Défi n°1 : des symptômes ambigus
Limites actuelles
Le principal obstacle diagnostique réside dans l’ambiguïté des symptômes précoces. Les ovaires étant situés à proximité d’autres organes, l’élargissement de la tumeur provoque souvent des symptômes interprétés à tort comme des troubles gastro-intestinaux, dus à la pression exercée sur les organes voisins. Les patientes décrivent souvent une douleur sourde et constante dans le bas-ventre. D’autres symptômes fréquents incluent des ballonnements, des envies fréquentes d’uriner, des troubles du transit ou encore une indigestion.
Bien que les ovaires se trouvent dans le bassin, certaines femmes signalent des douleurs et des ballonnements dans la partie supérieure de l’abdomen au moment de l’apparition des symptômes1Liberto, J. M., Chen, S., Shih, I., Wang, T., Wang, T., & Pisanic, T. R. (2022). Current and Emerging Methods for Ovarian Cancer Screening and Diagnostics: A Comprehensive Review. Cancers, 14(12), 2885..
Ces symptômes, souvent confondus avec des troubles digestifs, menstruels ou d’autres affections bénignes, rendent la détection précoce particulièrement difficile. En conséquence, le diagnostic survient généralement à un stade avancé. Certaines études montrent que les femmes reçoivent leur diagnostic en moyenne plus de six mois après la première consultation médicale, contribuant ainsi aux retards importants de détection.
Perspectives d’avenir
Le renforcement de la sensibilisation et du plaidoyer des patientes constitue une voie prometteuse pour surmonter ces obstacles. Mieux informer les femmes sur les symptômes associés au cancer de l’ovaire leur permet de défendre leur santé et de mieux identifier leurs facteurs de risque, notamment lorsqu’un membre féminin de leur famille a été diagnostiqué d’un cancer du sein ou d’un cancer gynécologique.
Défi n°2 : un manque de sensibilisation et de formation chez les professionnels de santé
Limites actuelles
Un autre obstacle majeur à la détection précoce du cancer de l’ovaire réside dans la faible sensibilisation et la formation insuffisante des médecins généralistes et soignants de première ligne2Rampes, S., Bolina, A., & Choy, S. (2022). Early diagnosis of symptomatic ovarian cancer in primary care in the UK: opportunities and challenges. Cambridge Core. https://doi.org/10.1017/S146342362200041X.
Les symptômes vagues et peu spécifiques du cancer de l’ovaire sont souvent attribués à des troubles bénins lors des premières consultations, notamment en médecine générale. Plusieurs études indiquent que les médecins ne pensent pas spontanément au cancer de l’ovaire dans leur diagnostic différentiel, surtout chez les femmes jeunes ou préménopausées. De plus, le manque de temps ou la méconnaissance des facteurs de risque, comme la prédisposition génétique, entraînent souvent un retard dans l’identification des patientes à risque.
Perspectives d’avenir
Pour surmonter ce défi, les systèmes de santé doivent investir dans des programmes de formation ciblés et des outils d’aide au diagnostic destinés aux médecins de premier recours.
L’utilisation d’algorithmes décisionnels, de listes de symptômes et de parcours de référence structurés pourrait permettre d’identifier plus tôt les cas suspects. L’intégration renforcée des dossiers médicaux électroniques (DME) avec des outils d’analyse prédictive pourrait également déclencher des alertes automatiques pour orienter les patientes vers des spécialistes. Renforcer la sensibilisation des praticiens permettrait non seulement de réduire les retards diagnostiques, mais aussi de consolider la première ligne de défense contre la détection tardive du cancer de l’ovaire.
Défi n°3 : l’absence de tests de dépistage fiables et non invasifs
Limites actuelles
Malgré les avancées en oncologie, il n’existe toujours pas de test de dépistage fiable et standardisé pour le cancer de l’ovaire. Contrairement aux cancers du sein ou du col de l’utérus, bénéficiant respectivement de la mammographie et du frottis, le cancer de l’ovaire ne dispose pas d’un équivalent universellement reconnu.
Les deux outils les plus couramment utilisés, le dosage du marqueur sanguin CA-125 et l’échographie transvaginale, présentent des limites importantes. Le taux de CA-125 peut être élevé pour des raisons bénignes, notamment chez les femmes préménopausées, tandis que l’imagerie échographique manque souvent de précision pour les cancers précoces, surtout lorsque les tumeurs proviennent des trompes de Fallope3Liberto, J. M., Chen, S., Shih, I., Wang, T., Wang, T., & Pisanic, T. R. (2022b). Current and Emerging Methods for Ovarian Cancer Screening and Diagnostics: A Comprehensive Review. Cancers, 14(12), 2885..
Le processus diagnostique reste par ailleurs souvent invasif. Des biopsies chirurgicales sont généralement nécessaires pour confirmer la malignité, impliquant un prélèvement de tissu parfois difficile selon la localisation de la tumeur. Ces procédures comportent des risques de complications et un fort impact psychologique, tout en retardant souvent le diagnostic définitif.
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Perspectives d’avenir
Pour pallier ces limites, plusieurs acteurs innovent dans le domaine des biomarqueurs et du diagnostic :
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Les tests sanguins pilotés par l’IA améliorent la précision de détection et réduisent les faux positifs. L’université Johns Hopkins, par exemple, a mis au point le test DELFI-Pro, qui analyse l’ADN libre circulant et les biomarqueurs protéiques grâce à l’intelligence artificielle, avec une forte sensibilité dès les stades précoces. De son côté, le test Galleri de Grail, bien qu’il ne soit pas spécifique au cancer de l’ovaire, utilise les profils de méthylation de l’ADN libre pour dépister plus de 50 cancers, dont celui de l’ovaire, à partir d’un seul échantillon sanguin4Ventures, J. H. T. (2024, 4 octobre). AI-Based ‘Liquid Biopsies’ Using Cell-Free DNA and Protein Biomarkers Could Aid Early Detection of Ovarian Cancer. Johns Hopkins Technology Ventures. https://ventures.jhu.edu/news/ai-based-liquid-biopsies-using-cell-free-dna-and-protein-biomarkers-could-aid-early-detection-of-ovarian-cancer/.
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L’imagerie avancée assistée par IA vise à surmonter les limites de l’échographie classique. Bien que cette application soit encore en développement spécifique au cancer de l’ovaire, elle complète les biopsies liquides en améliorant la précision du suivi.
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Les tests génétiques élargis, tels que les analyses des gènes BRCA1/2 ou les scores de risque polygénique, permettent d’identifier les femmes les plus exposées. La start-up AOA Dx, par exemple, développe une biopsie liquide ciblée sur des biomarqueurs spécifiques à l’ovaire, visant une détection précoce à haute spécificité.
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Les programmes de dépistage multi-cancers (MCED) intègrent désormais des marqueurs du cancer de l’ovaire. La société Nevia Bio explore un test à domicile basé sur l’analyse du fluide vaginal combinée à l’IA pour détecter précocement les signaux des cancers gynécologiques, offrant une alternative moins invasive et plus accessible que les tests sanguins.
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Les tests sur les lipides et glycoprotéines progressent également. L’entreprise finlandaise Uniogen développe un test capable de distinguer les cas bénins des cas malins en analysant les profils de glycosylation du CA-125. En Australie, INOVIQ teste une méthode basée sur les vésicules extracellulaires (EVs) présentes dans le sang, affichant plus de 90 % de précision et très peu de faux positifs.
Le développement de tests plus précis, non invasifs et facilement déployables est essentiel pour réduire les délais diagnostiques et améliorer la prise en charge. Les acteurs de la pharma et du MedTech ont ici une réelle opportunité d’accélérer l’innovation et de favoriser l’adoption de ces solutions prometteuses dans la pratique gynécologique courante.
Le diagnostic du cancer de l’ovaire fait face à trois obstacles majeurs : des symptômes peu spécifiques, un manque de sensibilisation des professionnels de santé et l’absence de tests de dépistage efficaces. Ces lacunes entraînent des retards de diagnostic et de traitement, au détriment des patientes et des soignants.
La demande pour des solutions diagnostiques mini-invasives est croissante afin de réduire les chirurgies inutiles, raccourcir les délais de diagnostic et améliorer l’expérience des patientes, créant ainsi une forte attente d’innovation sur ce marché. Les innovations émergentes offrent des perspectives réelles pour transformer la détection précoce.
En adoptant les nouvelles technologies, en renforçant la collaboration et en plaçant les patientes au centre des démarches, il est possible d’améliorer significativement la prise en charge du cancer de l’ovaire. Si ces innovations sont prometteuses, leur déploiement à grande échelle dépendra toutefois des autorisations réglementaires, de leur coût et de leur intégration dans les systèmes de santé. À mesure que les avancées se multiplient, les acteurs de la pharmacie, du MedTech et de l’oncologie doivent poursuivre leurs efforts pour faire du diagnostic précoce et précis du cancer de l’ovaire une norme mondiale.
Chez Alcimed, nous accompagnons les acteurs de la santé dans l’identification d’opportunités d’innovation, l’évaluation du potentiel de marché et la gestion des enjeux stratégiques, cliniques et opérationnels liés au déploiement de nouvelles solutions diagnostiques. Nous pouvons vous aider à explorer ce territoire encore peu balisé et à contribuer à la transformation du diagnostic du cancer de l’ovaire. N’hésitez pas à contacter notre équipe !
À propos des auteurs,
Kelma, Consultante, et Diane, Cheffe de projet au sein de l’équipe Sciences de la Vie d’Alcimed en Allemagne.



