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Les surfactants en cosmétique : quelles perspectives à l’ère du 100% naturel ?

Les tensioactifs sont un incontournable des préparations cosmétiques. Utilisés quasi systématiquement, ils couvrent un large éventail d’applications en endossant des rôles clés, comme celui d’agent moussant, de détergent ou encore d’émulsifiant. Cependant, ces molécules d’intérêt proviennent bien souvent de la pétrochimie et ne sont pas systématiquement biodégradables. Dans un contexte de prise de conscience écologique, un tel impact environnemental fait tâche ! Dans cet article, Alcimed traite des futurs possibles de l’industrie des surfactants en cosmétique au regard de la demande croissante de naturalité exprimée par les consommateurs.

Les tensioactifs biosourcés : une alternative mature et largement utilisée dans l’industrie des surfactants

Dans le respect des principes de la chimie verte, les tensioactifs biosourcés sont produits par synthèse chimique, mais intègrent des sucres, lipides ou encore protéines issues de ressources biologiques renouvelables : graines oléagineuses (palmier, noix de coco…), algues, graisses animales, etc. Ils représentent en 2021, 50% du marché global des surfactants !

Les tensioactifs biosourcés se sont ainsi imposés comme la première solution en réponse aux attentes de développement durable et sont compatibles avec la norme concernant les ingrédients cosmétiques naturels et biologiques (ISO 16128). De plus, grâce à leur mode de production maitrisé, leurs propriétés peuvent facilement être ajustées pour satisfaire diverses utilisations.

Cependant, les tensioactifs biosourcés peuvent présenter plusieurs limites. En effet, la qualification de « biobased surfactant » n’exclut pas l’utilisation de dérivés de la pétrochimie. En effet, selon les définitions « wholly bio-based surfactant » peut contenir jusqu’à 5% de carbone non biosourcé.

De plus, dans le cas où l’on utilise par exemple de l’huile de palme ou de l’huile de coco, cela peut placer l’industrie des surfactants en cosmétique en compétition avec l’alimentation humaine. Cela n’est pas anecdotique, les alkyl polyglycosides sont une classe de surfactants biosourcés largement employés et produits à partir d’huile de palme et d’amidon : deux produits utilisés en agroalimentaire.

Les biosurfactants en cosmétique : différentes réalités

Les biosurfactants – à l’inverse des tensioactifs biosourcés – ne comportent pas d’étapes de modifications chimiques dans leur procédé de production. Ces tensioactifs sont produits par voie biotechnologique : soit par des processus de fermentation microbienne soit par la valorisation de plantes (extraction).

Grâce à l’ingénierie métabolique, il est possible de produire des molécules aux propriétés tensioactives au sein de micro-organismes. Le procédé de fermentation sur lequel repose la production de surfactants par des micro-organismes est très bien maitrisé et est actuellement envisagé pour la production de tensioactifs durables. Cette approche émergente représente pour le moment moins de 0.1% du marché des surfactants.

Comme certains microorganismes produisent naturellement des tensioactifs, il est possible de produire des biosurfactants sans avoir recours à des modifications génétiques. Or, le critère OGM-free est particulièrement apprécié par les consommateurs.

L’utilisation de micro-organismes offre également la possibilité de moduler les voies métaboliques pour ajuster les propriétés des biosurfactants en cosmétique.

Enfin la voie microbienne est également considérée car elle pourrait permettre de valoriser des co-produits et/ou déchets biologiques issues d’industries en les utilisant comme source de carbone pour les microorganismes.

Il est cependant important de souligner que ce mode de production n’a pas encore été proposé à l’échelle industrielle, bien que certains acteurs majeurs s’y intéressent. Unilever a par exemple lancé en 2019 un liquide vaisselle contenant des rhamnolipides – biosurfactants produits par des bactéries.

Surfactants en cosmétique : la voie 100% végétale pour du 100% naturel ?

Une évolution des surfactants biosourcés pourrait également être la possibilité d’extraire les surfactants naturellement présents dans certaines plantes (aucune étape de transformation chimique). Par exemple, les graines de soja sont riches en lécithine, un co-produit largement utilisé dans les cosmétiques. Ainsi,  cette approche permettrait de combiner « 100% naturel » et « développement durable ». Ce type de biosurfactants répondrait à un besoin de naturalité complet, mais doit, au-delà de performances acceptables, être produit à des coûts raisonnables.

Au-delà de ces deux défis s’ajoutent un autre défi environnemental. En effet, si la plante d’intérêt est cultivée loin de l’usine d’extraction, il y a un risque non négligeable que l’empreinte carbone soit importante. De plus, les plantes sont des organismes complexes avec une variabilité importante, ce qui a tendance à se traduire au niveau de la qualité et de la quantité des surfactants produits et à avoir un impact sur la purification, les quantités produites,…

En développant les tensioactifs biosourcées, l’industrie des surfactants en cosmétique s’est engagée vers un futur plus vert. Les biosurfactants apparaissent alors comme la deuxième étape de ce virage écologique. Cependant, leur potentiel est encore limité par leur prix élevé et l’impact environnemental difficile à maîtriser de bout en bout. Tant que ces points bloquants ne seront pas levés pour les biosurfactants, les deux approches seront amenées à coexister avec une prédominance pour l’approche avec les tensioactifs biosourcés. Vous souhaitez explorer le monde des biosurfactants ou des produits de substitution naturels ? Alcimed est là pour vous accompagner !


A propos de l’auteur, 

Ardem, Responsable de Mission dans l’équipe Cosmétique d’Alcimed en France

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