Comment le recyclage chimique pourrait permettre de recycler davantage de plastique par Alcimed

Comment le recyclage chimique pourrait permettre de recycler davantage de plastique ?

Imaginez-vous bloqué devant la poubelle jaune, un emballage à la main, en pleine hésitation. Cette situation vous est probablement familière – nous nous sommes tous déjà posé la question de la recyclabilité de certains objets plastiques. Si l’habitude de trier ses déchets est de plus en plus ancrée dans la population, cela ne signifie malheureusement pas que tous les emballages plastiques recyclables sont aujourd’hui recyclés. Alcimed vous plonge dans l’univers du recyclage pour comprendre comment le recyclage dit « chimique » pourrait permettre de recycler davantage de plastique.

Un monde du recyclage mécanique du plastique en demi-teinte

Avec 60 000 entreprises dans le secteur du plastique en Europe, 30 milliards d’euros de chiffre d’affaire en France et une demande de plastique qui pourrait doubler d’ici 2050, l’industrie du plastique est en expansion. Parallèlement à cela, les réglementations européennes quant au recyclage sont de plus en plus strictes. D’ici 2025, tous les emballages plastiques devront contenir au moins 25% de plastique recyclé et 65% des emballages devront être recyclés. Cependant, en Europe en 2019, sur 29,1 millions de tonnes de plastique récoltées, seules 9,4 millions de tonnes ont été effectivement recyclées. Le reste du plastique récolté est, soit incinéré, soit mis en décharge. En effet, certains plastiques ne peuvent pas  être recyclés, soit à cause de la nature du polymère de base, soit à cause de l’état de détérioration trop avancé de certains packagings.

Par ailleurs, à part pour le PET qui est aujourd’hui bien recyclé et réutilisé dans le domaine alimentaire, le recyclage mécanique qui est actuellement pratiqué dans la quasi-majorité des cas, ne permet pas l’obtention de matières recyclées suffisamment pures pour être réutilisées dans tous les domaines d’application, notamment pour les packagings alimentaires. En recyclage mécanique, le plastique post-consommateur est lavé, broyé puis transformé en granulés qui sont ensuite refondus pour d’autres applications non-alimentaires.

Le recyclage chimique, une alternative prometteuse pour le plastique

Il convient de rappeler que la matière de base du plastique est un polymère qui est lui-même obtenu à partir de pétrole, entre autres. Le principe du recyclage chimique du plastique est le suivant : le déchet plastique subit une réaction chimique comme la pyrolyse pour séparer les constituants du plastique et obtenir à nouveau le polymère de base. Ce dernier est alors purifié des contaminants dus à la première utilisation du plastique. A partir du polymère ainsi récupéré, il est possible de néo-former un nouveau plastique aussi pur que le plastique natif. Cette technique permet en outre un recyclage de tous les types de plastique (PP, PE, PS,…), incluant ceux qui aujourd’hui ne peuvent pas être recyclés mécaniquement, comme par exemple les films alimentaires.

Leviers, freins et perspectives du recyclage chimique pour le plastique

Si aujourd’hui le recyclage chimique du plastique n’est pas encore développé à grande échelle, il n’en est pas moins prometteur. En effet, lorsqu’il sera maîtrisé industriellement, il sera alors envisageable que certains acteurs de l’industrie plastique puissent fonctionner en boucle quasi fermée, sans nouvelle utilisation de pétrole et avec une revalorisation totale des plastiques usagés. La pureté du matériau recyclé chimiquement permettra également à l’industrie agroalimentaire d’avoir accès à de plus grands volumes de plastique recyclé de grade alimentaire pour l’élaboration de leurs packagings.

Cependant, une certaine retenue persiste vis-à-vis de cette méthode de recyclage, notamment à cause du prix des matières recyclées. En effet, les matériaux recyclés chimiquement sont aujourd’hui plus chers que les matériaux natifs. Les acteurs du recyclage chimiques devront peut-être également œuvrer à informer la population sur leur technologie afin d’apaiser le scepticisme autour des processus chimiques qui sont souvent mal perçus.

Ces potentiels freins n’empêchent cependant pas certains acteurs de l’industrie agroalimentaire de signer des partenariats avec des pétrochimistes, à l’instar de Magnum qui, en 2019 en collaboration avec l’entreprise Sabic, a sorti sur le marché des pots de glace contenant 25% de plastique (polypropylène) recyclé chimiquement. Un autre exemple est la création en 2020 par Sabic, BASF et Südpack d’un emballage de charcuterie contenant 2 tiers de plastique recyclé chimiquement pour la marque agroalimentaire allemande « zur Mühlen ». En octobre 2020, pour la deuxième année consécutive, Citeo, entreprise spécialisée dans le recyclage des emballages ménagers et des papiers graphiques, a organisé le Forum « Solutions Plastiques ». Citeo a donné la parole à 10 start-ups qui travaillent sur la problématique du recyclage chimique du plastique.

Dans un monde où l’économie circulaire gagne en importance, le recyclage chimique du plastique devrait se positionner en complémentarité du recyclage mécanique, et devrait notamment permettre d’atteindre plus facilement les objectifs fixés par la Commission Européenne en termes d’incorporation de plastiques recyclés dans nos packagings, et permettre de développer de nouvelles stratégies de valorisation


À propos des auteurs
Amélie, Consultante dans l’équipe Sciences de la vie d’Alcimed en France
Alice, Responsable de Mission dans l’équipe Sciences de la Vie d’Alcimed en France

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