Santé Agroalimentaire Cross-sectoriel

Comment concilier nutrition et climat ? L’impact du changement climatique sur la santé et la sécurité alimentaire mondiale

Publié le 14 novembre 2025 Lecture 25 min

Si l’impact de la production alimentaire sur le climat est largement documenté, on parle moins souvent de l’influence inverse : comment le changement climatique affecte la nutrition et la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale. Pourtant, la dégradation des systèmes alimentaires liée aux variations climatiques représente une menace concrète pour la santé de millions de personnes, en particulier dans les régions les plus vulnérables où les carences nutritionnelles et les maladies liées à l’alimentation sont en augmentation.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2023, près de 2 milliards de personnes n’avaient pas accès à une eau potable sûre, et environ 600 millions souffraient chaque année de maladies d’origine alimentaire, dont 30 % des décès associés concernaient des enfants de moins de cinq ans.

Dans ce premier épisode d’une série de deux articles, Alcimed décrypte comment le réchauffement climatique compromet la sécurité alimentaire, et ses conséquences sur la santé des populations à travers le monde, soulignant l’importance cruciale pour les acteurs de la santé, publics et privés, de prendre pleinement conscience de ces enjeux. Le second article abordera plus spécifiquement les défis auxquels ces acteurs sont confrontés, ainsi que les stratégies nécessaires pour s’adapter à ces impacts.

L’impact du réchauffement climatique sur la production agricole

Le réchauffement climatique réduit l’accès à une alimentation saine, via plusieurs mécanismes interconnectés. En particulier, l’augmentation des températures entraîne une élévation de la concentration de CO₂ dans l’atmosphère, créant ainsi une rétroaction qui accentue encore le changement climatique.

Impact n°1 : Une baisse de rendements due à la hausse des températures

De nombreuses études convergent pour démontrer que le réchauffement climatique entraine des pertes de production agricole, directement liées aux températures plus élevées, et qui varient selon les régions du monde1Zhao, C., Liu, B., Piao, S., Wang, X., Lobell, D. B., Huang, Y., Huang, M., Yao, Y., Bassu, S., Ciais, P., Durand, J., Elliott, J., Ewert, F., Janssens, I. A., Li, T., Lin, E., Liu, Q., Martre, P., Müller, C.,. . . Asseng, S. (2017). Temperature increase reduces global yields of major crops in four independent estimates. Proceedings Of The National Academy Of Sciences, 114(35), 9326 9331. https://doi.org/10.1073/pnas.17017621142INSERM (Press Room). (2025, September 24). “Junk food”: Really a cause of depression? INSERM Press Room [in French]. https://presse.inserm.fr/canal-detox/la-malbouffe-une-cause-de-depression-vraiment/. Les analyses prospectives du GIEC montrent par exemple qu’au Sahel, d’ici à 2050 et sans mesures d’adaptation appropriées, une baisse des productions céréalières de 20% à 50% doit être attendue3Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). Sixth Assessment Report (AR6). Ces baisses de rendements sont également aggravées par l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les sécheresses, les inondations ou les cyclones qui détruisent les cultures et infrastructures agricoles.

Impact n°2 : Une qualité nutritionnelle réduite à cause de la hausse de concentration atmosphérique en CO2

Outre la quantité, la qualité nutritionnelle des cultures est également compromise par le changement climatique. La hausse la de concentration atmosphérique en CO2 a un impact direct sur la composition des sols, et donc des aliments. Cela se traduit notamment par des concentrations en protéines, en zinc et en fer réduites dans les aliments qui représentent les deux tiers de l’alimentation mondiale (blé, riz et maïs). Des études sur le riz ont mis en évidence une baisse de la concentration en folates et autres vitamines B, pouvant atteindre 30%, lorsqu’il était exposé à une teneur en CO2 élevée4CHANGEMENT CLIMATIQUE ET NUTRITION Table ronde sur la politique et la recherche sur l’action intégrée climat-nutrition 5 février 2025 – FAO. Par ailleurs, cette condition augmente la teneur en toxines de certaines cultures vivrières et de centaines de produits de la mer, avec les risques qui s’ensuivent pour la sécurité sanitaire de ces aliments.

Impact n°3 : Une prolifération des ravageurs, des maladies et une contamination alimentaire accrue

L’augmentation de température entraîne également l’effondrement de la biodiversité et favorise ainsi de façon spectaculaire le partage de virus entre espèces animales, qui augmente drastiquement le risque d’émergence de nouveaux pathogènes dans les populations humaines. Par ailleurs, les agents pathogènes se propagent plus facilement, ce qui augmente la fréquence des maladies d’origine alimentaire. Le changement climatique peut également modifier la distribution des champignons, augmentant ainsi l’exposition humaine à certaines mycotoxines et exacerbant leurs effets sur la santé. En parallèle, les insectes nuisibles consomment aujourd’hui 5 à 20% des principales cultures de grains (blé, riz et maïs), et les chercheurs estiment que ces pertes pourraient augmenter de 10 à 25% par degré de réchauffement. Cela encourage un recours aux pesticides, dont certains qui peuvent être toxiques pour l’humain  et notamment causer des cancers, comme celui du pancréas.

Les conséquences de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire sur la santé

Le changement climatique affecte directement la disponibilité, la qualité et la diversité des aliments, exacerbant ainsi deux types de  défis alimentaires et nutritionnels : une qualité d’alimentation dégradée dans les pays occidentaux à cause de la montée des prix des aliments de bonne qualité nutritionnelle ; et une malnutrition ou sous-nutrition dans les pays plus vulnérables.  La consommation de régimes “malsains” aurait contribué à 11,2 millions de décès en 2021 dans le monde5Romanello, M. et al. The 2024 report of the Lancet Countdown on health and climate change: facing record-breaking threats from delayed action. Lancet (London, England) 404, 1847–1896 (2024)., tandis qu’environ 750 millions de personnes souffraient de la faim, principalement en Afrique. Ces situations se traduisent par une hausse d’incidence de certaines maladies.

Maladies cardiométaboliques liées à la malnutrition

Dans le monde entier, la baisse des rendements agricoles et la flambée des prix des denrées alimentaires poussent de nombreux foyers à adopter une alimentation déséquilibrée, souvent pauvre en nutriments essentiels mais riche en aliments ultra-transformés, ce qui augmente le risque de maladies cardiométaboliques telles que l’obésité, l’hypertension, le diabète de type 2 et leurs comorbidités cardiovasculaires. Ces pathologies sont désormais la première cause de mortalité dans le monde, touchant à la fois les populations moins aisées des pays développés et les populations des régions plus vulnérables, avec plus de 17 millions de décès prématurés chaque année (OMS).

Maladies liées à la dénutrition et aux carences

Comme nous l’avons vu plus haut, le blé, le riz et le maïs, qui fournissent près des deux tiers des calories mondiales, voient leur production sévèrement menacée par le réchauffement climatique. Cette fragilisation des systèmes alimentaires accroît la vulnérabilité des populations, en particulier des enfants, exposés à l’émaciation et aux carences nutritionnelles. Selon l’UNICEF (2023), 45 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent d’émaciation, et 149 millions présentent un retard de croissance (stunting). Ces déficits compromettent leur développement physique et cognitif tout en augmentant la morbidité et la mortalité infantile.

Immunodépression et maladies infectieuses

D’autre part, les carences en micronutriments comme le fer et le zinc affaiblissent le système immunitaire et augmentent la vulnérabilité aux anémies, diarrhées et autres infections, notamment respiratoires. Chaque année, les infections diarrhéiques causent environ 525 000 décès chez les enfants de moins de 5 ans, souvent aggravées par une mauvaise nutrition (OMS, 2022). Les maladies respiratoires, telles que la pneumonie, sont également plus fréquentes et sévères chez les enfants malnutris, en particulier dans les zones à forte insécurité alimentaire.

L’intensification des conditions de chaleur et d’humidité à l’échelle mondiale favorisent en outre la prolifération de pathogènes et le développement de mycotoxines dans les aliments, amplifiant les risques de contaminations alimentaires et hydriques. Par exemple, des épidémies de leptospirose et d’hépatite A, liées à l’eau contaminée, touchent régulièrement des populations vulnérables. Par ailleurs, l’exposition chronique aux mycotoxines présentes dans certaines céréales peut provoquer des lésions rénales et d’autres complications sanitaires. Ces pathologies nécessitent des soins spécialisés souvent difficiles d’accès dans les régions concernées.

Santé mentale et cognitive

La dénutrition affecte directement le cerveau en perturbant la production d’hormones clés comme la sérotonine et en favorisant la neuro-inflammation, ce qui peut entraîner un déclin cognitif progressif. Les régimes pauvres en nutriments essentiels sont associés à une augmentation des troubles dépressifs et anxieux, tandis qu’une alimentation équilibrée, notamment riche en oméga-3, joue un rôle protecteur en soutenant la santé mentale et cognitive.

En conclusion, la hausse des températures et des émissions de CO2 sur notre planète se répercute indirectement sur notre santé via notre alimentation, en altérant la qualité et la disponibilité des ressources alimentaires.

Le réchauffement climatique accentue un double déséquilibre nutritionnel : surconsommation de produits ultra-transformés dans les pays industrialisés et aggravation de la dénutrition dans les régions à faibles revenus. La moindre carence fragilise le système immunitaire et accroît le risque de maladies infectieuses ou métaboliques.

Comme souvent dans les crises environnementales, ce sont les populations les plus vulnérables — économiquement ou géographiquement — qui en subissent les impacts les plus lourds, en raison d’un accès limité à des aliments sains, à des soins adaptés, et d’une exposition accrue aux risques sanitaires.

Face à ces enjeux, il est urgent de repenser les politiques de santé publique et les stratégies de résilience alimentaire dans une approche à la fois locale et systémique.

Dans un prochain article, nous approfondirons les répercussions du réchauffement climatique sur l’industrie agroalimentaire et les systèmes de santé, afin de mieux cerner les adaptations nécessaires à ces nouvelles réalités.

Si vous souhaitez explorer l’impact du réchauffement climatique sur les problématiques de la santé via la nutrition, nos équipes spécialisées en santé et agroalimentaire peuvent vous accompagner. N’hésitez pas à nous contacter !


À propos de l’auteur,

Elise, Consultante senior au sein de l’équipe Santé d’Alcimed en France.

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