Défi stratégique : organiser un paysage d’acteurs complémentaires mais aux logiques d’intervention et prérogatives hétérogènes
Le principal enjeu du SPDA est de construire une gouvernance commune entre des acteurs de l’autonomie qui n’ont ni les mêmes compétences, ni les mêmes échelles d’intervention, ni les mêmes moyens, ni les mêmes contraintes.
La politique autonomie est à la fois régie par l’Agence régionale de santé (ARS) qui assure un pilotage à l’échelle régionale de l’offre sanitaire et médicosociale et finance par appels à projet un certain nombre d’actions innovantes. Les Conseils départementaux, chefs de file de l’action sociale, qui financent aides et prestations liées à la perte d’autonomie, et qui accompagnent les usagers. Autour d’eux, d’autres membres clés de la gouvernance, notamment les Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) en charge de l’ouverture des droits individuels en matière de handicap, ou les caisses et mutuelles (Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM), Caisse d’Assurance retraite et de la Santé au Travail (CARSAT) et Mutualité Sociale Agricole (MSA)).
Cette pluralité d’acteurs, aux logiques parfois divergentes, rend nécessaire une meilleure articulation des interventions. L’enjeu est de dépasser les fonctionnements en silos pour construire une action collective plus cohérente et efficiente. Dans ce cadre, du Comité Territorial de l’Autonomie (CTA) joue un rôle structurant en permettant de partager un diagnostic, de clarifier les rôles et de définir des priorités communes. L’objectif est de fluidifier les parcours, de limiter le non-recours aux droits et de réduire les ruptures.
Défi opérationnel : rendre l’offre lisible sur le territoire
Au-delà de la gouvernance, le SPDA se confronte à un défi opérationnel majeur : rendre l’offre lisible pour les usagers comme pour les professionnels. Si la diversité des acteurs constitue une richesse, elle devient une difficulté lorsqu’elle n’est pas suffisamment coordonnée ou comprise.
Pour les usagers, cela se traduit par des parcours complexes, impliquant de multiples interlocuteurs (mairie, Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), Centre Local d’Information et de Coordination (CLIC), Maison France Services, Maisons des solidarités/Unité Territoriale d’Action Sociale (UTAS), centre sociaux, associations etc.) sans toujours identifier clairement le bon point d’entrée ni disposer d’un référent unique. Cette dispersion peut générer des démarches redondantes, des délais supplémentaires et, dans certains cas, un renoncement aux droits.
Du côté des professionnels, le manque de repères communs complique également l’orientation des publics. Les différences d’outils, de pratiques et de compréhension des rôles de chacun alimentent une incertitude persistante sur le “qui fait quoi”. Les coopérations reposent encore trop souvent sur des relations interpersonnelles plutôt que sur des cadres structurés et partagés.
Le SPDA vise précisément à répondre à ces limites en structurant les interactions entre acteurs. Cela passe par la mise en place d’instances d’échange, de protocoles de coopération, d’outils communs et d’un langage partagé. Il s’agit aussi de clarifier les périmètres d’intervention de chacun et de renforcer la visibilité de l’offre SPDA.
Dans certains territoires, une autre difficulté apparaît : la coexistence de nombreux dispositifs, souvent cloisonnés entre les politiques « personnes âgées » (PA) et « personnes en situation de handicap » (PSH). Le manque d’articulation, notamment lors des transitions d’âge, peut fragiliser les parcours. Des initiatives comme les formations communes à la double culture PA-PSH peuvent par exemple être déployées pour faciliter ces passages de relais.
L’enjeu est donc de passer d’un système fragmenté à une organisation plus lisible, coordonnée et centrée sur les besoins des usagers.
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Défi territorial : déployer le SPDA au plus près des réalités locales
Le déploiement du SPDA soulève également un enjeu territorial fort : concilier équité de service et adaptation aux spécificités locales. L’objectif n’est pas d’uniformiser les pratiques, mais de garantir une organisation cohérente et accessible, tenant compte des réalités de chaque territoire.
En pratique, les logiques territoriales diffèrent fortement d’un département à l’autre.
En zone rurale, les enjeux portent souvent sur l’aller-vers et l’accueil de proximité pour compenser l’éloignement de l’offre, la faible densité de professionnels, les déserts médicaux, des temps de trajet plus longs pour les usagers, ou une offre parcellaire.
En zone urbaine, la difficulté tient plutôt à l’abondance et à la complexité de l’offre, des messages parfois contradictoires quant à l’acteur qui serait susceptible de mener l’accompagnement, des dispositifs plus spécialisés mais qui nécessitent donc plus de coordination.
À cela s’ajoutent des spécificités liées aux populations (vieillissement de la population, prévalence de certaines pathologies chroniques, problématiques sociales, précarité, paupérisation de certaines zones …) qui modifient les priorités d’action des territoires.
Il s’agit donc de définir le bon périmètre d’animation territoriale et d’identifier les acteurs les plus légitimes pour piloter les comités et groupes de travail, ou ceux plus à même de mobiliser le droit commun et les usagers eux-mêmes.
Dans ce contexte, l’animation territoriale du SPDA ne peut être standardisée. Dans certains territoires, cette animation s’organisera à l’échelle du bassins de vie, pour d’autres autour des territoires de santé ou des UTAS (Unités territoriales d’Action Sociale), ou encore des Établissement Public de Coopération Intercommunale (EPCI), ou bien sur un découpage plus simple (nord/sud, est/ouest). L’enjeu est de structurer une coordination efficace au plus près du terrain, en mobilisant les acteurs locaux autour d’objectifs partagés.
Le SPDA apparaît ainsi comme un cadre souple, qui doit permettre de concilier cohérence globale et adaptation fine aux réalités locales.
Le SPDA n’est pas un guichet de plus ni un nouveau service pour les usagers. C’est une façon d’organiser l’action collective pour que les acteurs de l’autonomie travaillent mieux ensemble, de manière plus cohérente et plus efficace. Son enjeu est concret : simplifier les parcours, les rendre plus lisibles et mieux coordonnés, au bénéfice des personnes en perte d’autonomie, de leurs aidants et des partenaires.
Selon nous, sa réussite repose sur trois conditions :
- mettre en place une gouvernance claire, pour réunir les acteurs concernés, partager les bons constats et construire une politique commune de l’autonomie ;
- mieux connaître l’existant (outils, dispositifs, compétences) afin de mieux orienter, mieux informer et mieux accompagner ;
- organiser l’action au plus près des réalités locales, avec les acteurs du territoire, en s’appuyant sur ce qui fonctionne déjà pour gagner en efficacité, en lisibilité et en simplicité.
C’est dans cette perspective qu’Alcimed accompagne les ARS, les Conseils Départementaux et leurs partenaires pour faire du SPDA une réalité concrète, utile aux usagers et adaptée à chaque territoire. N’hésitez pas à contacter notre équipe !
À propos des auteurs,
- Marion et Camille, Consultantes Senior au sein de l’équipe Innovation et Politiques Publiques.
- Elsa et Agnès, Responsables de Missions au sein de l’équipe Innovation et Politiques Publiques.
- Marie, Directrice du département Innovation et Politiques Publiques.