Quels sont les avantages liés au déploiement des EBMD dans les CSNP et les maisons médicales de garde?
Aujourd’hui, les examens de biologie médicale délocalisés représentent une réelle opportunité de transformer les parcours de soin. Revenons sur les principaux avantages liés au déploiement de la biologie délocalisée :
- Des résultats disponibles en quelques minutes : aujourd’hui, les délais d’obtention des résultats d’examen biologique traditionnels restent très variables. Ces disparités s’expliquent par plusieurs facteurs : le contexte territorial des établissements de santé, la capacité à prélever les patients sur place, la disponibilité et les délais des coursiers pour récupérer les échantillons et les horaires d’ouverture des laboratoires, notamment en weekend et en soirée. Or, les EBMD se distinguent par une rapidité de traitement permettant de délivrer des résultats au professionnel de santé en une quinzaine de minutes. Cet avantage est particulièrement pertinent en zones rurales, souvent confrontées à la désertification médicale et à l’éloignement des services d’urgence.
- Une optimisation du parcours patient : la biologie délocalisée renforce la précision de la prise en charge des patients. Dans les cas où l’examen clinique ne permet pas un diagnostic fiable, elle facilite une décision rapide et éclairée sur les bilans complémentaires à prescrire et l’orientation du patient.
Par exemple, en centre de soins non programmés, une mesure de la troponine délocalisée permet dans certains cas d’exclure ou de confirmer un infarctus du myocarde. Cette approche contribue à simplifier le triage des patients et ainsi éviter les orientations inutiles vers les urgences. Elle peut aussi réduire la prescription de traitements probabilistes parfois prescrits en attente des résultats biologiques.
Ainsi, les professionnels de santé peuvent orienter les patients rapidement vers le niveau de prise en charge le plus adapté.
- Une contribution à la rationalisation des dépenses de santé : les EBMD peuvent contribuer à l’amélioration de l’allocation des ressources de santé publique. En effet, ils permettent dans certains cas une prise en charge complète sans recourir aux services d’urgence, réduisant ainsi la mobilisation de ressources coûteuses (personnel disponible 24h/24, équipement coûteux, locaux, examens complémentaires, etc.). Par extension, l’usage des EBMD peut permettre de réduire l’usage de certains transports d’urgence entre les établissements de ville et les hôpitaux. De plus, en intégrant l’examen de biologie dans un même temps de soin incluant également consultation, diagnostic et examens complémentaires, les examens de biologie médicale délocalisés améliorent l’efficacité de la médecine de ville et peuvent contribuer à réduire les coûts globaux.
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Quels sont les défis liés au déploiement des examens de biologie médicale délocalisés dans ces structures ?
Malgré leurs avantages manifestes, le déploiement à grande échelle des EBMD en France fait face à de nombreux défis :
Un défi financier pour les laboratoires
Actuellement, le niveau de financement des examens de biologie médicale délocalisés par l’Assurance Maladie est identique à celui appliqué aux tests réalisés en laboratoire. Cette équivalence tarifaire ne couvre pas les coûts d’implémentation et les coûts opérationnels, qui sont absorbés par les laboratoires d’analyse médicale.
Plusieurs coûts doivent être considérés pour appréhender la charge globale des laboratoires :
- L’investissement initial : aujourd’hui, de nombreux acteurs du secteur du diagnostic proposent une offre d’analyseurs de biologie délocalisée : Abbott, Roche Diagnostics, Siemens ou encore bioMérieux. Les automates représentent un investissement important pour les laboratoires.
- De faibles volumes de tests : en centre de soins non programmés et en maison médicale de garde, les tests réalisables en EBMD représentent une fraction limitée de l’ensemble des examens biologiques demandés, les EBMD répondant à des besoins de résultats biologiques en situation d’urgence. Cette faible part de marché peut empêcher les laboratoires de bénéficier d’économies d’échelle sur les réactifs et de rentabiliser leurs investissements.
La liste des tests autorisés n’inclue pas tous les tests pratiqués en urgence
L’arrêté du 4 février 2026 autorise la réalisation de la phase analytique de certains tests essentiels pour les cabinets médicaux et les centres de soins non programmés.
Parmi ces tests figurent le dosage de la troponine comme citée précédemment, des D-dimères, utile en cas de suspicion de thrombose veineuse profonde ou d’embolie pulmonaire, ou encore de créatinine, nécessaire avant un scanner avec injection de produit de contraste. Cependant, l’arrêté exclue des tests potentiellement très utiles pour des prises en charges non programmées, comme le dosage de la protéine C réactive, qui estime le niveau d’inflammation. Cette limitation restreint les capacités de diagnostic des professionnels de santé.
Quel est le futur de la biologie délocalisée en France ?
Malgré les obstacles à sa généralisation, les examens de biologie médicale délocalisés ont toutes leurs chances de faire partie intégrante du paysage médical futur, en particulier dans les nouveaux lieux autorisés par les évolutions réglementaires récentes. En effet, ils offrent des avantages majeurs pour les parties prenantes en améliorant la prise en charge des patients, en optimisant les flux de travail des soignants, et en rationalisant l’allocation des ressources de santé.
Malgré cela, de nombreux défis stratégiques persistent pour les industriels du diagnostic, les laboratoires d’analyse et les professionnels de santé. Une approche coordonnée entre ces différents acteurs est essentielle pour surmonter ces obstacles et assurer la pérennité des Examens de Biologie Médicale Délocalisés. N’hésitez pas à contacter notre équipe pour échanger plus en détails sur le sujet !
À propos de l’auteur,
Ambre, Consultante au sein de l’équipe Sciences de la vie d’Alcimed, en France.