3 techniques et technologies pour valoriser les DEEE : de la dépollution aux procédés avancés
Préparation au réemploi et remise en état des déchets d’équipements électriques et électroniques
La meilleure voie de valorisation des déchets d’équipements électriques et électroniques est le réemploi. La préparation au réemploi s’applique aujourd’hui prioritairement aux flux informatiques et aux petits appareils. Elle comprend le diagnostic fonctionnel, l’effacement certifié des données pour les équipements informatiques, la remise en état (remplacement de batteries, disques ou mémoires), les tests et la remise sur le marché avec garantie.
Dépollution puis traitement mécanique et séparation des matériaux
Le cœur de l’activité industrielle repose sur des séquences combinant broyage, criblage, séparation magnétique des métaux ferreux, courants de Foucault pour l’aluminium, tri optique et séparations densimétriques et électrostatiques pour les plastiques, puis granulation de câbles afin d’extraire le cuivre. Ces chaînes produisent des fractions commercialisables vers les exutoires matière (aciéries, fonderies, plasturgistes, affineurs). Des groupes spécialisés (par exemple Paprec DEEE ou Veolia Triade Électronique) opèrent des capacités industrielles multi-flux, avec des unités de référence à l’échelle nationale.
Avant tout broyage, les opérateurs appliquent une dépollution réglementaire : extraction des accumulateurs et piles, retrait des condensateurs visés selon dimensions et technologies, dépose des cartes électroniques « riches », collecte des câbles, des fluides et des composants contenant des substances dangereuses. Des notes techniques précisent par exemple les cas d’exemption pour certains condensateurs en boîtier plastique et les protocoles de preuve de dépollution et de suivi aval. Des contraintes réglementaires supplémentaires existent également pour les plastiques contenant des retardateurs de flamme bromés.
Affinage des cartes électroniques et métaux critiques
Les cartes électroniques (PCB) sont quant à elles transmises à des affineurs européens combinant pyrométallurgie et hydrométallurgie afin de récupérer le cuivre et les métaux précieux (or, argent, palladium). La réglementation exige une traçabilité robuste, y compris des preuves de dépollution lorsque des cartes non dépolluées sont envoyées à l’aval, ainsi que des garanties sur les exutoires des plastiques contenant des retardateurs de flamme bromés.
Une filière techniquement performante mais avec un faible taux de traitement dans les circuits agréés et un faible réemploi
En France, près de la moitié des DEEE ne sont pas captés par la filière agréée
Alors que la France fait partie des meilleurs élèves à l’échelle mondiale, l’étude nationale de référence sur le gisement ménager 2019 montrait qu’en France seulement 52 % des DEEE générés étaient traités dans la filière agréée. Parmi les 48% de déchets restants :
- 12,0 % finissaient en élimination hors filière (ordures ménagères résiduelles et encombrants puis incinération ou enfouissement) ;
- 12,5 % étaient captés par la filière ferraille hors contrat ;
- 5,7 % relevaient de ferrailles « captables » ;
- 4,2 % correspondaient à de l’export d’EEE d’occasion déclaré ;
- ≈ 10,4 % restaient non documentés (fuites, vols, thésaurisation).
Cette ventilation met donc en évidence des pertes de matière et de dépollution liées au fait que près de la moitié des flux échappent au circuit formel.
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Une filière pourtant techniquement performante sur le collecté
La filière des DEEE en France est structurée autour d’éco-organismes chargés d’organiser la collecte, le réemploi, le recyclage et le traitement des déchets. Sur le périmètre des DEEE collectés par ecosystem (principal éco-organisme en France) en 2023, 77,6 % des tonnages sont réutilisés ou recyclés et 90,5 % sont valorisés au total. L’écart s’explique principalement par la valorisation énergétique de fractions sans débouché matière (plastiques contenant des retardateurs de flamme bromés, fines et résidus). Ces résultats confirment la solidité technique du traitement dès lors que la captation a effectivement lieu.
Un faible taux de remise en état ou de revalorisation directe des déchets d’équipements électriques et électroniques
Cependant, les données récentes confirment un volume de réemploi et de réutilisation des déchets d’équipements électriques et électroniques encore modeste au regard des tonnages captés. En 2023, 4% environ des tonnages collectés par ecosystem ont bénéficié d’une remise en état ou d’une réutilisation directe. Cette situation reflète plusieurs contraintes techniques et économiques. Les équipements présentent une complexité d’assemblage élevée, une hétérogénéité de formats et des architectures multi-matériaux qui rendent le démontage non destructif difficile, lent et coûteux. Le démantèlement manuel demeure déterminant pour extraire certaines pièces à forte valeur, mais il devient peu compétitif lorsque les coûts salariaux augmentent et que les besoins industriels sont importants.
L’organisation de la filière et la disponibilité des compétences constituent un autre verrou, puisqu’il existe un besoin de réparateurs labellisés et de techniciens formés pour industrialiser la remise en état sur des segments où la standardisation est encore insuffisante. Aussi, les pertes amont et les flux hors filière détériorent la qualité et la traçabilité des gisements disponibles pour le réemploi. Enfin, la commercialisation des équipements remis en état n’est pas non plus évidente car il faut que les nouveaux équipements répondent aux normes réglementaires et aux exigences constructeurs.
Dans ce contexte, la revalorisation directe d’appareils complets ou de sous-ensembles demeure minoritaire par rapport au recyclage matière des fractions, lequel concentre l’essentiel des volumes une fois la dépollution réalisée.
Néanmoins, cette filière encore peu mature est en plein développement à travers de nombreuses initiatives parmi les industriels du recyclage et les acteurs de l’ESS (économie sociale et solidaire) notamment.
Perspectives d’évolution pour la valorisation des DEEE
Leviers techniques et réglementaires
Les leviers prioritaires concernent l’intensification de la collecte (maillage de reprise 1-pour-1 et 1-pour-0, achats publics intégrant le réemploi, campagnes contre la thésaurisation), la montée en charge du réemploi (notamment pour l’IT et les petits appareils), le renforcement des exigences de conformité, ainsi que la sécurisation des exutoires et le renforcement des restrictions pour les plastiques soumis aux règles POP (persistent organic pollutants). La diffusion d’outils numériques (traçabilité des séries, passeport numérique de produit) et l’éco-conception (réduction des mélanges de polymères et des additifs problématiques, démontabilité accrue) faciliteront la valorisation matière et la réduction des pertes.
Innovations pour améliorer et sécuriser le traitement des déchets d’équipements électriques et électroniques
Un autre levier important est de s’appuyer sur la robotique et l’analyse de données pour automatiser le tri, améliorer et sécuriser la co-activité et améliorer la captation des composants à forte valeur (par exemple, les cartes électroniques riches et câbles cuivre).
Notamment, les perspectives de robotisation et de vision par intelligence artificielle pour l’automatisation de déposes ciblées, la généralisation des procédures de dépollution conformes aux référentiels, l’éco-conception pour le démontage et la traçabilité via passeport numérique peuvent abaisser les coûts unitaires, sécuriser la conformité des pièces réutilisées et améliorer la compétitivité du réemploi. Le renforcement des débouchés plastiques compatibles avec les seuils réglementaires et l’amélioration du maillage des ateliers de préparation au réemploi complètent l’agenda opérationnel. Certaines ambitions, comme celle de la PME française Bobee Robotics et son robot de démantèlement automatisé des smartphones dernière génération, ouvrent la voie à de nouvelles possibilités à la fois responsables et lucratives face aux enjeux de la valorisation des DEEE.
La France et l’Union européenne disposent d’un socle technique solide : dépollution normée, tri mécanique performant et exutoires matière structurés, capables de délivrer près de 80 % de recyclage sur les tonnages effectivement collectés. La priorité consiste désormais à accroître la captation du gisement, améliorer les possibilités de remise en état et de réutilisation, à réduire les fuites vers les circuits informels et l’élimination, et à assurer des voies de traitement conformes pour les plastiques soumis au règlement POP. L’association de la collecte renforcée, du réemploi, de l’éco-conception et de l’automatisation doit permettre d’augmenter la part réellement recyclée du gisement, de sécuriser l’accès aux métaux et polymères secondaires et de réduire l’empreinte environnementale de la filière. Alcimed peut vous aider à explorer ces opportunités avec vous ! N’hésitez pas à contacter notre équipe !
À propos de l’auteur,
François, Consultant senior au sein de l’équipe Énergie, Environnement et Mobilités d’Alcimed en France.