Enjeu n°1 : Préserver et conserver la ressource en eau
La France, comme de nombreux pays européens, n’est plus à l’abri du stress hydrique. En 2023, 93 départements ont été concernés par au moins une alerte sécheresse incluant des restrictions d’usage. Dans ce contexte, la sobriété dans les usages devient un impératif, tant pour les collectivités que pour les citoyens.
Les collectivités multiplient donc les initiatives pour maîtriser leur propre consommation : arrosage intelligent, optimisation des équipements, ou encore campagnes de sensibilisation. Certaines vont plus loin en impliquant directement les habitants, comme Toulouse Métropole, qui distribue des économiseurs d’eau et applique des tarifs saisonniers incitatifs pour limiter la surconsommation estivale.
Cependant, les pertes liées à la vétusté des infrastructures restent considérables : le taux moyen de fuite dans les réseaux de distribution atteint 20 % en France. Dans les bâtiments, les fuites sont également fréquentes, bien que les capteurs intelligents permettent aujourd’hui une détection plus rapide. Les travaux de réparation, cependant, restent coûteux et contraignants.
La modernisation des réseaux constitue ainsi un axe prioritaire. Elle nécessite un soutien accru à l’innovation dans la détection et la rénovation des fuites, ainsi qu’une mobilisation des financements à l’échelle locale.
Enjeu n°2 : Diversifier la ressource en eau grâce aux eaux « non conventionnelles »
Au-delà de la réduction des consommations, la diversification des ressources devient un enjeu stratégique pour sécuriser les usages en période de tension. Cela passe par l’intégration des eaux dites « non conventionnelles » : eaux pluviales, eaux grises, ou encore eaux usées traitées.
Les eaux pluviales sont de plus en plus gérées à la parcelle, conformément aux obligations réglementaires, et intégrées dès la conception dans les projets urbains. En revanche, la réutilisation des eaux usées traitées, bien que prometteuse, reste encore marginale. Elle se développe surtout à proximité des stations d’épuration, mais se heurte à plusieurs freins : complexité logistique, coûts élevés et cadre réglementaire encore restrictif.
En ce qui concerne la réutilisation des eaux grises, l’évolution du cadre réglementaire datant de juillet 2024 ouvre de nouvelles opportunités pour le développement de projets de valorisation des eaux grises. Certains usages, tels que l’arrosage ou l’alimentation des sanitaires, sont désormais autorisés si certains seuils de qualité sont atteints. Ainsi, la réglementation ne constitue plus un frein majeur. Dans l’habitat existant, la mise en œuvre de systèmes de réutilisation des eaux grises s’accompagnerait de travaux importants pour intégrer des doubles réseaux, ce qui limite donc le développement de cette pratique. En revanche, les programmes immobiliers neufs commencent à intégrer de tels systèmes de récupération et traitement des eaux grises permettant d’alimenter certains usages (sanitaires, arrosage). Toutefois, les modèles de financement de tels systèmes restent à définir, du fait du faible prix de l’eau économisée comparé aux prix des systèmes de traitement.
Ainsi, à l’exception de la récupération des eaux pluviales, l’utilisation des eaux non conventionnelles demeure en phase expérimentale dans la majorité des villes françaises. Sa généralisation suppose un accompagnement technique et des modèles économiques adaptés.
Enjeu n°3 : S’adapter face au risque climatique
Enfin, les villes doivent désormais faire face à une double pression climatique : des épisodes de précipitations extrêmes de plus en plus fréquents, et des périodes prolongées de sécheresse qui fragilisent les sols et les bâtiments.
L’imperméabilisation des sols, longtemps privilégiée dans l’aménagement urbain, aggrave aujourd’hui les risques d’inondation et de pollution. En parallèle, les sécheresses répétées entraînent des mouvements de sol, notamment le phénomène de retrait-gonflement des argiles, à l’origine de fissures dans les bâtiments. En 2022, les indemnisations pour ces deux risques naturels se sont élevées à 14,4 Md€ pour les inondations et 12 Md€ pour le retrait-gonflement.
Le risque d’inondation concerne désormais 64 % du territoire français. De fait, de plus en plus d’assureurs décident de se retirer de certaines zones où le risque est trop élevé. Les enjeux de protection en amont dans ces zones est donc d’autant plus fort, même si les initiatives restent limitées autour de l’endiguement, désimperméabilisation. Certains comme la ville d’Angers développent des jumeaux numériques de leur ville pour avoir une vision complète du risque inondation, permettant de faire des simulations de tous les scénarios de crues possibles et voir les zones exposées et faire les aménagements en conséquence.
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De même, le phénomène de retrait-gonflement des argiles constitue aujourd’hui une menace forte pour le bâti. Lors des périodes sèches, les sols argileux se rétractent, puis gonflent à nouveau à la première pluie. Ces mouvements provoquent des fissures structurelles dans les bâtiments, surtout dans les zones périurbaines construites sur d’anciennes terres agricoles. Certaines solutions sont en cours d’étude, pour notamment arriver à maintenir l’humidité du sol au même niveau sur la plus longue durée.
Enfin, les vagues de chaleur amplifient les tensions sur la ressource en eau tout en générant un besoin accru de confort thermique. Face à cela, les villes mettent en place des dispositifs d’adaptation tels que des îlots de fraîcheur, des parcours ombragés, des brumisateurs, ainsi que des stratégies de végétalisation et de réduction de l’albédo urbain pour améliorer la résilience des quartiers
Ainsi, si la compréhension des différents risques climatiques progresse, les moyens d’agir restent inégalement répartis selon le risque. Le dérangement progressif des assureurs sur certaines zones pousse à inventer de nouveaux modèles de prévention et d’assurance.
Si de nombreuses pratiques de gestion de l’eau sont aujourd’hui testées avec succès dans des projets pilotes, leur déploiement à grande échelle reste donc freiné par des obstacles techniques, économiques ou réglementaires.
Les solutions les plus matures, comme la réduction des fuites ou la désimperméabilisation, peinent–elles aussi à se généraliser faute de financements pérennes, en particulier pour les acteurs privés, qui ne peuvent pas toujours répercuter les coûts sur les charges locatives.
Enfin, face au retrait progressif des assureurs dans les zones à risque, de nouveaux modèles de couverture apparaissent, comme les assurances paramétriques, incitant les acteurs privés à anticiper davantage les risques et à investir dans des mesures préventives.
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À propos de l’auteur,
Charles, Consultant au sein de l’équipe Énergie Environnement Mobilité d’Alcimed en France.