Où se trouve l’hydrogène blanc ?
La particularité de l’hydrogène natif est qu’il est présent partout à travers le monde. Les seuls facteurs scientifiques mis en avant par la communauté scientifique permettant de localiser les sources de l’hydrogène blanc sont la potentielle présence de petites aires circulaires sans végétation appelées « cercles de fées » sur le continent ou la présence de serpentinite en fonds marins. Au-delà de ces 2 indicateurs, dont la fiabilité n’est pas prouvée, rien ne permet aujourd’hui de prédire ou de localiser un gisement en amont et d’estimer les réserves dans le monde entier.
En effet, de nombreux experts n’osent se positionner sur les quantités d’hydrogène naturel disponible sur Terre. D’ailleurs, si on en croit les quelques estimations disponibles dans la littérature, les réserves estimées vont d’une couverture de quelques pourcents de la demande mondiale à une couverture complète de la demande actuelle en hydrogène dans le monde entier. Aujourd’hui, il est donc impossible, étant donné le manque de consensus, de se prononcer sur la part que pourrait prendre l’hydrogène natif d’ici quelques années.
Quels sont les avantages de l’hydrogène blanc ?
Une production continue grâce à sa régénération rapide
L’hydrogène continental se trouve à des profondeurs allant de quelques centaines de mètres à plus de 4000 mètres. Par conséquent, les techniques utilisées pour l’extraction sont très semblables à ce qui se fait pour l’eau ou le pétrole. Un des avantages clés de l’extraction d’hydrogène natif contrairement à l’exploitation pétrolière, est que sa production serait continue. Son temps de régénération serait inscrit à l’échelle d’une vie humaine [1]. Il est toutefois bon de garder en tête qu’il n’existe pas, à date, d’installations exploitant l’hydrogène naturel de manière industrielle depuis de nombreuses années, et donc pas de retour d’expérience solide.
Un prix compétitif face à l’hydrogène gris
Les coûts d’extraction de l’hydrogène natif seraient compétitifs en comparaison à la production d’hydrogène gris (hydrogène à partir de gaz naturel) dont le coût est estimé entre 0,9 et 3 €/kg. Lors du conflit russo-ukrainien, qui a engendré une augmentation des prix du gaz, ce coût a été jusqu’à doubler (6 €/kg). De son côté, l’hydrogène vert, bien que son coût soit supposé décroitre, revient encore entre 2 et 7 €/kg. Pour sa part, l’hydrogène naturel aurait des coûts de production compris entre 0,5 et 1 €/kg, soit le coût de production le plus bas. Ceci en fait donc un candidat sérieux de ce point de vue. De plus, l’hélium est souvent un co-produit de l’hydrogène et son prix sur le marché est de 30 à 70 €/kg, ce qui devrait donc faire gagner en rentabilité les gisements d’hydrogène naturel.
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Hydrogène blanc : acteurs historiques et dernières avancées
Qui étaient les acteurs positionnés sur les premiers projets d’hydrogène blanc en 2023 ?
Seule une société proposait alors de l’hydrogène naturel et exploitait un gisement afin de produire de l’énergie. Il s’agissait d’Hydroma, une société canadienne, qui proposait une électricité gratuite aux habitants de Bourakébougou, un village malien voisin d’un gisement.
A des niveaux de maturité plus faible, des groupes industriels du secteur énergétique, et logiquement les acteurs de l’oil&gas, comme BuruEnergy, TotalEnergies ou encore Engie s’étaient positionnés sur des projets. A travers ceux-ci, ils obtenaient des permis d’exploration visant à localiser ou évaluer la taille d’un gisement potentiel. Il pouvait s’agir également de projets orientés exploitation visant à industrialiser la production.
De nombreuses start-ups étaient apparues et s’étaient positionnées également sur ces sujets notamment en France avec 45-8 Energy ou TB-H2 Aquitaine, ou encore en Australie avec Gold Hydrogen ou H2EX. L’Australie était d’ailleurs un pays très actif sur le sujet avec déjà plus de 35 permis complétés rien que pour le sud du pays.
Quels sont les nouveaux acteurs et avancées ?
Aujourd’hui, Hydorma reste la seule société á produire de l’hydrogène naturel a des fins énergétiques.
Les prochains producteurs potentiels devraient se situer en Australie, aux Etats-Unis et aux Canada, pays pionnier sur le sujet, où certaines entreprises ont poursuivi leurs avancées, passant du stade de l’exploration à celui de la délinéation. La délinéation correspond à l’estimation de de l’étendue des réserves via le forage de multiples puits à proximités des puits initiaux ayant révélé la présence d’hydrogène naturel. C’est le cas notamment de l’entreprise Australienne Gold Hydrogen et de Max Power au Canada, qui a découvert de l’hydogène blanc dans la province du Saskatchewan.
Ces acteurs pourraient être rapidement rejoins par d’autres entreprises dans ces pays, où l’exploration se poursuit et s’accélère. C’est notamment le cas aux Etats-Unis, où la rapidité d’obtention d’un permis d’exploration du sous-sol a stimulé la création d’une quarantaine d’entreprises, comme la start-up Koloma, qui a levé plus de 500 millions de dollars au total et décroché un prêt de 900 000 dollars, et HyTerra.
Enfin, l’exploration débute et évolue rapidement dans d’autres pays : en Chine, où le géant de l’Oil & Gas PetroChina a débuté des forages fin 2025, aux Philippines, où appel d’offre sur l’hydrogène naturel a été issu en 2025, et également en Afrique du Sud et au Maroc, où des accords d’exploration se multiplient.
Où en est le développement de l’hydrogène blanc en France ?
En France, plusieurs permis d’exploration ont été issus à des start-ups : THB2, 45-8 et Storengy ont obtenu deux permis dans le Sud Ouest. Suite à la découverte d’hydorgène naturel dans dans le cadre de travaux sur des puits forés initialement pour explorer le gaz de charbon, la Française de l’Energie (FDE) a obtenu un permis afin d’explorer un gisement qui pourrait constituer la plus grosse reserve d’hydrogène au monde. Une nouvelle campagne de forage a débutée en Moselle en 2025. Affaire à suivre !
Au delà du forage, des acteurs Français se positionnent dans l’écosystème en développant des outils et technologies utiles à l’exploration et production d’hydrogène naturel, comme les start-ups Mantle8, Hyreveal et LookUp Geoscience, créées en 2024, mais aussi ces centres de recherche comme l’IFPEN.
Les groupes industriels du secteur énergétique, comme Engie, et les acteurs de l’Oil & Gas, comme TotalEnergies ne sont pour le moment pas positionnées sur des projets en France.
Quel est le futur de l’hydrogène blanc ?
Si les réserves sont effectivement conséquentes, l’hydrogène blanc a toutes les chances de faire partie du paysage énergétique futur. Les raisons sont multiples. En effet, au-delà des avantages connus de l’hydrogène, son prix est compétitif, sa production est très faiblement émettrice de CO2 en comparaison à l’hydrogène gris et enfin il s’agit d’un bon relais de diversification de l’activité pour les acteurs de l’Oil&Gas qui pourraient y trouver un moyen de valoriser leur outil industriel. Pour finir, les ressources semblent dispatchées à travers le monde, ce qui est un atout pour cette nouvelle source d’énergie dans un contexte géopolitique où les pays cherchent à renforcer leur indépendance énergétique.
En conclusion, bien que l’exploitation industrielle de l’hydrogène naturel soit encore un mythe aujourd’hui, il pourrait bien devenir une réalité d’ici quelques années. Si cette nouvelle ressource semble être une opportunité pour vous ou pourrait l’être, n’hésitez pas à contacter notre équipe !
A propos des auteurs,
Juliette, Consultante Senior au sein de l’équipe Énergie, Environnement et Mobilité d’Alcimed en France
Guillaume, Responsable de mission au sein de l’équipe Énergie, Environnement et Mobilité d’Alcimed en France