Les SATT : un modèle de transfert de technologie unique en Europe
Depuis leur création, les 13 Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies agissent dans le but de professionnaliser et d’industrialiser le transfert de technologies entre la recherche académique et le secteur privé, chacune opérant dans une zone géographique qui lui est propre.
Leurs principales activités consistent à assurer la détection, la maturation des technologies, la protection et la valorisation des résultats scientifiques. Cela peut s’inscrire dans le cadre de licensing auprès des industriels et de la création de start-ups. Il s’agit d’un modèle unique en Europe puisque les TTO (Technology Transfer Offices) sont généralement rattachés à une seule université ou à un seul institut public. A l’inverse, les SATT sont des sociétés privées qui ont été créées en ayant une logique territoriale regroupant plusieurs organismes publics et permettant de mutualiser les moyens et l’impact de leurs actions. Par ailleurs, le financement des SATT par l’État est aussi un modèle unique. Jusqu’à présent, le financement des SATT se faisait au travers des PIA, gérés par Bpifrance et qui garantissaient aux SATT des dotations importantes, à hauteur de 1 Md€ en cumulé depuis leur création.
Selon une étude réalisée par le cabinet ADIT, depuis 2012, les SATT montrent des chiffres encourageants puisqu’en cumul elles comptabilisent plus de 4 300 brevets déposés, le transfert de plus de 2 000 technologies et la création de plus de 900 startups qui atteignent une valorisation totale de 4 Md€. Elles se positionnent d’ailleurs parmi les meilleures organisations de transfert de technologies dans la transformation des portefeuilles de brevets en création de startups (2,35 % en 2023), avec des performances comparables à l’Imperial College et supérieures à celles de Stanford (1,1 % en 2023) ou du MIT (0,6 % en 2023). Pour amener une comparaison pertinente, l’aspect qualitatif mériterait d’être regardé au-delà de ces chiffres.
Ainsi, de tels écarts avec des terreaux académiques de niveau mondial comme Stanford ou le MIT ainsi que l’unicité du modèle des SATT dans le monde peut amener des questionnements sur la sélectivité des projets et la performance réelle du modèle.
En 2025, le basculement du financement, des PIA vers la Loi de Programmation de la Recherche, soulève de nombreuses questions, principalement après l’annonce d’un budget de 80 M€ revu à la baisse à hauteur de 45 M€ dans l’amendement de la Loi de Programmation de la Recherche déposé en octobre 2024.
Un bilan en demi-teinte depuis leur création
Même si elles se positionnent parmi les meilleures organisations de transfert de technologie, le modèle économique des Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies affiche pour le moment des limites.
Ce modèle économique se base sur un partage des revenus générés par l’exploitation des résultats de la recherche entre les SATT et les établissements ainsi que des redevances payées par les startups créées. La trajectoire économique est positive, avec des revenus de licences en croissance de 22 % par an entre 2016 et 2023 (rapport ADIT). De plus, en 2024, les SATT ont atteint un taux de couverture des dépenses totales par leur recettes propres (revenus hors PIA) de 50 %, dépassant l’objectif cible qui était de 39 %. Cet indicateur montre que pour le moment les revenus générés restent faibles et ne permettent ni l’autofinancement des SATT, ni le retour sur investissement des montants publics alloués via les PIA, « garants » du modèle économique actuel. Par ailleurs, une partie des recettes potentielles réside dans l’investissement direct au capital des startups créées qui pourront ensuite générer du revenu à la revente. Le cycle long des startups deeptech retarde ces revenus et le modèle économique n’a pas encore atteint sa pleine maturité.
On peut logiquement poser la question de l’impact du rôle des SATT qui peut être vu sous un autre prisme que celui de son modèle financier propre, comme son rôle dans l’attractivité de la R&D académique française, sa valorisation, l’émergence de technologies s’inscrivant dans une logique de compétitivité et de souveraineté mais une telle réflexion manque aujourd’hui pour disposer des bonnes clés de lecture.
De plus, on observe également de grandes disparités entre les SATT ne reflétant pas les mêmes perspectives que l’analyse macroscopique. Si certaines SATT atteignent des niveaux d’autofinancement partiel et sont les plus actives (Conectus, AxLr, Paris Saclay, Linksium), d’autres semblent, sur ce prisme, plus en difficulté et ont même été conduites à disparaitre ( la SATT Grand Centre). La répartition par zone géographique des SATT est un des facteurs expliquant notamment cette disparité. Quelles sont les autres sources de disparités ? Existe-t-il un modèle de fonctionnement d’une des SATT « référence » sur lequel les autres pourraient se baser ?
Le changement de financement des PIA vers la Loi de Programmation de la Recherche et la réduction budgétaire de 80 M€ à 45 M€ en 2025 a ainsi eu des conséquences immédiates telles que le gel des BFT Lab, la réduction du nombre de projets accompagnés et des financements alloués et demande de poser un nouveau cap stratégique aux structures
Les implications liées au changement de financement des PIA vers la Loi de Programmation de la Recherche
A la suite du changement de financement des Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies et de la réduction du budget qui y est liée, le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a appelé à redéfinir la gouvernance des SATT, laissant trois mois aux acteurs pour faire des suggestions. Le ministre souhaite en effet redéfinir le rôle de l’État en matière de financement et laisser la main aux acteurs territoriaux. Même si l’État continuera de financer les activités essentielles, notamment les activités de maturation, les SATT devront diversifier leurs sources de financement avec pour objectif de réduire leurs coûts de structure, jugés trop importants. Vers quelles sources de financement se tourner ? Les SATT doivent-elles se réorganiser ? Quelles évolutions pour parfaitement s’intégrer dans l’écosystème innovation (PUI, IRT, ITE) ? Les mouvements sont en cours et intéressants à regarder.
Pour la directrice deeptech de Bpifrance, Pascale Riberon, le modèle de financement des SATT n’est pas encore défini, le budget de 45 M€ prévu pour les trois prochaines années ne constitue qu’une phase transitoire : « C’est aux acteurs académiques de déterminer la manière dont ils souhaitent faire évoluer les choses. Dans les conseils d’administration, les actionnaires académiques ne sont pas à l’aise pour mobiliser des moyens pour financer leur Satt. ». L’ensemble des SATT doit donc redéfinir leur gouvernance et leur modèle de financement avec une implication renforcée des systèmes d’innovation locaux et une intégration au sein des PUI.
Ainsi, le Réseau SATT a axé sa feuille de route de 2025 autour de 5 axes : le nouvel ancrage au sein du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, l’intégration des SATT auprès de l’écosystème de l’innovation (dont l’ancrage local au sein des PUI), l’expérimentation de l’ouverture de l’activité du Réseau SATT aux SATE (les 5 SATT expérimentales), l’accompagnement des SATT dirigées par un nouveau président et la continuité dans l’action collective.
Les Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies vont donc devoir faire face à des évolutions importantes, en termes de gouvernance et de modèle de financement, pour lesquelles l’année 2025 sera une année charnière.
Depuis 2012, les SATT, financées par l’État au travers des PIA se positionne parmi les organismes de transfert de technologie clés de l’écosystème français. Avec plus de 4 300 brevets déposés, le transfert de plus de 2 000 technologies, la création de plus de 900 startups et des revenus de licences en croissance de 22 % par an depuis 2016, les SATT dépendent, toutefois encore largement des financements de l’État. De plus, des disparités subsistent entre elles, en partie liées à leur répartition géographique.
Le passage en 2025 du financement par les PIA à la Loi de Programmation de la Recherche amène les SATT à repenser leurs modèles de financement, leur gouvernance et leur positionnement, sous l’impulsion des demandes du ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Vers quelles sources de financement se tourner ? Quelles réorganisations opérer ? Alcimed est prêt à vous accompagner sur ces sujets et ces transformations. N’hésitez pas à contacter notre équipe !
A NOTER que depuis la rédaction de notre article, le gouvernement a validé une enveloppe à destination des SATT de 50,5 M€ sur trois ans du fonds national de valorisation.
À propos de l’auteur,
Pierre, Consultant au sein de l’équipe Innovation et Politiques Publiques en France.