Levier n°1 : les autorités réglementaires obligent l’adoption de nouvelles pratiques d’agriculture durable
L’un des leviers ayant le plus d’impact est sûrement le levier réglementaire. Ce levier est universel est ne se limite pas uniquement au secteur de l’agriculture. Un soutien solide de la part des pouvoirs publics contribue à lever les obstacles et à l’adoption de ces méthodes. Les réglementations peuvent imposer des changements, obligeant les acteurs du secteur à adopter de nouvelles méthodes.
Par exemple, l’interdiction des antibiotiques comme promoteurs de croissance dans l’Union européenne depuis 2006 a conduit les éleveurs à rechercher des alternatives, telles que les additifs alimentaires (probiotiques, enzymes, acides organiques) pour maintenir la santé animale et la productivité.
De façon plus globale dans l’Union Européenne, la Politique Agricole Commune (PAC)illustre la puissance de ce levier réglementaire. Initiée dès 1958, la PAC a connu de nombreuses évolutions avec en 2003 l’introduction de la conditionnalité du versement des aides aux agriculteurs au respect de critères environnementaux ou des conditions de bien-être animal. Ce principe de conditionnalité a été renforcé dans la réforme de 2023-2027. Le versement des aides est conditionné au respect des règles relatives aux Exigences Réglementaires en Matière de Gestion (ERMG) et aux Bonnes Conditions Agricoles et Environnementales (BCAE) : rotation des cultures, couverture des sols, protection des zones humides et tourbières, bandes enherbées le long des cours d’eau, etc. Ces obligations sont désormais suivies grâce au système 3STR (Suivi des Surfaces en Temps Réel) basé notamment sur l’imagerie satellite, permettant un contrôle continu et équitable.
Un autre aspect structurant est le dynamisme propre à la PAC, qui est réformée environ tous les 7 ans. Chaque cycle de programmation introduit de nouvelles priorités (environnement, climat, bien-être animal, emploi rural, etc.), obligeant les agriculteurs à réadapter régulièrement leurs pratiques. Cette évolution continue crée un effet de transformation progressive, où les exploitations doivent anticiper les futures orientations politiques et réglementaires. Ce qui représente bien entendu un vrai enjeu !
Ce levier réglementaire s’accompagne souvent d’une période de latence pour permettre aux acteurs de s’adapter progressivement avant que le dispositif réglementaire n’entre en vigueur. L’introduction de nouvelles réglementations doit donc être accompagnée de mesures de soutien afin de faciliter cette transition. Entre 2018 et 2023, l’État français a engagé 6,7 milliards d’euros pour soutenir l’innovation en agriculture, notamment à travers des crédits d’impôt et des aides à l’investissement. Ainsi, un accompagnement global des exploitants et des éleveurs s’avère essentiel, et les acteurs du conseil jouent un rôle primordial dans cette démarche.
Levier n°2 : l’adoption de l’agriculture durable par les consommateurs et les enseignes de grande distribution
Toutes les innovations ne découlent pas nécessairement d’une impulsion réglementaire. Dans de nombreux cas, ce sont les consommateurs eux-mêmes, suivis des distributeurs, qui impulsent le changement. En demandant plus de transparence, d’éthique et de durabilité, ils incitent les producteurs à adopter des pratiques plus vertueuses. Ce levier est particulièrement visible dans les pays développés, où les consommateurs sont davantage sensibilisés aux enjeux de l’alimentation durable. Par exemple, 72 % des consommateurs américains et européens affirment qu’ils tiennent compte de critères environnementaux ou éthiques dans leurs décisions d’achatsalimentaires.
En France, la transition vers des élevages de poules pondeuses hors cages illustre bien cette dynamique. Sans qu’aucune réglementation ne l’impose, les enseignes de grande distribution (GMS) ont progressivement cessé de commercialiser des œufs issus d’élevages en cage. C’est ainsi qu’Intermarché a commencé à retirer progressivement les œufs de poules en cage dès 2017, pour en arrêter définitivement la vente depuis janvier 2025. Résultat : en 2023, 8 œufs sur 10 achetés en magasin en France provenaient d’élevages alternatifs, et les ventes d’œufs issus de poules en cage ont chuté de -15,6 %, alors même que la consommation globale d’œufs a progressé de +3 % la même année. Cette transformation a poussé les producteurs à s’adapter à adopter des pratiques d’élevage alternatives (œufs plein air, bio, label rouge ainsi que les œufs issus de poules élevées au sol).
Autre exemple d’innovation adoptée sans cadre réglementaire strict : l’utilisation de la blockchain dans l’agroalimentaire. Face à la demande croissante de transparence et de traçabilité, plusieurs grandes marques ont intégré cette technologie pour rassurer leurs clients. Dans le monde, 71 % des consommateurs se disent prêt à payer plus pour un produit transparent sur son origine et sa composition. Nestlé, par exemple, utilise la plateforme IBM Food Trust pour sa marque de café Zoégas. En scannant un simple QR code, les consommateurs peuvent retracer l’origine du café, de la ferme au produit fini. Ce type d’initiative, qui était initialement une démarche marketing pour répondre à une nouvelle demande des consommateurs, devient progressivement un nouveau standard attendu, ouvrant ainsi la voie à une adoption plus large des technologies de blockchain en agriculture.
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Levier n°3 : l’adoption de l’agriculture innovante et durable par les agriculteurs en raison d’un gain économique perçu ou démontré
Dans certains cas, l’adoption d’une innovation se fait naturellement, sans pression externe. Lorsqu’elle permet une réduction des coûts ou une amélioration de la productivité, les acteurs du secteur agricole se montrent souvent plus enclins à s’équiper ou à faire évoluer leurs pratiques. Ce levier repose sur une logique de rentabilité. C’est notamment le cas de l’élevage de précision, une innovation du secteur agricole qui connaît une montée en puissance dans les élevages du monde entier. En combinant capteurs, objets connectés et intelligence artificielle, cette approche permet une gestion individualisée des animaux, une optimisation de leur alimentation et une surveillance en temps réel de leur état de santé. C’est pour cette raison que la vache est appelée l’animal le plus connectée du monde.
Parmi ces technologies d’élevage de précision, nous retrouvons des technologies de rationnement automatique adaptant les apports nutritionnels aux besoins spécifiques de chaque animal. Cette alimentation de précision, en réduisant le gaspillage et en améliorant les performances animales, se traduit par un gain économique direct pour l’éleveur. Certaines solutions disponibles sur le marché illustrent bien cette dynamique, comme la technologie Triomatic commercialisée par l’entreprise Trioliet qui correspond à un système de distribution automatisée qui ajustent les rations en fonction du poids et de l’état de santé de l’animal.
Si ces trois leviers peuvent agir indépendamment, ils sont le plus souvent interconnectés et complémentaires. Une innovation peut d’abord émerger sous contrainte réglementaire, puis être accélérée par un soutien consommateur et pérennisée par son intérêt économique. À l’inverse, une innovation rentable peut susciter une demande croissante, jusqu’à devenir une obligation réglementaire. C’est l’interaction de ces dynamiques qui permet une adoption à grande échelle. Avec l’implication croissante des parties prenantes et un financement de plus en plus orienté vers la durabilité et l’innovation en agriculture, les pratiques agricoles sont appelées à évoluer fortement dans les années à venir. L’équipe d’Alcimed peut vous soutenir dans l’identification et l’activation des bons leviers pour favoriser l’adoption de votre technologie innovante. N’hésitez pas à contacter notre équipe !
À propos de l’auteur,
Matthieu, Consultant Senior au sein de l’équipe Santé d’Alcimed en France.