Santé mentale : histoire, définitions et enjeux actuels
La santé mentale est un concept vaste et en constante évolution. Longtemps réduite à la seule absence de maladie psychiatrique, elle englobe aujourd’hui des notions beaucoup plus larges telles que le bien-être émotionnel, santé psychologique, la qualité de vie ou encore la santé psychique. Historiquement, la santé mentale a longtemps été associée à la prise en charge des troubles psychiatriques. Mais depuis plusieurs décennies, le concept s’est élargi.
En 1946, l’OMS avançait déjà une notion de bien être, définissant la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Ce n’est qu’à partir de 2001 que la définition de la santé mentale se précise : l’OMS décrit la santé mentale comme « un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté». Cette vision plus positive fait de la santé mentale non plus seulement l’absence de troubles psychiatriques, mais une ressource essentielle pour mener une vie épanouie. En 2022, l’OMS a intégré la notion de droit humain dans sa définition en rajoutant la mention suivante : « La santé mentale est un droit fondamental de tout être humain ». Aujourd’hui, la santé mentale est au cœur des débats sociétaux et médiatiques, nourrissant de nombreux termes tendances autour du bien-être, du burn-out, ou de la dépression.
Dans cet article, nous choisissons de nous appuyer sur la définition de l’OMS de 2001 qui distingue trois niveaux de santé mentale :
- La santé mentale positive qui correspond à un état de bien-être général.
- La détresse psychologique réactionnelle, quant à elle, survenant en réponse à un événement stressant et peut se manifester par de l’anxiété, du stress, de la tristesse, de l’irritabilité ou des troubles du sommeil, sans toutefois relever d’un trouble psychiatrique au sens strict.
- Enfin, les troubles psychiatriques qui se définissent par un ensemble de symptômes durables et significatifs, tels que des troubles de l’humeur, des troubles anxieux, du stress chronique, des psychoses ou des troubles de la personnalité, qui altèrent le fonctionnement personnel, social ou professionnel.
En France, la santé mentale est devenue un sujet prioritaire des politiques publiques, notamment sous l’effet de la crise sanitaire liée à la COVID-19, qui a exacerbé l’anxiété, l’isolement social et les troubles dépressifs au sein de la population. Depuis plusieurs années, différents plans nationaux — comme le PTSM (Projets territoriaux de santé mentale) — visent à mieux structurer l’offre de soins, à promouvoir la prévention et à réduire la stigmatisation. Les pouvoirs publics français affichent une volonté croissante d’investir dans la santé mentale, aussi bien au niveau des soins que de la prévention, conscients des enjeux économiques, sociaux et sanitaires qu’elle représente.
La santé mentale affecte l’observance thérapeutique et le parcours de soin du patient
L’un des premiers effets documentés de la santé mentale est son influence sur l’adhésion thérapeutique. L’OMS estime qu’une mauvaise observance réduit drastiquement l’efficacité des traitements de longue durée. Par exemple, chez les patients vivant avec le VIH, la dépression est associée à une moindre adhésion aux antirétroviraux et à une charge virale plus élevée. Chez les patients ayant subi un infarctus aigu du myocarde, on observe le même phénomène : des niveaux plus faibles d’anxiété et de dépression sont associés à une meilleure observance médicamenteuse. Enfin, plus largement chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires, des études montrent que anxiété et humeur dépressive diminuent la capacité à suivre les recommandations médicales, qu’il s’agisse d’alimentation, d’activité physique ou de prise de médicaments.
Le stress joue également un rôle majeur : une étude menée pendant la pandémie de COVID-19 montre que des niveaux élevés de stress ont significativement réduit l’adhésion aux médicaments. Dans la même idée, des programmes de gestion du stress en oncologie ont permis de réduire la fatigue, d’améliorer le bien-être émotionnel et peuvent renforcer l’engagement thérapeutique des patients ce qui conduit à une meilleure adhésion au traitement et une plus grande capacité à faire face aux effets secondaires.
Au-delà de l’observance, la santé mentale impacte aussi les parcours de soins, en facilitant un meilleur diagnostic et en permettant d’orienter les patients vers un traitement plus adapté et optimal. Une étude portant sur le dépistage du cancer de la prostate a constaté que les hommes ayant un niveau de stress élevé étaient 17 % moins susceptibles de se soumettre au dépistage entraînant un risque accru de diagnostic tardif. Une étude menée sur 50 000 vétérans atteints de cancer a révélé que ceux ayant bénéficié d’un soutien psychologique avaient 35 % de chances supplémentaires de recevoir un traitement optimal (conforme aux recommandations médicales, administré sans retard et avec la bonne intensité thérapeutique). Par ailleurs, un modèle de soins collaboratifs, intégrant des psychologues au sein des équipes médicales, permet de réduire les hospitalisations non planifiées.
Tous les exemples précédents démontrent l’importance d’intégrer le soutien psychologique des patients dans les stratégies de prise en charge, non seulement pour améliorer l’observance, mais aussi parce qu’il s’agit d’un véritable parcours de soins qui permet d’optimiser la prise en charge globale.
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La santé mentale influence la réponse thérapeutique
Le stress chronique et les troubles anxieux altèrent profondément la physiologie des patients. Ils activent l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, entraînant une production soutenue de cortisol et d’adrénaline. À long terme, cela favorise un état pro-inflammatoire. Plusieurs méta-analyses ont montré des taux significativement plus élevés de protéine C-réactive (CRP, marqueur biologique de l’inflammation) et d’interleukine-6 (IL-6) (marqueur de l’inflammation chronique des vaisseaux) chez les personnes souffrant de dépression ou d’anxiété.
Cette inflammation chronique est associée à une augmentation de la douleur, de la fatigue, à des troubles du sommeil, et à une aggravation subjective des symptômes physiques. Chez les patients coronariens, un taux élevé de CRP est associé à un risque accru de complications cardiovasculaires.
Ces dérèglements biologiques peuvent directement nuire à l’efficacité des traitements médicaux. Par exemple, chez des patients atteints de cancer du poumon sous immunothérapie, la présence d’une détresse psychologique réactionnelle importante est associée à un taux de réponse plus faible, une progression tumorale plus rapide et une survie sans progression réduite de moitié. Des interventions ciblées, comme les programmes de gestion du stress, ont montré leur efficacité à réduire les niveaux de cortisol et à améliorer les réponses biologiques chez les patients atteints de cancer.
Ce n’est pas qu’une corrélation : des mécanismes biologiques précis expliquent ces effets. Le stress favorise l’élévation prolongée du taux de noradrénaline — une hormone libérée en situation de stress — qui peut stimuler directement la croissance tumorale. Cette hormone favorise, chez la souris, l’angiogenèse, c’est-à-dire la formation de nouveaux vaisseaux sanguins qui nourrissent la tumeur, et peut même réactiver des cellules cancéreuses dormantes, contribuant ainsi à la dissémination métastatique. Des voies moléculaires précises ont été identifiées pour expliquer ce lien, notamment l’activation du récepteur β2-adrénergique et de la voie de signalisation cAMP-PKA, qui favorisent la progression du cancer. Autrement dit, le stress psychologique ne se contente pas de fragiliser les patients : il agit directement sur les mécanismes tumoraux, au cœur même des cellules.
La détresse psychologique réactionnelle agit également de façon indirecte sur l’efficacité des traitements, en favorisant l’apparition ou l’aggravation de comorbidités telles que l’obésité. Ces dernières peuvent altérer la réponse thérapeutique en induisant une inflammation chronique et en participant au développement d’une résistance à certaines chimiothérapies.
Le cas particulier de la dépression
La dépression est un trouble psychiatrique à part entière, qui requiert une prise en charge médicale adaptée. Elle touche jusqu’à 40 % des patients atteints de maladies chroniques comme les cancers ou les pathologies cardiovasculaires, et entraîne des symptômes durables — fatigue, troubles cognitifs, perte d’intérêt — qui compliquent la gestion des soins. Son impact sur la santé est souvent plus marqué que celui d’autres maladies chroniques comme l’asthme ou le diabète. Elle augmente également fortement le risque de suicide : selon l’OMS, plus de 60 % des suicides dans le monde sont liés à un trouble dépressif majeur. C’est pourquoi elle est traitée ici à part, bien qu’elle soit souvent la conséquence évitable d’une détresse psychologique réactionnelle.
La dépression est un facteur de non-observance majeur : une méta-analyse a montré que les patients déprimés ont environ trois fois plus de risques de ne pas suivre correctement leur traitement. Chez les patients atteints de diabète, la dépression augmente de 76 % le risque de non-adhérence ou d’abandon thérapeutique. Cette moindre observance contribue à détériorer le pronostic, notamment en oncologie, où la dépression est associée à une augmentation de la mortalité allant de +25 % à +39 %.
Malgré ces données préoccupantes, la dépression reste encore insuffisamment prise en compte dans les parcours de soin. Pourtant, les modèles de soins collaboratifs, combinant suivi médical et accompagnement psychologique, ont montré leur efficacité pour améliorer l’adhérence thérapeutique et les résultats cliniques, en particulier chez les patients atteints de maladies chroniques comme le diabète ou les pathologies cardiovasculaires. Ces approches permettent des améliorations de certains indicateurs cliniques, notamment le contrôle glycémique chez les diabétiques.
Puisque la santé mentale influence l’efficacité des traitements, via un impact sur l’observance et la réponse thérapeutique, il convient de s’interroger sur les moyens dont dispose l’industrie pharmaceutique. Nous recommandons une approche globale de la santé mentale, articulée autour de trois grands axes : la génération de données (intégration d’indicateurs dans les essais cliniques, recherche sur les mécanismes biologiques et les populations à risque, etc.), l’évolution des modèles de soins (soutien à des soins intégrés avec accompagnement psychologique, formation des professionnels à la détection de la détresse mentale, etc.) et le développement de solutions pour les patients (coaching, applications, suivi, “beyond the pill”, etc.).
Alcimed peut vous accompagner dans l’exploration de ces opportunités et la mise en place d’approches innovantes à l’interface entre santé mentale et impact thérapeutique. N’hésitez pas à contacter notre équipe !
À propos de l’auteur,
Fanny, Consultante au sein de l’équipe Santé d’Alcimed en France.