Santé

L’impact de la pollution de l’air sur les maladies neurodégénératives : un problème croissant de santé publique

Publié le 08 décembre 2025 Lecture 25 min

Les maladies neurodégénératives, dont la maladie d’Alzheimer (MA), la maladie de Parkinson (MP) et la démence à corps de Lewy (DCL), sont de plus en plus répandues et représentent un enjeu majeur de santé publique mondiale. En 2021, environ 57 millions de personnes dans le monde vivaient avec une démence, la MA représentant 60 à 70 % de ces cas, et il y a environ 10 millions de nouveaux cas de démence chaque année dans le monde. La DCL, bien que moins connue, est la deuxième forme la plus courante de démence, touchant entre 15 % et 30 % des patients atteints de démence. Des recherches récentes suggèrent que des facteurs environnementaux, en particulier la pollution de l’air, pourraient jouer un rôle significatif dans l’apparition et la progression de ces troubles. Dans cet article, Alcimed explore ce lien entre la pollution de l’air et les maladies neurodégénératives, en mettant particulièrement l’accent sur la démence à corps de Lewy, et souligne pourquoi la prévention est cruciale.

Le lien entre la pollution de l’air et les maladies neurodégénératives

Comment la pollution de l’air affecte-t-elle la santé cérébrale en général ?

Des études récentes ont établi un lien convaincant entre l’exposition à long terme aux polluants atmosphériques et un risque accru de développer des maladies neurodégénératives. Les particules fines (PM2.5), le dioxyde d’azote (NO₂) et d’autres polluants ont été identifiés comme des contributeurs importants au déclin cognitif et à la neurodégénérescence. Par exemple, une étude analysant les dossiers de santé de 1,2 million de personnes âgées dans le sud de la Californie a révélé qu’une augmentation de 1 microgramme de l’exposition aux PM2.5 liés aux feux de forêt était associée à une augmentation de 21 % du risque de diagnostic de démence, contre 3 % pour chaque augmentation de 3 microgrammes des particules non liées aux feux de forêt.

Les mécanismes physiopathologiques par lesquels la pollution atmosphérique affecte la santé cérébrale sont multiples. L’exposition aux polluants de l’air peut entraîner une inflammation systémique, un stress oxydatif et une perturbation de la barrière hémato-encéphalique (BHE), facilitant l’entrée de substances toxiques dans le cerveau. Ces processus peuvent entraîner des dommages neuronaux, l’accumulation de plaques amyloïdes et d’enchevêtrements de tau, ainsi que l’activation de la microglie, les cellules immunitaires résidentes du cerveau qui contribuent à la neuroinflammation et à la neurodégénérescence.

Focus sur la démence à corps de Lewy (DCL)

Une étude récente menée par l’Université Johns Hopkins a mis en évidence un lien significatif entre l’exposition à long terme à la pollution atmosphérique par les particules fines (PM2.5) et l’apparition de la démence à corps de Lewy. L’étude a analysé les dossiers Medicare de 56,5 millions de bénéficiaires américains entre 2000 et 2014, révélant une forte corrélation entre l’exposition aux PM2.5 et un risque accru de développer une DCL.

Les corps de Lewy sont des amas anormaux de la protéine alpha-synucléine, qui perturbent la fonction neuronale et conduisent finalement à la mort cellulaire. Les chercheurs ont découvert que l’exposition aux PM2.5 favorise le mauvais repliement de l’alpha-synucléine en une forme toxique et sujette à l’agrégation appelée PM-PFF (pré-agrégat formé induit par PM2.5), particulièrement résistante à la dégradation cellulaire et plus neurotoxique que les agrégats formés spontanément.

Des expériences animales ont montré que des souris exposées aux PM2.5 pendant 10 mois présentaient une atrophie cérébrale, une perte neuronale et un déclin cognitif caractéristiques de la DCL. Fait notable, ces effets étaient absents chez des souris génétiquement modifiées ne produisant pas d’alpha-synucléine, soulignant le rôle central de cette protéine dans la pathologie induite par la pollution.

L’étude suggère que la pollution de l’air, en particulier les PM2.5, pourrait accélérer le développement de la démence à corps de Lewy chez les individus génétiquement prédisposés, plutôt que de provoquer directement la maladie.

Des preuves d’un impact sur d’autres maladies neurodégénératives

La maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson sont également influencées par la pollution atmosphérique : des études ont montré que l’exposition à la pollution accélère l’accumulation des protéines amyloïde et tau dans le cerveau des patients Alzheimer, entraînant un déclin cognitif plus rapide. De la même manière, des recherches indiquent qu’une exposition prolongée aux polluants atmosphériques augmente le risque de développer la maladie de Parkinson. Les effets neurotoxiques des polluants peuvent exacerber la dégénérescence des neurones dopaminergiques, caractéristique de la maladie de Parkinson.

L’importance de la prévention

Certaines populations sont plus sensibles aux effets néfastes de la pollution atmosphérique sur la santé cérébrale. Les personnes âgées, les individus ayant des problèmes de santé préexistants et ceux vivant dans des zones à forte pollution sont particulièrement à risque. De plus, les facteurs socioéconomiques peuvent influencer les niveaux d’exposition et l’accès aux soins de santé, aggravant encore les disparités en matière de santé.


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Le lien entre la pollution de l’air et les maladies neurodégénératives souligne la nécessité de stratégies de santé publique globales visant à réduire les émissions de particules, telles que la gestion des feux de forêt, la limitation du chauffage au bois domestique et la réduction de la pollution industrielle et automobile, afin de protéger la santé cérébrale et de prévenir certaines maladies neurodégénératives.

Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation peuvent informer les communautés des risques liés à la pollution de l’air et encourager des mesures de protection, comme la réduction des activités en extérieur lors des périodes de forte pollution. Cela a été mis en œuvre, par exemple, aux États-Unis avec AirNow, un site web et une application de l’Agence américaine de protection de l’environnement, fournissant des indices de qualité de l’air en temps réel pour les villes du pays, ainsi qu’en Suède. Des études ont suggéré que ces alertes de qualité de l’air améliorent la perception du risque et incitent à des ajustements comportementaux tels que limiter les activités en plein air ou reporter l’exercice.

Le corpus croissant de preuves reliant la pollution atmosphérique aux maladies neurodégénératives souligne l’importance de prendre en compte les facteurs environnementaux dans les initiatives de santé publique. En comprenant les mécanismes par lesquels les polluants affectent la santé cérébrale et en mettant en œuvre des politiques efficaces pour réduire l’exposition, il est possible d’atténuer l’impact de ces maladies sur les individus et la société. Des recherches continues sont essentielles pour mieux élucider la relation complexe entre la pollution de l’air et la neurodégénérescence, conduisant finalement à des stratégies de prévention et de traitement améliorées. Notre équipe spécialisée en santé suit de près ces développements, n’hésitez pas à nous contacter !


À propos de l’auteur,
Diane,
Chef de Projet au sein de l’équipe Healthcare Business Unit d’Alcimed à Cologne, en Allemagne.

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