Les cancers féminins : de quoi parle-t-on ?
Les cancers féminins peuvent désigner plusieurs types de cancers. D’une part, l’ensemble des cancers qui touchent les organes du système reproducteur féminin, comme le cancer du sein, de l’utérus ou du col de l’utérus, des ovaires, du vagin, de la vulve, des trompes de Fallope, ou encore de l’endomètre. D’autre part, les cancers majoritairement observés chez les femmes, en raison de facteurs hormonaux, génétiques ou biologiques spécifiques, comme le cancer de la thyroïde, ou le cancer de la vésicule biliaire .
La première description d’un cancer du sein survient durant l’antiquité, dans le papyrus chirurgical d’Edwin Smith (~1600 av JC) ainsi que par Hippocrate en 460 av. JC. Il faudra attendre 1894 pour avoir un premier traitement, avec la mastectomie radicale (Halsted, 1894), puis les années 1940 pour les premières chimiothérapies (moutarde azotée) et radiothérapie. C’est aussi durant cette période qu’est développé le frottis cervical ou « pap test » pour la détection du cancer du col de l’utérus. A partir de 1990, les avancées scientifiques majeures se multiplient avec la découverte par Mary-Claire King, des gènes BRCA1 et BRCA2 responsables de certains cancers du sein et de l’ovaire ; l’approbation de Trastuzumab, 1ère thérapie ciblée HER2+ pour le cancer du sein en 1998 et, plus tardivement, l’introduction du 1er vaccin anti HPV (Gardasil®) pour lutter contre le cancer du col de l’utérus en 2006.
Depuis, la recherche dans les cancers féminins s’accélère : entre 2019 et 2024, 14 médicaments ont été approuvés pour des indications gynécologiques sur 150 approbations totales pour les tumeurs solides, plaçant l’oncologie gynécologique au 2e rang des spécialités par nombre d’approbations. La même étude (publiée dans Gynecologic Oncology, 2025) précise que la gynécologie affiche la 3e plus forte croissance de nouvelles approbations parmi toutes les tumeurs solides sur cette période. Au-delà des nouveaux traitements, des approches innovantes sont graduellement mises en place dans la prévention et le diagnostic des cancers féminins. Ces dernières permettent ainsi d’améliorer la réponse aux nouvelles thérapies.
Cinq solutions innovantes et prometteuses dans les cancers féminins
Innovation n°1 : Le test de dépistage du cancer du col de l’utérus
Développé par la startup californienne Teal Health, le Teal Wand™ est le premier test de dépistage du cancer du col de l’utérus réalisable à domicile.
Ce dispositif a été créé en partant d’un constat simple : une étude (SELF-CERV) a montré que 33 % des patientes retardaient ou évitaient le dépistage, notamment par manque de temps (32 %), par inconfort (32 %) ou en raison de difficultés financières (32 %). Associé à une plateforme de téléconsultation dédiée, la startup a pour objectif de rendre le dépistage du cancer du col de l’utérus plus accessible pour toutes.
Le kit comprend le Teal Wand™ et un service de télémédecine complet : des médecins en consultation vidéo prescrivent le kit, examinent les résultats du laboratoire et accompagnent les femmes tout au long du processus. Les femmes collectent elles-mêmes un échantillon vaginal, sans spéculum et l’envoient au laboratoire pour une analyse HPV. La sensibilité du Teal Wand™ atteint 96 %, identique à la collecte par un clinicien.
Innovation n°2 : La biopsie liquide pour le diagnostic précoce du cancer de l’ovaire
D’abord validée pour le cancer du poumon, la biopsie liquide fait maintenant ses preuves dans le cancer de l’ovaire.
La méthode DELFI (DNA Evaluation of Fragments for Early Interception) utilise une approche inédite de biopsie liquide appelée « fragmentomics » : elle analyse les propriétés physiques de fragments d’ADN libre circulant dans le sang. La technologie exploite le fait que, dans les cellules cancéreuses, l’ADN est condensé de manière anormale, entraînant ainsi des profils de fragmentation atypiques lorsque les cellules meurent et libèrent leur ADN dans la circulation sanguine.
Dans le cadre de la détection précoce du cancer de l’ovaire, le test DELFI-Pro combine l’analyse des fragments d’ADN avec celles deux biomarqueurs protéiques (CA-125 et HE4). D’après un article publié en 2025 dans Cancer Discovery, le DELFI-Pro a détecté respectivement 72 %, 69 %, 87 % et 100 % des cancers ovariens aux stades I à IV, contre seulement 34 %, 62 %, 63 % et 100 % pour le CA-125 seul.
Ce test est un exemple d’innovation changeant donc radicalement la manière d’approcher le cancer de l’ovaire, en offrant la possibilité aux femmes d’être prises en charge bien plus précocement.
Innovation n°3 : L’intelligence artificielle pour prédire l’apparition de cancers du sein
Le dépistage du cancer du sein a considérablement évolué ces 30 dernières années. La mammographie par tomosynthèse (3D), désormais largement utilisée en complément de la 2D, améliore la détection des tumeurs, notamment chez les femmes présentant des seins plus denses. Depuis 2023, des modèles prédictifs comme Mirai™ ou Clairity Breast™ assistent les radiologues et permettent également de prédire le risque d’apparition de tumeurs mammaires dans les 5 années suivant l’examen.
C’est le cas du logiciel Clairity Breast, conçu pour fournir une estimation, en pourcentage, de la probabilité qu’une patiente développe un cancer du sein dans les 5 ans après sa mammographie, grâce à l’analyse des caractéristiques visibles sur l’imagerie. Le modèle a été entrainé sur des millions d’images générées à partir de plus de 77 000 mammographies. Présenté au congrès RSNA 2025, le système Clairity Breast constitue le premier outil d’intelligence artificielle d’évaluation du risque basé uniquement sur l’image mammographique, surpassant la densité mammaire seule comme indicateur prédictif.
Ces modèles permettent non seulement de mieux repérer les tumeurs, mais aussi d’identifier en amont les femmes les plus à risque, ouvrant la voie à un dépistage réellement personnalisé, plus efficace et mieux ciblé.
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Innovation n°4 : Les anticorps conjugués pour le traitement du cancer de l’ovaire
Les Anticorps conjugués (ADC) sont des molécules complexes combinant 3 éléments clés : un anticorps monoclonal, lié à un médicament cytotoxique via un fragment de liaison . Cette structure est ensuite en capacité de détruire les cellules cancéreuses de façon ciblée en épargnant les tissus sains, réduisant ainsi considérablement la toxicité pour les patients.
Le mirvetuximab soravtansine (MIRV) cible un récepteur spécifique : le récepteur alpha au folate, retrouvé sur plus de 75 % des cellules tumorales ovariennes. Son efficacité a été évaluée dans l’étude de phase III MIRASOL chez des patientes ayant rechuté après une chimiothérapie aux sels de platine. En comparaison à une chimiothérapie conventionnelle, ce traitement améliore la survie globale de 26 à 49 %. Son efficacité lui a valu l’octroi d’une autorisation d’accès précoce en 2025 par l’EMA.
Pendant des décennies, seule la chimiothérapie platine était disponible en rechute ovarienne. Selon les oncologues19, l’arrivée de ces ADC conduit à un véritable changement de paradigme dans la prise en charge du cancer de l’ovaire.
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Innovation n°5 : Vaccin ARNm thérapeutique personnalisé pour le traitement du cancer du sein triple négatif et au-delà
La période 2024-2025 a vu des avancées cliniques sans précédent dans le développement des vaccins ARNm anticancéreux. Par exemple, les études du vaccin mRNA-4157 (V940) de Moderna en combinaison avec le pembrolizumab pour les patients atteints d’un mélanome de stade II à IV de haut risque montrent un bénéfice clinique soutenu, avec des taux de survie sans récidive à 3 ans supérieurs à la monothérapie par pembrolizumab.
Une étude similaire a été récemment menée en Allemagne dans le cadre du cancer du sein triple négatif, les résultats de l’étude préliminaire ayant été publiés dans la revue Nature en Février 2026.21 Le principe est le suivant : à partir du séquençage de la tumeur de chaque patient, un vaccin ARNm est fabriqué sur mesure en quelques semaines, encodant jusqu’à 34 néoantigènes tumoraux spécifiques. Dans cette étude préliminaire, la société BioNTech a évalué la réponse immunitaire de 14 femmes à un vaccin thérapeutique à base d’ARN, ciblant des fragments de protéine mutée ou anormale de la tumeur de chaque patiente. Parmi elles, onze patientes sont restées sans rechute jusqu’à 6 ans post vaccination. Les résultats montrent donc une réponse immunitaire prometteuse, mais le vaccin reste encore à un stade expérimental.
Le vaccin ARNm thérapeutique pourrait donc représenter une révolution dans le traitement du cancer : le cancer devient la cible d’un vaccin « à la carte ». Bien que de nombreuses innovations aient vu le jour ces dernières années, l’oncologie féminine reste un secteur sous-financé au regard du nombre de patientes atteintes. À titre d’exemple, une étude de 2024 de l’American Cancer Society indique que les financements en oncologie gynécologique ne représentent encore que 5 % des budgets totaux en oncologie.
Ces chiffres contrastent avec une dynamique scientifique en pleine accélération. L’essor de l’intelligence artificielle, de l’imagerie avancée et de la médecine prédictive, illustré par des outils comme Clairity Breast™ par exemple, montre qu’un changement de paradigme est déjà en cours.
L’enjeu n’est donc plus de savoir si les progrès sont possibles, mais s’ils seront déployés à l’échelle nécessaire. Car dans ce domaine, chaque investissement supplémentaire ne représente pas seulement une innovation : il se traduit directement en vies gagnées, en diagnostics plus précoces et en inégalités réduites. Autrement dit, le retard est réel, mais la fenêtre d’opportunité ne l’a jamais été autant.
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À propos de l’auteur,
May-lise, Consultante Senior au sein de l’équipe Santé en France.