Santé

COVID-Long : vers une accélération de la maladie d’Alzheimer ?

Publié le 10 avril 2026 Lecture 25 min

Actuellement, l’OMS recense près de 780 millions de cas de COVID-19, avec un taux de mortalité de 1%. Longtemps ignorés, les patients atteints de COVID-Long représenteraient 6 à 10% de la population mondiale atteinte de COVID-19. Aujourd’hui, des liens émergent entre COVID-Long et accélération du développement de la maladie d’Alzheimer1Popa E, Popa A, et al. The molecular mechanisms of cognitive dysfunction in Long COVID: a narrative review. Int J Mol Sci. 2025;26(5):5102. doi:10.3390/ijms26051022Panagea E, Messinis L, Petri MC, Liampas I, Anyfantis E, Nasios G, Patrikelis P, Kosmidis M. Neurocognitive impairment in long COVID: a systematic review. Arch Clin Neuropsychol. 2025;40(1):125-149. doi:10.1093/arclin/acae042. Alors que le consortium « Alzheimer Europe » anticipe une hausse de 58% des cas d’Alzheimer d’ici 2050, ce chiffre risque d’être sous-estimé. Ne serions-nous pas à l’aube d’une nouvelle crise de santé publique face à la recrudescence des cas d’Alzheimer ? Pourrons-nous contrer efficacement ce vieillissement cérébral accéléré ?

Dans cet article, Alcimed explore la relation entre COVID-Long et Alzheimer, pour identifier les défis auxquels doivent répondre les industries pharmaceutiques.

COVID-Long : une série de symptômes de plus en plus reconnus par les experts

Initialement contestée par les médecins ou les chercheurs, la notion de COVID-Long émane des patients dès 2020. La même année, l’OMS caractérise le COVID-Long comme une série de symptômes (fatigue, dyspnée, etc.) survenant dans les trois mois suivant une infection à la COVID-19, et persistant au moins deux mois1Panagea E, Messinis L, Petri MC, Liampas I, Anyfantis E, Nasios G, Patrikelis P, Kosmidis M. Neurocognitive impairment in long COVID: a systematic review. Arch Clin Neuropsychol. 2025;40(1):125-149. doi:10.1093/arclin/acae042. Aujourd’hui, le COVID-Long est mieux reconnu par les experts et les autorités de santé, grâce aux progrès scientifiques et à la mobilisation des associations de patients.

Ainsi, près de 45.000 études mentionnent le terme de COVID-Long. Néanmoins, son origine reste à élucider bien que l’existence d’un réservoir viral ou d’une inflammation chronique soient suspectées.

COVID-Long et accélération du développement de la maladie d’Alzheimer

Dès 2020, des observations neurologiques et moléculaires suggèrent une progression accélérée de la maladie d’Alzheimer chez les patients atteints de formes sévères ou prolongées de COVID-192Popa E, Popa A, et al. The molecular mechanisms of cognitive dysfunction in Long COVID: a narrative review. Int J Mol Sci. 2025;26(5):5102. doi:10.3390/ijms26051023Arbula S, Pisanu E, Bellavita G, Menichelli A, Lunardelli A, Furlanis G, et al. Insights into attention and memory difficulties in post-COVID syndrome using standardized neuropsychological tests and experimental cognitive tasks. Sci Rep. 2024;14:4405. doi:10.1038/s41598-024-54613-9.

Des troubles cognitifs caractéristiques d’Alzheimer

Des tests neuropsychologiques révèlent, après une COVID-19, des troubles cognitifs similaires à ceux de la maladie d’Alzheimer (attention, mémoire, langage, dépression)4Popa E, Popa A, et al. The molecular mechanisms of cognitive dysfunction in Long COVID: a narrative review. Int J Mol Sci. 2025;26(5):5102. doi:10.3390/ijms26051025Arbula S, Pisanu E, Bellavita G, Menichelli A, Lunardelli A, Furlanis G, et al. Insights into attention and memory difficulties in post-COVID syndrome using standardized neuropsychological tests and experimental cognitive tasks. Sci Rep. 2024;14:4405. doi:10.1038/s41598-024-54613-9. Une amélioration cognitive est observable au cours de la COVID-19, mais reste difficile à quantifier, en raison de l’hétérogénéité des évaluations et du suivi neurologique du patient, l’inclusion de témoins etc.6Panagea E, Messinis L, Petri MC, Liampas I, Anyfantis E, Nasios G, Patrikelis P, Kosmidis M. Neurocognitive impairment in long COVID: a systematic review. Arch Clin Neuropsychol. 2025;40(1):125-149. doi:10.1093/arclin/acae0427Ollila H, Tiainen M, Pihlaja R, Koskinen S, Tuulio-Henriksson A, Salmela V, et al. Subjective cognitive, psychiatric, and fatigue symptoms two years after COVID-19: A prospective longitudinal cohort study. Brain Behav Immun Health. 2025; 45:100980. doi:10.1016/j.bbih.2025.1009808Becker JH, Li J, Lin JJ, Federman A, Bagiella E, Kale MS, Fierer D, Bartram L, Wisnivesky JP. Neurocognitive trajectories in long COVID: Evidence from longitudinal analyses. Brain Behav Immun Health. 2025; 19:101093. doi:10.1016/j.bbih.2025.101093. Ces troubles persistent de quelques mois à plusieurs chez 25% des patients COVID-Long9Popa E, Popa A, et al. The molecular mechanisms of cognitive dysfunction in Long COVID: a narrative review. Int J Mol Sci. 2025;26(5):5102. doi:10.3390/ijms260510210Matveeva A, Kiselev I, Baulina D, Semina E, Kakotkin A, Agapov A, et al. Shared genetic architecture of COVID-19 and Alzheimer’s disease. Biochem Biophys Res Commun. 2023;683:149088. doi:10.1016/j.bbrc.2023.149088. Chez les patients déjà atteints de démence, la COVID-19 multiplie par cinq le risque de mortalité.

L’inflammation chronique accentue le développement d’Alzheimer

La neuroinflammation constitue l’un des mécanismes clés de l’Alzheimer qui se caractérise par des dépôts de plaques amyloïdes (Aβ) et de protéines Tau. D’autres phénomènes comme le stress oxydatif, la rupture de la barrière hémato-encéphalique (BHE) participent à cette dynamique pathologique interconnectée11Institut du Cerveau. Quels sont les mécanismes biologiques de la maladie d’Alzheimer ? Paris : ICM ; 2026 [cité 23 fév 2026]. Disponible sur : https://institutducerveau.org/fiches-maladies/maladie-dalzheimer/mecanismes-biologiques-maladie-dalzheimer#mc3a9canismes-696012Fekete M, Lehoczki A, Toth A, Ungvari Z, Csiszar A. Cerebromicrovascular mechanisms contributing to long COVID: implications for neurocognitive health. Geroscience. 2025. doi:10.1007/s11357-024-01407-2. PMID: 39777702.

Des études révèlent des mécanismes similaires entre l’atteinte cérébrale due au SARS-CoV-2 et ceux impliqués dans l’Alzheimer. L’infection virale déclenche initialement une tempête cytokinique à l’origine d’une inflammation systémique altérant l’intégrité de la barrière hémato-encéphalique. Le système nerveux s’expose alors à l’inflammation périphérique et au virus, favorisant un environnement neuroinflammatoire et un stress oxydatif propices à l’accumulation des plaques Aβ et de Tau. A terme, ces processus potentialiseraient et accéléreraient la cascade neurodégénérative notamment chez les patients COVID-Long13Popa E, Popa A, et al. The molecular mechanisms of cognitive dysfunction in Long COVID: a narrative review. Int J Mol Sci. 2025;26(5):5102. doi:10.3390/ijms260510214Institut du Cerveau. Quels sont les mécanismes biologiques de la maladie d’Alzheimer ? Paris : ICM ; 2026 [cité 23 fév 2026]. Disponible sur : https://institutducerveau.org/fiches-maladies/maladie-dalzheimer/mecanismes-biologiques-maladie-dalzheimer#mc3a9canismes-6960.

Des facteurs génétiques aggravants

En confrontant 250 études, 46 gènes sont susceptibles d’influencer l’infection SARS-CoV-2 et le développement d’Alzheimer. Ils interviennent dans les fonctions cérébrales et les réponses immuno-inflammatoires. Parmi eux, les gènes ε4 de l’apolipoprotéine E (APOE4) et HLA-DRB1*04:01 ont été identifiés15Ollila H, Tiainen M, Pihlaja R, Koskinen S, Tuulio-Henriksson A, Salmela V, et al. Subjective cognitive, psychiatric, and fatigue symptoms two years after COVID-19: A prospective longitudinal cohort study. Brain Behav Immun Health. 2025; 45:100980. doi:10.1016/j.bbih.2025.100980.

Bien que controversé, l’APOE4 accroît la neuroinflammation, perturbe le développement cérébral, multiplie par 14 le risque d’Alzheimer et double le risque de COVID-19. APOE4 s’exprimerait chez 30% des patients COVID-Long ayant un trouble cognitif contre 16% sans déclin.

Le HLA-DRB1*04:01 est un complexe majeur d’histocompatibilité de classe II, chargé de présenter les antigènes à la surface cellulaire initiant une réponse immunitaire adaptative. Il pourrait aggraver la COVID-19 mais protéger contre l’Alzheimer en présentant la version de Tau susceptible de s’agréger.

Ces associations illustrent l’importance d’élucider les interactions entre gènes, infection et Alzheimer pour concevoir de nouvelles thérapies.

COVID-Long et Alzheimer : de nouveaux défis à relever pour les industries pharmaceutiques

Défi n°1 : Développer des outils de diagnostic et de prédiction robustes pour le COVID-Long

Contrairement à la maladie d’Alzheimer, aucun outil de diagnostic fiable n’existe pour le COVID-Long. Selon la HAS, le diagnostic du COVID-Long repose sur un examen clinique (somatique et psychique) et l’exclusion d’autres causes potentielles, comme l’insuffisance cardiaque. Toute la complexité du diagnostic repose sur l’absence de marqueur spécifique et la diversité des atteintes chez les patients. En effet, dans les protocoles d’étude, les critères d’inclusion des patients, comme les tests neurologiques et les antécédents de COVID-19, varient selon les cohortes, rendant difficile l’établissement d’un lien avec Alzheimer16Arbula S, Pisanu E, Bellavita G, Menichelli A, Lunardelli A, Furlanis G, et al. Insights into attention and memory difficulties in post-COVID syndrome using standardized neuropsychological tests and experimental cognitive tasks. Sci Rep. 2024;14:4405. doi:10.1038/s41598-024-54613-9.

Le diagnostic pourrait s’appuyer sur l’imagerie haute résolution, l’usage de biomarqueurs vasculaires, neuroendocriniens ou de stress oxydatif. Aujourd’hui, ces outils permettent d’évaluer le niveau d’inflammation ou les lésions sur les organes (ex : poumons)17Popa E, Popa A, et al. The molecular mechanisms of cognitive dysfunction in Long COVID: a narrative review. Int J Mol Sci. 2025;26(5):5102. doi:10.3390/ijms2605102. En les corrélant davantage avec l’évolution clinique du patient, et en les couplant avec l’analyse génétique, encore sous-exploitées, cela pourrait prédire l’évolution à long terme du COVID-Long, notamment sur les risques de développer des troubles cognitifs et d’accélérer le développement de la maladie d’Alzheimer18Ollila H, Tiainen M, Pihlaja R, Koskinen S, Tuulio-Henriksson A, Salmela V, et al. Subjective cognitive, psychiatric, and fatigue symptoms two years after COVID-19: A prospective longitudinal cohort study. Brain Behav Immun Health. 2025; 45:100980. doi:10.1016/j.bbih.2025.100980.

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Développer des diagnostics spécifiques au COVID-Long permettra de mieux comprendre le lien avec la maladie d’Alzheimer et de déployer des thérapies innovantes afin d’assurer la prise en charge des patients et freiner la neurodégénérescence.

Défi n°2 : Développer des cibles thérapeutiques pour le COVID-Long

Aujourd’hui le traitement du COVID-Long est essentiellement symptomatique, fondé sur la rééducation physique, les anti-inflammatoires étant accessoires. Pourtant, la synergie entre l’infection SARS-CoV-2, une réponse immunitaire excessive et les prédispositions génétiques aggrave la neuroinflammation, et accélère ainsi l’évolution vers la maladie d’Alzheimer19Matveeva A, Kiselev I, Baulina D, Semina E, Kakotkin A, Agapov A, et al. Shared genetic architecture of COVID-19 and Alzheimer’s disease. Biochem Biophys Res Commun. 2023;683:149088. doi:10.1016/j.bbrc.2023.149088.

Naturellement, les thérapies en développement intègrent une composante immunomodulatrice via des médicaments anti-inflammatoires (colchicine, méthylprednisolone). La nutraceutique, comme l’acide ascorbique aux propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes, est une alternative testée20Popa E, Popa A, et al. The molecular mechanisms of cognitive dysfunction in Long COVID: a narrative review. Int J Mol Sci. 2025;26(5):5102. doi:10.3390/ijms2605102.

L’usage de cocktails de petits ARN interférents, certains administrés par spray nasal, est étudié pour prévenir et traiter la COVID-19. D’autres, étudiés dans la maladie d’Alzheimer, pourraient bénéficier aux patients COVID-Long. L’hypothèse d’un réservoir viral à l’origine du COVID-Long, pourrait inspirer une stratégie venant du VIH, dite « Shock and Kill », visant à éliminer le SARS-CoV-2 latent potentiellement impliqué dans l’inflammation chronique.

Approfondir les connaissances du COVID-Long sera essentiel pour développer des traitements ciblant l’inflammation susceptible d’accélérer la maladie d’Alzheimer.

Dans les prochaines années, les patients COVID-Long risquent d’alourdir le nombre de patients Alzheimer. Le progrès des connaissances et le développement de thérapies innovantes reposent avant tout sur un diagnostic fiable, garant d’un dépistage et d’une prise en charge précoces.

Alcimed peut vous aider à explorer ces aires thérapeutiques ou trouver le partenaire idéal pour contribuer aux innovations de demain, face à ce qui pourrait devenir la prochaine crise de santé publique. N’hésitez pas à contacter notre équipe !


À propos des auteurs,

Stacy, Consultante au sein de l’équipe Santé d’Alcimed à Paris

Martin, Chef de projet au sein de l’équipe Santé d’Alcimed à Paris.

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