La demande croissante d’innovation en réadaptation neurologique
Un rétablissement fonctionnel limité dans de nombreuses indications neurologiques
À l’échelle mondiale, on estime que 2,41 milliards de personnes pourraient bénéficier d’une réadaptation à un moment donné de leur vie.
Les taux de rétablissement après une lésion cérébrale, cinq ans après le diagnostic, sont les suivants : 26 % s’améliorent, 22 % ne voient pas leur état changer, 30 % s’aggravent et 22 % décèdent. Pour les survivants d’un AVC : 10 % récupèrent presque complètement, 25 % présentent des séquelles mineures, 40 % nécessitent des soins spécifiques et 10 % doivent être pris en charge dans des établissements comme les maisons de retraite.
Ces chiffres soulignent le besoin urgent de programmes de réadaptation accessibles et efficaces.
Le processus de réadaptation doit commencer le plus tôt possible, et sa durée peut varier en fonction du patient et de sa pathologie. Idéalement, les patients devraient commencer la réadaptation en milieu hospitalier, puis, une fois stabilisés, être transférés dans des unités de réadaptation (si disponibles), en hospitalisation complète, ou recevoir une réadaptation en ambulatoire via des cliniques.
Les contraintes structurelles des programmes de réadaptation neurologique existants
Les stratégies de réadaptation conventionnelles utilisent des exercices pour améliorer les compétences motrices nécessaires à la réalisation des activités quotidiennes. Un kinésithérapeute ou un ergothérapeute supervise et guide les pratiques de réadaptation, en mettant en œuvre un entraînement répétitif pour reformuler les connexions neuromotrices et augmenter la force, l’amplitude des mouvements et la coordination.
Cependant, la réadaptation conventionnelle rencontre de nombreux défis, principalement liés à l’organisation hospitalière et à la participation des patients, par exemple :
- Les systèmes de santé sont confrontés à des limitations de ressources et privilégient souvent les coûts au détriment des soins centrés sur le patient. Cela peut entraîner des retards dans l’accès aux thérapies nécessaires et des traitements standardisés qui ne répondent pas aux besoins spécifiques des patients, impactant ainsi les résultats de la récupération.
- Même si la participation du patient est essentielle pour le succès de la réadaptation, celle-ci peut s’avérer frustrante, et intégrer leur perspective peut se révéler difficile.
La réalité virtuelle en réadaptation neurologique : enseignements des études récentes
La réalité virtuelle est apparue dans les années 1960 et a été introduite pour la première fois dans le domaine médical dans les années 1980, pour la formation et les exercices de simulation, permettant par exemple aux étudiants en médecine et aux chirurgiens de s’entraîner à des procédures complexes grâce à la réalité virtuelle.
La réalité virtuelle permet aux utilisateurs de s’immerger dans un environnement généré par ordinateur qui simule la réalité, et peut transformer et améliorer les processus actuels de réadaptation neurologique.
Les tâches de réadaptation effectuées via la réalité virtuelle peuvent être personnalisées et ludifiées, stimulant ainsi la motivation et la participation des patients ; alors que la réadaptation conventionnelle, répétitive, peut entraîner de la fatigue, de la monotonie et une faible motivation.
En effet, des études récentes ont intégré la réalité virtuelle à la réadaptation neurologique aiguë conventionnelle pour améliorer ou rétablir les fonctions motrices, les capacités cognitives, la parole et la communication chez les patients en convalescence après des lésions ou des troubles du système nerveux (par exemple, AVC, lésions cérébrales et de la moelle épinière, sclérose en plaques, etc.).
Pour les patients en neurochirurgie et neurotraumatologie aiguës
Une étude de faisabilité clinique en groupe unique a été menée dans un centre de neurochirurgie, visant à évaluer la faisabilité et la sécurité clinique initiale de l’utilisation de la RV dans le processus de neuroréadaptation pour les patients en neurochirurgie et neurotraumatologie aiguës. L’intervention en RV était composée de matériel (casque et contrôleur) et de logiciels développés par SyncVR Medical (Amersfoort, Pays-Bas). La technologie a été utilisée par des experts en neuroréadaptation après un AVC ou une lésion de la moelle épinière, pour la récupération physique et cognitive, en complément de la réadaptation conventionnelle.
L’étude a démontré que la neuroréadaptation par RV est réalisable, sûre et acceptable, avec une fidélité élevée et des effets secondaires minimes et tolérés, principalement une vision floue. Cela soutient l’intégration de la RV dans les milieux de réadaptation neurochirurgicale aiguë, potentiellement en accélérant la récupération et en maintenant un rapport coût-efficacité. Des études supplémentaires sont nécessaires pour explorer et optimiser la répartition entre la thérapie humaine et la RV, ainsi que pour évaluer les aspects économiques.
Pour les patients victimes d’AVC
Un essai contrôlé randomisé a été conçu pour évaluer l’efficacité, la sécurité et la perception d’une réadaptation physique basée sur la RV pour améliorer la fonction motrice des membres supérieurs chez les patients victimes d’AVC. La technologie utilisée était composée d’un casque (HDM) et d’un contrôleur comme matériel, et le logiciel a été développé avec Unity Technologies (États-Unis) et Votanic Ltd. (Chine).
Dans cette étude, l’approche immersive de réalité virtuelle a été combinée à la thérapie physique conventionnelle chez des patients atteints d’hémiplégie post-AVC aiguë. Elle a montré une récupération significative de la fonction motrice des membres supérieurs dans le groupe RV par rapport au groupe témoin (thérapie physique conventionnelle uniquement). De plus, les patients ont fait preuve d’un niveau élevé d’engagement et de motivation, et n’ont signalé aucun effet indésirable grave.
Dans ces études, l’intégration de la réadaptation neurologique par RV à la réadaptation conventionnelle a démontré sa faisabilité, sa sécurité et une amélioration de la récupération fonctionnelle.
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Les principaux défis à relever
Malgré ces résultats prometteurs, la réalité virtuelle en réadaptation neurologique doit encore surmonter plusieurs défis avant de pouvoir être largement adoptée et de réaliser pleinement son potentiel.
- Accessibilité et coût : Les systèmes de RV de haute qualité nécessitent du matériel avancé (casques, capteurs de mouvement, dispositifs haptiques) et des logiciels spécialisés, ce qui peut représenter un coût élevé pour les prestataires de soins et les centres de réadaptation. Bien que les prix diminuent progressivement, l’accessibilité financière reste un obstacle, en particulier dans les contextes à faibles ressources où les besoins en réadaptation sont souvent les plus importants.
- Manque de protocoles standardisés : Les études actuelles varient considérablement en termes de conception des interventions, de durée des thérapies et de critères de sélection des patients, ce qui rend difficile la comparaison des résultats ou l’établissement de directives cliniques claires pour la réadaptation par RV.
- Intégration dans les systèmes de santé : Pour intégrer la RV à la pratique conventionnelle, tous les professionnels de santé impliqués doivent recevoir une formation adéquate. Il existe également des préoccupations concernant une dépendance excessive à la technologie au détriment de la supervision humaine, qu’il faut surmonter.
Pour atteindre son plein potentiel et devenir une norme de soins, plusieurs étapes sont nécessaires :
- Des stratégies de réduction des coûts, telles que des casques de RV à bas prix, des plateformes open source et des solutions logicielles évolutives, sont nécessaires pour élargir l’accessibilité.
- Des essais contrôlés randomisés à long terme, avec des populations plus larges et plus diversifiées, doivent être menés pour établir l’efficacité clinique dans différentes conditions neurologiques.
- Une collaboration interdisciplinaire entre ingénieurs, cliniciens et décideurs politiques doit garantir que les outils de RV ne sont pas seulement technologiquement avancés, mais aussi conviviaux, fondés sur des preuves et compatibles avec les infrastructures de santé existantes, afin de faciliter leur intégration.
La réalité virtuelle offre un outil puissant et innovant pour compléter la réadaptation neurologique traditionnelle, en fournissant des environnements immersifs, personnalisés et motivants pour les patients. Les recherches actuelles démontrent sa faisabilité, sa sécurité et des signes précoces d’efficacité, mais des défis subsistent en matière de coût, d’accessibilité, de standardisation et d’intégration dans les systèmes de santé.
Les efforts futurs doivent se concentrer sur l’élargissement des preuves cliniques, la réduction des obstacles à l’adoption et la conception de solutions centrées sur le patient et adaptatives. Si ces étapes sont franchies, la RV a le potentiel de devenir un composant standard de la neuroréadaptation, en comblant les lacunes des soins et en améliorant significativement les résultats pour les personnes en convalescence après des lésions et troubles neurologiques.
Chez Alcimed, nous continuons d’explorer le domaine des lésions et troubles neurologiques pour identifier des solutions innovantes et accessibles pour tous les patients. N’hésitez pas à contacter notre équipe !
À propos des auteurs,
Hélène, Directrice de l’équipe Life Sciences d’Alcimed en Italie.
Annelisa, Consultante au sein de l’équipe Life Sciences d’Alcimed en Italie?