu’à la demande ; les données stockées sont ainsi « gelées » et les serveurs ne consomment de l’énergie qu’en cas de requête d’accès. Cela peut ralentir l’accès à l’information, car les données stockées à froid ne peuvent généralement être consultées que plusieurs heures après la requête. Cependant, cette approche réduit considérablement la consommation d’électricité liée au stockage des données7LogicMonitor. (2022). Hot Storage vs. Cold Storage., et donc leurs coûts financiers et leur impact environnemental, d’un facteur pouvant atteindre 3,5 en 20228Holcman, K. – Comment réduire l’impact environnemental du stockage de données ?. Bien que ce multiplicateur ait pu évoluer depuis 2022 avec le développement des technologies de stockage et l’amélioration de l’efficacité des centres de données, les économies potentielles restent substantielles compte tenu de la croissance rapide des volumes de données et de la demande de stockage.

Amazon constitue un exemple marquant d’entreprise ayant adopté le stockage à froid, avec des investissements à grande échelle réalisés à travers ses classes de stockage AWS S3 Glacier. Ce service est spécialement conçu pour le stockage à long terme de données rarement consultées, avec des délais de récupération allant de quelques minutes à plusieurs heures, permettant une optimisation massive des coûts et de l’énergie à grande échelle9Holcman, K. – Comment réduire l’impact environnemental du stockage de données ?.

4 étapes pour adopter le stockage des données à froid dès aujourd’hui

Le stockage des données à froid est une solution efficace et facile à mettre en œuvre, puisqu’il suffit de migrer les données vers des serveurs froids. Voici les étapes à suivre pour réaliser cette migration dès aujourd’hui :

  • Étape 1 : identifier les données actuellement en stockage à chaud qui devraient être archivées
  • Étape 2 : établir une politique de gestion des données pour l’avenir, avec des périodes de stockage à chaud et à froid bien définies pour les différents types de données collectées (pour certains types de données, le stockage à chaud pourrait même être totalement évité)
  • Étape 3 : organiser des campagnes d’archivage régulières et systématiques afin de garantir le respect de cette politique, en migrant les fichiers archivés vers des serveurs froids dès que possible
  • Étape 4 : supprimer les données froides à la fin de la période de stockage définie

Le numérique est véritablement devenu un enjeu environnemental prioritaire, dont l’impact continue de croître de manière exponentielle, notamment en raison du stockage des données. La mise en place d’une politique interne visant à mieux gérer les données stockées, ainsi qu’une adoption plus large du stockage à froid, peuvent freiner (voire inverser) cette tendance. Dans la troisième et dernière partie de notre série d’articles, nous explorerons les avantages du Cloud en matière d’impact environnemental. Alcimed est à vos côtés pour vous aider à relever vos défis de stockage de données grâce à une stratégie de sobriété numérique. Contactez notre équipe dédiée aux données et à l’IA, Nautilus.ai, pour en savoir plus !


À propos des auteurs,

Matthieu, Chef de projet, et Maxwell, consultant au sein de l’équipe Data d’Alcimed aux États-Unis.

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