Santé

Health Equity : déconstruire les inégalités pour un système de santé plus inclusif

Publié le 08 juin 2026 Lecture 25 min

Malgré des systèmes de santé développés, notamment en Europe et en Amérique du Nord, les inégalités d’accès aux soins persistent et tendent même à se renforcer, y compris au sein de ces pays. En France, près des trois quarts des Français déclarent avoir déjà renoncé à au moins un acte de soin au cours des cinq dernières années1Depuis 2019, la dégradation continue de l’accès aux soins conduit un nombre croissant de Français à renoncer à se soigner et fait peser une pression toujours plus forte sur les urgences publiques | Fédération Hospitalière de France. (n.d.). https://www.fhf.fr/actualites/communiques-de-presse/depuis-2019-la-degradation-continue-de-lacces-aux-soins-conduit-un-nombre-croissant-de-francais, tandis que certaines populations, personnes précaires, minorités ou habitants de zones sous-dotées, restent durablement en marge du parcours de soins. À l’échelle mondiale, ces disparités se creusent davantage encore entre pays à hauts revenus et pays à faibles revenus, avec des écarts significatifs en matière de morbidité, de mortalité et d’espérance de vie2World Health Organization: WHO. (2023, October 12). Changement climatique. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/climate-change-and-health.

Dans un contexte de pression croissante sur les systèmes de santé et d’évolution des attentes sociétales, la question de l’health equity s’impose comme un enjeu clé pour l’ensemble des acteurs, publics comme privés, y compris les laboratoires pharmaceutiques.

Dans cet article, Alcimed décrypte les facteurs à l’origine des inégalités de santé, leurs impacts sur l’efficacité des systèmes de soins, et les leviers d’action permettant de construire un modèle plus inclusif.

Qu’est-ce que l’health equity ?

L’health equity, ou équité en matière de santé, est un concept fondamental qui vise à garantir que chaque individu, indépendamment de son origine sociale, économique, géographique ou de toute autre caractéristique (sexe, genre, ethnicité, handicap ou orientation sexuelle), puisse atteindre son plein potentiel de santé et de bien-être.

Selon l’OMS, l’équité en santé implique l’absence de différences injustes, évitables ou corrigibles entre des groupes de personnes.

L’health equity ne signifie pas une distribution égale des ressources, mais une distribution équitable en fonction des besoins spécifiques de chaque groupe. Reconnu comme un droit humain fondamental, ce concept s’impose aujourd’hui comme un enjeu structurant pour les systèmes de santé, avec une appropriation encore progressive et inégale au sein des acteurs industriels de la santé.

Des inégalités systémiques, au croisement de multiples facteurs

La couverture santé universelle1World Health Organization: WHO. (2025, December 5). Couverture sanitaire universelle (CSU). https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/universal-health-coverage-(uhc) (CSU) est l’une des cibles que se sont fixé les pays membres de l’OMS. Malgré des avancées, certaines populations restent durablement en marge du parcours de soins : personnes immigrées, sans-papiers, travailleurs précaires, étudiants, minorités ethniques, personnes âgées ou encore vivants en zone rurale.

Aux États-Unis, les données des services d’urgences mettent en évidence des disparités de prise en charge selon l’origine ethnique : les patients noirs connaissent des temps d’attente plus longs, une durée de séjour plus élevée et un risque accru de mortalité à l’hôpital ou aux urgences par rapport aux patients blancs2Macias-Konstantopoulos, W. L., Collins, K. A., Diaz, R., Duber, H. C., Edwards, C. D., Hsu, A. P., Ranney, M. L., Riviello, R. J., Wettstein, Z. S., & Sachs, C. J. (2023). Race, Healthcare, and Health Disparities: A Critical Review and Recommendations for Advancing Health Equity. Western Journal of Emergency Medicine, 24(5), 906–918. https://doi.org/10.5811/westjem.58408.

Ces populations rencontrent plusieurs types de difficultés dans leur parcours de soins :

  • Un renoncement ou non-recours aux soins, droits et services auxquels ces personnes ont pourtant droit.
  • Par exemple, en France, le baromètre FHF x Ipsos BVA 2026 révèle que 73% des personnes interrogées (sur un échantillon de 2 500) déclarent avoir déjà renoncé à au moins un acte de soin au cours des cinq dernières années, contre 63% en 20243Depuis 2019, la dégradation continue de l’accès aux soins conduit un nombre croissant de Français à renoncer à se soigner et fait peser une pression toujours plus forte sur les urgences publiques | Fédération Hospitalière de France. (n.d.). https://www.fhf.fr/actualites/communiques-de-presse/depuis-2019-la-degradation-continue-de-lacces-aux-soins-conduit-un-nombre-croissant-de-francais.
  • L’utilisation des services d’urgence comme moyen de soin.
  • Une précarité pouvant être à la fois administrative, alimentaire ou du logement.

Les inégalités de santé sont multifactorielles et résultent d’une combinaison de facteurs.

Les facteurs individuels et sociaux

L’accès aux soins de santé est fortement influencé par des facteurs individuels et sociaux, qui peuvent créer des inégalités significatives en matière de santé publique. Voici quelques-uns des principaux obstacles rencontrés :

  • Contraintes financières et impossibilité d’avancer les frais
  • Selon les données de l’OMS, les enfants nés dans les pays les plus pauvres ont 13 fois plus de risques de mourir avant l’âge de 5 ans que ceux nés dans les pays les plus riches4Health inequities are shortening lives by decades |World Health Organisation| https://www.who.int/news/item/06-05-2025-health-inequities-are-shortening-lives-by-decades .
  • Isolement social ou instabilité du logement
  • Faible connaissance des droits et du système de santé – en France, tout étranger en situation irrégulière bénéficie de l’Aide Médicale de l’Etat (AME) permettant une prise en charge médicale
  • Arbitrages défavorables à la santé (priorisation des besoins essentiels – alimentation, logement)
  • Barrières linguistiques et culturelles

Les défaillances systémiques

Les défaillances au sein du système de santé lui-même peuvent également entraver l’accès aux soins et aggraver les disparités existantes. Voici quelques-uns des principaux problèmes systémiques identifiés :

  • Inégalités territoriales d’accès aux soins et pénurie de médecins (distances géographiques pour accéder aux soins, délais de prise de rendez-vous)
  • En France, d’après une étude de la Drees parue en 2023, 65% des médecins déclarent être amenés à refuser de nouveaux patients comme médecin traitant, contre 53% en 20195Health inequities are shortening lives by decades | World Health Organisation | https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/les-deux-tiers-des-generalistes-declarent-0 .
  • Complexité du parcours et manque de lisibilité des services (complexité des démarches, médicales ou administratives)
  • Dématérialisation et digitalisation des services, excluantes pour certains publics comme les personnes âgées et précaires
  • Discrimination ou de refus de soins entrainant des différences de prise en charge (stigmatisation de certaines populations en raison de leur statut économique, âge, langue, origine ou genre)

Le changement climatique

A ces facteurs sociaux et structurels s’ajoute un sujet émergent : le changement climatique, qui contribue à renforcer les inégalités de santé.

La multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes – tempêtes, vagues de chaleur, inondations ou sécheresses – entraîne des conséquences sanitaires directes, notamment une augmentation de la dénutrition, des troubles de santé mentale, des maladies respiratoires ainsi que la propagation de maladies infectieuses et vectorielles, favorisée par l’extension géographique de certains vecteurs comme les moustiques, et l’augmentation des pathologies transmises par l’eau et les animaux.

Toutefois, ces impacts ne sont pas distribués de façon équitable. Certaines populations y sont davantage exposées en raison de facteurs démographiques, géographiques, socio-économiques ou liés aux conditions de vie et à l’état de santé. Les femmes, les enfants, les personnes âgées, les migrants, les minorités ethniques ou encore les personnes atteintes de pathologies sous-jacentes figurent parmi les populations les plus touchées6World Health Organization: WHO. (2023, October 12). Changement climatique. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/climate-change-and-health.

Ces facteurs de vulnérabilité sont étroitement liés aux inégalités dans la distribution des ressources, à un accès plus limité aux infrastructures et aux systèmes de santé, ainsi que par des politiques publiques et pratiques discriminatoires historiquement ancrées7Health Equity and
Climate Change | https://www.apha.org/getcontentasset/ffb01dec-6505-41fb-9951-6f48276ff2bc/7ca0dc9d-611d-46e2-9fd3-26a4c03ddcbb/guide_section2.pdf?language=en#:~:text=Climate%20change%20exacerbates%20existing%20health,that%20most%20impact%20disadvantaged%20communities
.

Les pays à faibles revenus et en développement sont parmi les plus exposés aux conséquences sanitaires du changement climatique, alors même qu’ils contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre. Cette situation s’explique notamment par des systèmes de santé plus fragiles et des capacités d’adaptation limitées, renforçant les inégalités mondiales de santé.

Le genre

Enfin, certaines populations cumulent les inégalités. C’est notamment le cas des femmes, confrontées à la fois à un non-recours aux soins et à une sous-prise en compte de leurs symptômes.

Les inégalités de genre en santé se superposent aux autres facteurs de discrimination évoqués précédemment. Les femmes rencontrent ainsi davantage de barrières dans l’accès à l’information, au diagnostic et à une prise en charge adaptée, une fois le diagnostic posé.

Ces inégalités concernent à la fois des maladies dites « mixtes », touchant aussi bien les femmes que les hommes mais pouvant se manifester différemment selon le genre, et les pathologies spécifiquement féminines. Dans ces domaines, l’héritage d’une médecine historiquement construite autour d’un modèle masculin limite encore la prise en compte des spécificités féminines. Des pathologies comme l’endométriose, le syndrome des ovaires polykystiques ou les troubles hormonaux restent ainsi sous-diagnostiquées et insuffisamment étudiées.

Ces écarts résultent à la fois de biais dans le système de soins, mais aussi de phénomènes de minimisation des symptômes, pouvant concerner les professionnels de santé, l’entourage ou les patientes elles-mêmes.

Lire plus : Femmes et diagnostics médicaux : quand le genre retarde les soins et Quel rôle doivent jouer les industriels pharmaceutiques pour améliorer la santé des femmes ?

Des conséquences directes sur l’efficacité du système de santé

Ces inégalités ne relèvent pas uniquement d’un enjeu social : elles affectent directement la performance du système de santé.

Le recours tardif aux soins entraîne :

  • Des diagnostics à des stades plus avancés
  • Des traitements plus lourds et moins efficaces
  • Une perte de chances pour les patients
  • Une  aggravation des pathologies et un risque accru de séquelles ou de conséquences durables sur la santé

Les parcours de soins sont également marqués par des ruptures fréquentes, limitant la continuité de la prise en charge et dégradant l’observance.

En pratique, cela se traduit par une réalité souvent sous-estimée :
l’efficacité des traitements en vie réelle est significativement réduite par les inégalités d’accès aux soins.

Au Royaume-Uni, la prévalence du surpoids et de l’obésité présente des inégalités selon l’âge, la zone géographique ou encore l’origine ethnique. Le taux d’obésité chez les enfants augmente nettement plus rapidement dans les communautés où le niveau de précarité est élevé.

Parmi les causes, un recours aux services de gestion du poids plus faible chez certains groupes (notamment les hommes âgés et les minorités ethniques). Cela s’explique en partie par des inégalités sociales et économiques, ainsi que par des discriminations, y compris structurelles et dans les soins de santé. Enfin, l’accès à ces services reste inégal en raison de choix de financement et d’organisation des systèmes de santé8https://obesityhealthalliance.org.uk/wp-content/uploads/2023/02/OHA-Health-Inequalities-Position-Statement-Final.pdf.

À l’échelle mondiale, les inégalités de santé entre les sexes  persistent dans l’ensemble des systèmes de santé, mais sont particulièrement fortes dans les pays à faibles revenus.

Dans ces pays, les femmes ont un accès plus limité aux soins et une prise en charge insuffisante pour des pathologies pourtant mieux dépistées et traitées dans les pays à hauts revenus. Cela concerne notamment la mortalité maternelle, le VIH/SIDA ou le cancer du col de l’utérus9Nour, N. M. (n.d.). An introduction to global women’s health. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2492587/.


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Au-delà du médicament, une responsabilité élargie pour les laboratoires pharmaceutiques

Pour surmonter ces défis, une approche multidimensionnelle et collaborative est nécessaire, impliquant tous les acteurs de la santé.

Un médicament ou dispositif médical  ne peut pleinement démontrer son efficacité que s’il est : accessible, prescrit au bon moment et correctement suivi.

Les industriels de la santé tels que les laboratoires pharmaceutiques sont ainsi amenés à repenser leur rôle en intervenant au-delà du développement de traitements, en contribuant à une prise en charge plus efficace des patients et à l’atteinte des objectifs de santé publique.

Plusieurs leviers se dessinent :

  1. Mieux comprendre les inégalités, en produisant des données permettant d’identifier les populations sous-diagnostiquées ou mal prises en charge. Bristol-Myers Squibb France a par exemple contribué à l’étude TERRITOIRE (2011 – 2013) mettant en lumière les disparités régionales et socio-économiques dans la prise en charge des patients atteints d’un cancer du poumon. Cette démarche a permis de dépasser le constat des inégalités pour faire émerger des pistes d’action concrètes visant à améliorer le parcours patient, notamment la réduction des délais d’accès au diagnostic, le renforcement du suivi post-hospitalisation et le développement de solutions digitales de coordination et d’accompagnement des patients10Scherpereel, A., Durand-Zaleski, I., Cotté, F., Fernandes, J., Debieuvre, D., Blein, C., Gaudin, A., Tournier, C., Vainchtock, A., Chauvin, P., Souquet, P., Westeel, V., & Chouaïd, C. (2018). Access to innovative drugs for metastatic lung cancer treatment in a French nationwide cohort: the TERRITOIRE study. BMC Cancer, 18(1), 1013. https://doi.org/10.1186/s12885-018-4958-5.
  2. Développer des solutions adaptées aux réalités terrain, en simplifiant l’accès à l’information, en accompagnant les patients dans leur parcours, en adaptant les programmes de soutien patient (PSP) aux populations précaires ou en ciblant des actions de prévention.
  3. Travailler en écosystème, en collaboration avec les acteurs publics, les professionnels de santé et les associations, afin de construire des réponses adaptées aux besoins locaux. Sanofi, via son initiative AccesS Diabetes lancée en 2023, collabore avec plusieurs pays à revenu faible et intermédiaire, notamment le Ghana et le Nigeria, pour améliorer l’accès aux soins du diabète à travers la sensibilisation, le dépistage, la formation des professionnels de santé et la fourniture d’insulines analogues à prix adapté. Au Ghana, 250 médecins généralistes et 340 autres professionnels de santé (infirmières, pharmaciens, diététiciens) ont bénéficié de formations depuis le lancement du programme. Au Nigeria, 100 médecins généralistes et 216 professionnels de santé avaient été formés fin 202511Accès durable et équitable aux soins de santé. (n.d.). Sanofi. https://www.sanofi.com/fr/notre-entreprise/durabilite/entreprise-responsable/index-environnement-societe-gouvernance/acces-durable-et-equitable-aux-soins-de-sante.
  4. Enfin, intégrer pleinement l’équité dans les stratégies d’entreprise, notamment via les politiques RSE et les approches d’accès au marché.

L’health equity s’impose aujourd’hui comme un enjeu croissant pour l’ensemble des acteurs de la santé, des pouvoirs publics aux industriels pharmaceutiques. Historiquement porté par les politiques publiques, ce sujet prend désormais une place plus importante dans les réflexions stratégiques des industriels, dans un contexte de pression croissante sur les systèmes de soins.

Réduire les inégalités ne relève pas uniquement d’un impératif éthique : c’est aussi un enjeu important pour les industriels qui s’engagent dans l’amélioration de l’accès aux soins et aux innovations dans la vraie vie. Cela permet également de mieux adresser des populations sous-diagnostiquées, d’anticiper les évolutions des besoins de santé et de renforcer la crédibilité des engagements RSE et d’accès.

Dans ce contexte, les industriels de la santé ont une opportunité majeure : passer d’un rôle centré sur le produit à un rôle d’acteur engagé dans l’accès effectif aux soins.

Chez Alcimed, nous accompagnons les acteurs de santé dans la compréhension et l’intégration de ces enjeux d’équité, afin de transformer ces défis en leviers concrets d’impact et de différenciation. N’hésitez pas à contacter notre équipe !


À propos de l’auteur,

Clara, Consultante au sein de l’équipe Santé d’Alcimed à Paris.

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