Les organismes de transfert de technologies et les fonds d’investissement : deux vocations différentes mais des interactions primordiales
La transformation de projets de recherche en startups est un point clé du développement de l’innovation en France. Dans cette optique, de nombreux organismes de transfert de technologies ont été mis en place, dont les SATT, créées en 2010, les Pôles Universitaires d’Innovation (PUI), créés en 2020 et adossés aux universités, les cellules de valorisation des grands organismes de recherche comme l’INRAE ou l’INSERM ou les incubateurs mis en place par les grandes écoles. L’ensemble de ces organismes de transfert de technologies a pour vocation d’accompagner les porteurs de projets dans la maturation de leurs projets, en mettant diverses ressources à leur disposition : accompagnement financier, prestations de coaching, accompagnement technique.
Ces structures permettent notamment de favoriser le passage de l’innovation académique vers le secteur privé et de conduire à la création de startups. Cette volonté a notamment été appuyée par la loi de programmation de la recherche de 2020 et l’article L.531-1 du Code de la recherche qui facilite la participation des chercheurs à la création et à la gestion du capital des startups issues des laboratoires de recherche (Source : Assemblée Nationale). A ce titre, le rôle des SATT dans l’accompagnement financier, à travers la prise de participation, doit se focaliser sur le transfert vers les fonds d’investissement.
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Ces fonds, présents dans le secteur de l’innovation, sont des fonds de venture capital. Ils sont principalement de trois natures : fonds d’investissement privés, fonds d’investissement bancaires et fonds d’investissement publics. Ils peuvent aussi, lors des premiers tours de levée de fonds, être accompagnés par des Business Angels, seuls ou regroupés en réseaux. Pour favoriser au mieux le passage du financement par les organismes de transfert de technologies vers les fonds d’investissement, les acteurs concernés ont mis en place trois grands types de stratégies qui seront développées dans la suite de cet article :
- Création d’un fonds d’investissement par les OTT et structures associées (universités, grandes écoles, organismes de recherche)
- Mandat confié à un fond d’investissement privé qui gère le fond pour la structure publique
- Partenariats et accords cadres entre les OTT et les fonds d’investissement privés.
3 types de stratégies pour favoriser le passage du financement par les organismes de transfert de technologies vers les fonds d’investissement
Stratégie n°1 : La création de fonds d’investissement par les organismes disposant d’organismes de transfert de technologies
La mise en place de fonds d’investissement par des OTT permet d’assurer la continuité des financements des projets et startups les plus prometteurs sur leurs premiers tours de financement. Certains organismes de transfert de technologies ont donc choisi de créer leurs propres fonds d’investissement. C’est le cas de plusieurs grandes écoles, comme Polytechnique, HEC ou CentraleSupélec qui ont respectivement créé Polytechnique Ventures, HEC Ventures et CentraleSupélec Venture en ayant pour objectif de financer des startups créées par d’anciens élèves, dont certains incubent leurs projets directement dans les écoles. Certaines universités et organismes de recherche ont suivi le même principe, comme Sorbonne Université avec Sorbonne Venture et le BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière) avec BRGM Invest’.
Sorbonne Venture a par exemple financé aux côtés d’autres investisseurs une levée de fonds de 18 M€ de Biomemory, spin-off de Sorbonne Université et du CNRS.
Stratégie n°2 : Les mandats de gestion de fonds d’une structure publique par un fonds d’investissement privé
Le deuxième type d’interactions entre les organismes de recherche et de transfert de technologies et les fonds d’investissement sont des mandats de gestion. Ces relations ont pour objectif de favoriser les échanges notamment au niveau des flux de dossiers vers les fonds d’investissement. Deux stratégies d’investissement peuvent alors être mises en œuvre.
Pour la première, les organismes de transfert de technologies investissent dans un fonds aux côtés d’autres acteurs publics, acteurs industriels, family offices (fonds d’investissement familiaux). C’est le cas du CEA qui a investi dans le fonds Supernova Invest, et de l’INSERM qui a investi dans le fonds Adbio Partners. Dans ces modèles, Supernova et Adbio n’ont pas l’obligation d’investir exclusivement dans des startups spin-off du CEA ou de l’INSERM.
La seconde stratégie est plus restrictive pour les fonds d’investissement. Les organismes de transfert confient une poche d’investissement à un fonds privé mais en sont les seuls investisseurs. Ils décident alors de la stratégie d’investissement. PSL a, par exemple, confié un fonds sous gestion à Elaia Partners. Ainsi, Elaia Partners doit spécifiquement investir dans des projets deeptech dans le périmètre de PSL Université. Cette stratégie, en comparaison avec la précédente, favorise les investissements pour les startups mais restreint les champs d’investissement pour les fonds.
Stratégie n°3 : Les partenariats et accords-cadres entre les organismes de transfert de technologies et les fonds d’investissements privés
Enfin, d’autres types de relations entre organismes de transfert de technologies et fonds d’investissement existent mais ils sont moins courants. Il s’agit d’accords-cadres et de partenariats, visant à favoriser les échanges au niveau des opportunités d’investissement pour les fonds et à faciliter l’accès aux financements pour les startups issues des organismes de transfert de technologies. Les startups accompagnées par les OTT incrémentent les bases d’opportunités d’investissement pour les fonds et sont elles-mêmes orientées par les OTT vers leurs fonds partenaires.
La SATT Conectus et Kurma Partners ont, par exemple, mis en place en 2012 un partenariat visant à identifier les projets les plus prometteurs en vue de la création et de l’accompagnement de startups. Ce partenariat leur a ainsi permis de définir les programmes de travail à mettre en œuvre pour accélérer la valorisation des actifs d’une startup et faciliter sa première levée de fonds. Ils ont ensuite poursuivit leur engagement en investissant dans la maturation de projets, puis dans les startups créées au terme de ces projets de maturation (source : communiqué Kurma Partners).
Plus récemment, Inserm Transfert et M2Care, un fonds d’investissement formé d’entrepreneurs-investisseurs et agissant aussi comme un startup studio, ont mis en place une alliance stratégique dont l’objectif est d’accompagner le développement des technologies médicales et la création de startups innovantes dans le domaine de la healthtech. Cet accord a pour but de soutenir l’émergence d’innovations issues des laboratoires de l’Inserm pour leur permettre d’atteindre le marché, au bénéfice des patients et de la santé publique.
Les interactions entre organismes de recherche, organismes de transfert de technologies et fonds d’investissement sont essentielles pour assurer le succès du passage de l’innovation du secteur académique vers le secteur privé. Les spécificités de chaque acteurs les obligent à interagir, les fonds d’investissement prenant la suite des OTT pour assurer le financement et le développement des startups.
Parmi les trois typologies d’interactions étudiées, c’est la création de fonds d’investissement directement par les organismes de transfert de technologies qui semble le plus efficient, assurant une transition directe des financements, par le même organisme. La mise en place de mandats de gestion de fonds d’une structure publique par un fonds d’investissement privé, dans un modèle similaire à celui de PSL et d’Elaia Partners permet d’aboutir à des résultats similaires. Dans les autres cas, les interactions étant plus orientées autour de l’échange d’opportunités d’investissements, la transition financière n’est pas garantie, les fonds gardant une faculté de décision qui leur est propre.
Ces relations stratégiques sont donc clés dans les feuilles de routes de développement des écosystèmes d’innovation, pour les acteurs de la recherche académique, les organismes de transfert de technologies et les acteurs privés. Chez Alcimed, nous vous accompagnons sur ces sujets, n’hésitez pas à contacter notre équipe !
À propos de l’auteur,
Pierre, Consultant au sein de l’équipe Innovation et Politiques Publiques en France.