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3 défis des soins fondés sur la valeur

Publié le 06 mai 2026 Lecture 25 min

Les soins fondés sur la valeur (value-based care, VBC) visent à maximiser les résultats et les expériences qui comptent pour les patients au regard des ressources mobilisées. Les Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS) les définissent comme un modèle centré sur l’amélioration de la qualité, de la performance des prestataires et de l’expérience patient, dans lequel les cliniciens collaborent pour gérer la santé globale d’une personne. Dans ce contexte, la notion de « valeur » ne se limite pas à l’efficacité clinique, mais englobe également ce qui importe réellement aux patients dans leurs résultats de santé.

Alors que les systèmes de santé sont confrontés à une hausse des coûts, au vieillissement des populations et à une augmentation des maladies chroniques, les soins fondés sur la valeur apparaissent comme une alternative prometteuse aux modèles traditionnels basés sur le volume d’actes. Cependant, malgré un fort attrait théorique, le passage à l’échelle au-delà de programmes pilotes reste difficile. Dans cet article, Alcimed explore trois enjeux majeurs qui conditionnent largement la capacité des value-based care à tenir leurs promesses.

Qu’est-ce que les soins fondés sur la valeur (value-based care) ?

Au cœur du value-based care se trouve une question simple mais exigeante : les patients sont-ils réellement en meilleure santé grâce aux soins, et le système utilise-t-il efficacement les ressources pour atteindre cet objectif ? Michael Porter a défini la valeur comme les résultats obtenus par dollar dépensé, en soulignant qu’elle doit être évaluée sur l’ensemble du parcours de soins, et non à travers des services ou actes isolés.

En pratique, cela implique de mesurer des résultats pertinents pour les patients — tels que le statut fonctionnel et la qualité de vie — tout en alignant les systèmes de paiement pour valoriser la coordination, la prévention et l’impact à long terme. Des organisations comme l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) soulignent que de nombreux modèles de value-based care reposent sur des paiements groupés ou des mécanismes de partage des économies, transférant une partie du risque financier aux prestataires. Cela rend indispensables des systèmes de données robustes et des capacités solides de gestion des risques.

De même, le National Health Service England (NHS England) définit les soins fondés sur la valeur comme une approche visant à réduire les variations injustifiées et à garantir que le bon patient reçoive le bon soin au bon moment, en utilisant efficacement les ressources disponibles. Si les définitions peuvent varier, le principe fondamental reste le même : les systèmes de santé doivent être évalués en fonction des résultats qu’ils produisent au regard de leur coût.

Challenge 1 : mesurer les résultats qui comptent réellement

Les value-based care ne peuvent fonctionner sans une mesure fiable, mais définir et capter des résultats pertinents reste un défi majeur. Les systèmes de santé traditionnels reposent sur des indicateurs cliniques et des métriques de processus, qui ne reflètent pas toujours ce que les patients valorisent le plus, comme la qualité de vie ou le bien-être à long terme.

Pour combler cet écart, des initiatives comme les enquêtes Patient-Reported Indicator Surveys (PaRIS) de l’OCDE visent à standardiser les résultats et expériences rapportés par les patients (PROMs et PREMs), notamment dans la prise en charge des maladies chroniques. Ces outils constituent une avancée importante vers une évaluation plus centrée sur le patient.

Un exemple reconnu est celui d’Erasmus MC, qui intègre des PROMs tels que la qualité de vie dans les soins courants, grâce à des outils numériques et à des équipes pluridisciplinaires. Cette approche permet une détection plus précoce des problématiques rencontrées par les patients et favorise des décisions thérapeutiques plus personnalisées.

Cependant, ce cas met également en lumière une limite clé des value-based care. Si les PROMs améliorent la communication entre patients et cliniciens, ils ne se traduisent pas systématiquement par de meilleurs résultats. Par ailleurs, les taux de réponse restent variables, et les données collectées ne sont pas toujours exploitées efficacement en pratique clinique. Plus fondamentalement, il n’existe toujours pas de consensus clair sur les résultats à prioriser ni sur la manière de les relier aux coûts. En conséquence, même des institutions avancées peinent à transformer la mesure en véritable création de valeur.

Challenge 2 : surmonter la fragmentation des données et le manque d’interopérabilité

Les value-based care reposent sur la capacité à collecter, partager et analyser les données des patients tout au long du parcours de soins. En réalité, les systèmes de santé restent fortement fragmentés, avec des données réparties entre hôpitaux, médecins de premier recours, laboratoires et pharmacies, souvent stockées dans des systèmes informatiques incompatibles.

Cette fragmentation limite à la fois la coordination des soins et la mesure des résultats. Les cliniciens ne disposent souvent pas d’une vision complète et continue du patient, ce qui complique l’évaluation de l’efficacité des traitements et la prise de décision éclairée. Même lorsque des données pertinentes existent, elles ne sont pas systématiquement intégrées ni utilisées pour orienter les soins.

Par exemple, lorsqu’un patient passe d’un prestataire à un autre, des informations clés telles que les traitements antérieurs, les résultats obtenus ou les données de suivi peuvent ne pas être pleinement accessibles. Cela peut entraîner des duplications d’examens, des retards de prise en charge ou des décisions thérapeutiques sous-optimales. Dans un tel contexte, il devient presque impossible de mesurer les résultats sur l’ensemble du parcours de soins, ce qui est pourtant essentiel au value-based care.

En définitive, le manque d’interopérabilité fragilise les fondements des soins fondés sur la valeur. Sans données intégrées et longitudinales, les systèmes de santé ne peuvent pas évaluer de manière fiable leur performance ni identifier les leviers d’amélioration de la valeur.


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Challenge 3 : développer des modèles de paiement et aligner le partage du risque financier

Un troisième défi majeur concerne la conception des modèles de paiement et l’alignement des incitations financières entre les parties prenantes. Contrairement aux systèmes traditionnels de paiement à l’acte, les value-based care nécessitent des structures de rémunération qui valorisent les résultats plutôt que les volumes, impliquant souvent des mécanismes de partage des économies ou des paiements groupés.

Cependant, concevoir ces modèles est complexe et peut générer des effets indésirables. Les prestataires sont souvent amenés à assumer une part du risque financier liée aux résultats des patients, ce qui introduit de l’incertitude et peut influencer les comportements. Si les incitations sont mal calibrées, les prestataires peuvent éviter les patients à haut risque ou complexes, ou se concentrer uniquement sur des indicateurs mesurables au détriment du bien-être global des patients.

Ce défi est illustré par l’introduction de paiements groupés pour les prothèses de hanche et de genou dans la région de Stockholm. Dans ce modèle, les prestataires reçoivent un paiement forfaitaire couvrant l’ensemble du parcours de soins, ce qui encourage l’efficience et la coordination.

Cette réforme a permis de réduire les coûts et de standardiser davantage les processus de soins, démontrant ainsi le potentiel des value-based care. Cependant, elle a également nécessité une conception rigoureuse afin de garantir le maintien de la qualité des soins et d’éviter des pratiques de sélection des patients. Cet exemple montre que, si la réforme des modes de financement est essentielle au value-based care, elle doit s’accompagner de garde-fous solides et de mécanismes d’ajustement du risque adaptés pour éviter des effets non souhaités.

Les soins fondés sur la valeur offrent une vision ambitieuse de l’avenir des systèmes de santé, mais leur mise en œuvre reste complexe et fragile. Leur succès dépend non seulement du concept lui-même, mais aussi de la capacité des systèmes de santé à construire les infrastructures nécessaires.

Une mesure fiable des résultats, des systèmes de données intégrés et des incitations financières bien conçues sont des éléments indispensables et profondément interdépendants. Une faiblesse sur l’un de ces piliers peut compromettre l’ensemble du modèle. Alcimed est prêt à accompagner l’ensemble des parties prenantes impliquées dans les soins fondés sur la valeur. Co-construisons ensemble le futur, n’hésitez pas à contacter notre équipe !


À propos de l’auteur,

Chaoyue, Consultant sénior au sein de l’équipe Life Sciences d’Alcimed en France.

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